South Kensington, le petit Paris de Londres : musées, lycée et Albertopolis
De l'Oratoire au palais de Kensington, par l'Institut français, Bute Street et les musées nés de l'Exposition de 1851 : le quartier où Londres parle français
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1. L'Oratoire de Brompton : un petit Rome avant le petit Paris
Brompton Rd, London SW7 2RP, United Kingdom
Plante-toi sur le trottoir de Brompton Road, face à cette façade blanche à colonnes et à ce dôme qui ferait bonne figure à Rome. Oui, tu es bien à Londres. Avant d'entrer dans le petit Paris, on commence par un petit Rome.
C'est l'église de l'Oratoire de Saint-Philippe-Néri, une congrégation de prêtres née dans la Rome du seizième siècle. Elle arrive en Angleterre au milieu du dix-neuvième siècle avec des convertis célèbres, et s'installe ici en 1854, dans ce qui ressemblait encore à une banlieue. L'un de ces convertis, John Henry Newman, avait ramené l'Oratoire de Rome en 1848; il sera proclamé saint en 2019. L'église actuelle, inaugurée en 1884, est l'œuvre d'un architecte d'une trentaine d'années, Herbert Gribble, vainqueur du concours. Son modèle ne fait aucun doute: les grandes églises baroques de Rome.
À l'intérieur, la nef est l'une des plus larges d'Angleterre, et les douze apôtres de marbre qui la bordent sont de vrais voyageurs. Sculptés à la fin du dix-septième siècle par Giuseppe Mazzuoli pour la cathédrale de Sienne, ils en ont été retirés, vendus, et ont fini par traverser l'Europe pour se poser ici, à Londres, à la fin du dix-neuvième siècle. Des saints toscans au cœur de Kensington.
Et puis il y a la légende des espions. Pendant la guerre froide, dit-on, des agents soviétiques utilisaient un recoin de l'église comme boîte aux lettres morte, pour échanger messages et microfilms sans jamais se croiser. Personne n'a jamais montré officiellement l'endroit exact... mais l'histoire circule depuis des décennies, et elle va étrangement bien à ce lieu plein d'ombres et de marbre.
Garde en tête cette image de Rome au milieu de Londres: tout le quartier est un dialogue entre capitales européennes. Longe maintenant Cromwell Gardens vers l'ouest. Le palais de brique rouge et de terre cuite qui s'étire sur ta droite, c'est le plus grand musée d'arts décoratifs du monde.
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2. Victoria and Albert Museum : le rêve d'Albert, la réponse de Paris
Cromwell Rd, London SW7 2RL, United Kingdom
Arrête-toi devant l'entrée principale, sur Cromwell Road, et lève les yeux vers la tour couronnée qui domine la façade: tout en haut, une statue de la Renommée. Plus bas, au-dessus de l'entrée, veillent la reine Victoria et le prince Albert. Ce musée porte leurs deux noms, mais c'est d'abord le rêve du mari.
Tout commence en 1851. Albert organise à Hyde Park la Grande Exposition, dans un palais de verre et de fer, le Crystal Palace, où le monde entier présente ses machines et ses chefs-d'œuvre. Six millions de visites, un succès foudroyant, et surtout un bénéfice énorme. Avec cet argent, on achète les terrains où tu te trouves pour y bâtir une cité des arts et des sciences, que les Londoniens baptisent avec ironie Albertopolis.
Et Paris, évidemment, ne pouvait pas laisser Londres seule sur le podium. En 1855, Napoléon III répond avec sa propre Exposition universelle, sur les Champs-Élysées. Victoria s'y rend en visite d'État: c'est la première visite d'un souverain anglais à Paris depuis plus de quatre siècles, depuis Henri VI. La rivalité des deux capitales, à coups de palais d'exposition, ne fait que commencer.
Le musée ouvre ici en 1857, sous la houlette d'un infatigable fonctionnaire, Henry Cole, l'homme qui avait aussi lancé la première carte de Noël commerciale, en 1843. Il veut un musée ouvert à tous, y compris le soir, et c'est l'un des premiers au monde éclairés au gaz, pour que les ouvriers puissent venir après le travail. Le long d'Exhibition Road, regarde la pierre de la façade: les éclats de bombes de la dernière guerre y ont été laissés volontairement, avec une inscription.
Et si tu reviens un jour, va voir les salles des moulages: une copie grandeur nature de la colonne Trajane s'y dresse, coupée en deux parce qu'elle était trop haute pour le plafond. Pour l'instant, longe Cromwell Road vers l'ouest, en laissant la station de South Kensington sur ta gauche. Un peu avant Queensberry Place, derrière des grilles, tu entendras peut-être des centaines d'enfants se chamailler en français.
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3. Lycée français Charles de Gaulle : l'école de l'exil
35 Cromwell Rd, London SW7 2DG, United Kingdom
Jette un œil de l'autre côté des grilles: une cour, de grands bâtiments, et à l'heure de la sortie un brouhaha qui pourrait être celui de n'importe quel collège de Lyon ou de Nantes. Ici, on dit maîtresse, on mange à la cantine et on prépare le bac. Tu es devant le Lycée français Charles de Gaulle.
L'histoire commence pendant la Première Guerre mondiale. En 1915, des familles belges et françaises réfugiées à Londres ont besoin d'une école pour leurs enfants, et un petit établissement ouvre ses portes. Il grandit, déménage, et finit par s'installer ici, face aux grands musées, après la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, il prendra le nom de l'homme qui avait parlé à la France depuis Londres, en juin 1940.
Aujourd'hui, le lycée accueille plusieurs milliers d'élèves, de la maternelle au baccalauréat, répartis sur plusieurs sites de la ville. C'est l'un des plus grands établissements français à l'étranger, et on y suit les programmes de l'Éducation nationale, jusqu'au même bac qu'à Bordeaux ou à Strasbourg. Et il a façonné tout le quartier: pour beaucoup de familles expatriées, la question n'est pas « dans quel quartier vivre ? », mais « à combien de minutes du lycée ? ». Les loyers des rues voisines en savent quelque chose.
Ce petit monde a ses paradoxes. Les enfants parlent français en classe, anglais dans la cour, et un joyeux mélange des deux à la maison. Ils disent « je vais checker » sans sourciller, réclament des crumpets au goûter, et quand ils rentrent en vacances en France, leurs cousins les traitent... d'Anglais. Une génération entière a grandi entre deux langues, sans jamais choisir.
Prends maintenant Queensberry Place vers le sud. Tu vas longer une belle façade claire aux lignes Art déco: garde-la pour tout à l'heure, on y revient. Au bout, tourne à gauche dans Harrington Road, puis à droite dans la petite rue qui sent le pain chaud. C'est là que bat le cœur du petit Paris.
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4. Bute Street : croissants et cartables
Bute St, London SW7 3EY, United Kingdom
Tourne dans Bute Street et respire: beurre chaud, café, pain qui sort du four. Aux terrasses, les conversations passent du français à l'anglais au milieu d'une phrase, des cartables trop grands trottinent vers l'école, et en vitrine s'alignent des livres en français. Bienvenue dans le petit Paris.
Pourquoi ici ? À cause de deux voisins tout proches: l'Institut français et le lycée que tu viens de voir, installés à quelques pas. Là où il y a une école française, il y a des familles françaises, et là où il y a des familles françaises... il faut une boulangerie. Le consulat général de France se trouve aussi sur Cromwell Road, à deux minutes. Petit à petit, autour de ce triangle, tout un quartier s'est mis à parler français.
Combien sont-ils, les Français de Londres ? Personne ne le sait vraiment. Tous ne s'inscrivent pas au consulat, et les estimations varient énormément selon qu'on compte les inscrits ou tout le monde. On a souvent entendu, jusque dans la bouche de responsables politiques, que Londres serait la sixième ville de France. Une formule, sans doute... mais assez parlante pour que des candidats à l'élection présidentielle française viennent faire campagne ici.
La rue raconte aussi le dix-neuvième siècle anglais. Juste à côté, la station de South Kensington, ouverte en 1868, a gardé un long tunnel piéton, ouvert en 1885, qui mène directement aux musées. Les Victoriens voulaient que les foules gagnent les galeries à l'abri de la pluie. Aujourd'hui, c'est aussi le chemin des écoliers du lycée et des familles du dimanche.
Remarque comme le quartier change de visage selon l'heure: le matin, les poussettes et les parents pressés; à quatre heures, le goûter; le soir, les spectateurs qui sortent du cinéma tout proche. Remonte maintenant Bute Street jusqu'à Harrington Road et retourne dans Queensberry Place, juste à côté. Au numéro 17, la façade Art déco que tu as frôlée tout à l'heure t'attend.
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5. Institut français et Ciné Lumière : la France en Art déco
17 Queensberry Pl, London SW7 2DT, United Kingdom
Arrête-toi devant le numéro 17 de Queensberry Place: une façade claire, des lignes nettes, des ferronneries Art déco, et le nom gravé, Institut français. Le bâtiment a été inauguré en 1939, quelques mois avant la guerre. Et il n'a presque pas changé depuis.
L'Institut, lui, est plus ancien. Il naît en 1910 de l'énergie d'une femme, Marie d'Orliac, qui veut faire découvrir la culture française aux Londoniens. Au début, c'est une petite affaire de cours et de conférences. Puis, dans les années 1930, il lui faut une vraie maison. L'architecte Patrice Bonnet dessine ce bâtiment, aujourd'hui protégé, avec son grand escalier et ses lignes Art déco, un morceau de Paris des années trente posé dans une rue victorienne.
Au rez-de-chaussée, la salle de cinéma s'appelle le Ciné Lumière, en hommage aux frères Lumière. Et le clin d'œil est plus fort qu'il n'y paraît: la toute première projection publique payante de cinéma en Grande-Bretagne, en février 1896, c'était justement le Cinématographe Lumière, à Londres, à quelques kilomètres d'ici. Le cinéma est donc arrivé à Londres en parlant français.
Quand la France s'effondre, en 1940, des milliers de Français rejoignent Londres, et l'Institut devient l'un de leurs points de ralliement. Écrivains, artistes, soldats de la France libre: on raconte qu'on y donnait des cours et des conférences en plein Blitz, pour que la culture française continue de vivre hors de France. Aujourd'hui, les Londoniens y viennent pour les films sous-titrés, les cours de langue et la médiathèque, pleine de romans et de bandes dessinées.
Pour un Français expatrié, c'est un peu l'ambassade du quotidien: on y emmène les enfants, on y retrouve des amis, on y entend sa langue sans y penser. Ressors maintenant et remonte Queensberry Place jusqu'à Cromwell Road: en face se dresse une cathédrale de terre cuite couverte d'animaux sculptés. Traverse au passage piéton et avance jusqu'à l'entrée principale. On a rendez-vous avec une baleine bleue.
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6. Natural History Museum : la cathédrale du Cuvier britannique
Cromwell Rd, London SW7 5BD, United Kingdom
Approche-toi de la façade et observe les colonnes, les arcs, les frises: partout, des animaux de terre cuite grimpent, rampent et se cachent. Des oiseaux, des poissons, des lézards, et à l'intérieur, des singes qui escaladent les arcs. Le Natural History Museum ressemble à une cathédrale romane... dédiée à la création tout entière.
Regarde bien de quel côté tu te trouves: sur l'aile ouest, l'architecte Alfred Waterhouse a placé les espèces vivantes; sur l'aile est, les espèces disparues. C'est le grand anatomiste Richard Owen qui a voulu ce musée, ouvert en 1881, une cathédrale de la nature pour le peuple. Et Owen avait un surnom qu'un Français appréciera: on l'appelait le Cuvier britannique, en référence à Georges Cuvier, le savant parisien qui avait démontré que des espèces pouvaient s'éteindre.
Owen est aussi celui qui a inventé le mot dinosaure, en 1842. Mais c'était un homme difficile, jaloux de ses rivaux, et il a combattu sans relâche les idées de Darwin. Ironie de l'histoire: quand tu entres dans le grand hall, c'est aujourd'hui la statue de Darwin qui trône en haut du grand escalier. Owen a dû lui céder la meilleure place.
Au-dessus de ta tête, dans le grand hall, plonge Hope, le squelette d'une vraie baleine bleue, long de vingt-cinq mètres, suspendu là depuis 2017. Il a remplacé Dippy, le célèbre moulage de diplodocus qui accueillait les visiteurs depuis des décennies. Le choix a un sens: la baleine bleue a frôlé l'extinction au vingtième siècle, chassée sans pitié, et elle est toujours là.
Un dernier détail en sortant: si la façade est entièrement revêtue de terre cuite, c'est parce que ce matériau se lave facilement et résiste à la suie qui noircissait Londres. Longe maintenant le musée vers l'est, puis remonte Exhibition Road vers le nord. Le musée suivant t'attend sur ta gauche.
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7. Science Museum : le premier programme écrit en marge du français
Exhibition Rd, London SW7 2DD, United Kingdom
Marche un instant sur les grandes dalles d'Exhibition Road: pas de trottoir, pas de bordure, piétons et voitures partagent la même surface. Sur ta gauche, la façade du Science Museum. Tout ce quartier a été pensé autour d'une seule idée: mettre la science et l'art à portée de tout le monde.
Le Science Museum est né du même musée que le V&A, en 1857, avant de prendre son indépendance en 1909. On y croise des pièces légendaires: Puffing Billy, la plus ancienne locomotive à vapeur conservée au monde, ou la capsule de commande d'Apollo 10, qui est allée tourner autour de la Lune en 1969, juste avant le grand saut d'Apollo 11.
Mais l'objet qui nous intéresse est une machine de bronze et d'acier faite de milliers de pièces: la machine à différences numéro 2 de Charles Babbage. Babbage l'avait dessinée à la fin des années 1840, sans jamais réussir à la construire. Le musée l'a fabriquée d'après ses plans, et en 1991, elle a calculé sans une erreur. Babbage avait raison. Il lui manquait juste un siècle et demi.
Et voici la touche française. L'amie de Babbage, Ada Lovelace, fille du poète Byron, publie en 1843 ce qu'on considère souvent comme le premier programme informatique. Où ça ? Dans les notes de sa traduction d'un article sur la machine analytique de Babbage, écrit par un ingénieur italien... et publié en français, à Genève. Ses notes étaient environ trois fois plus longues que l'article lui-même. La programmation est née dans la marge d'un texte français.
Et pour la machine analytique, Babbage s'était inspiré des cartes perforées du métier à tisser de Joseph Marie Jacquard, inventé à Lyon au début du dix-neuvième siècle. Remonte maintenant Exhibition Road vers le nord, puis prends à gauche Prince Consort Road, le long des bâtiments de l'université. Au bout, une immense rotonde de brique rouge t'attend.
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8. Royal Albert Hall : l'écho, les champignons et les Proms
Kensington Gore, London SW7 2AP, United Kingdom
Fais quelques pas autour de cette énorme rotonde de brique rouge et lève les yeux vers la frise qui court tout autour, juste sous le toit de verre et de fer. Des dizaines de personnages en mosaïque y défilent: c'est le triomphe des arts et des sciences, près de deux cent cinquante mètres de long, qui font le tour complet du bâtiment. À l'intérieur, plus de cinq mille spectateurs peuvent prendre place.
Le prince Albert voulait une grande salle pour les arts, au cœur de son Albertopolis. Il meurt en 1861, sans la voir. C'est la reine Victoria qui l'inaugure, en 1871, si émue, dit-on, qu'elle ne parvient pas à prononcer son discours; c'est son fils, le prince de Galles, qui parle à sa place. Elle donne à la salle le nom de son mari. Le modèle de l'ingénieur Francis Fowke ? Les amphithéâtres de l'Antiquité.
Mais une salle ronde, c'est un cauchemar pour l'acoustique. Dès l'ouverture, l'écho est si fort qu'on a plaisanté pendant des décennies: c'était le seul endroit où un compositeur britannique était sûr d'entendre son œuvre deux fois. Il a fallu attendre 1969 pour trouver la parade: des dizaines de grands disques en fibre de verre suspendus sous la coupole, que tout le monde appelle les champignons.
Depuis 1941, c'est ici qu'ont lieu les Proms, le grand festival de musique classique de l'été, où des centaines de spectateurs écoutent debout, au parterre. Ils s'y sont installés après la destruction de leur ancienne salle par les bombes. Et cette scène a tout vu: des combats de boxe, des matchs de tennis, les Beatles et les Rolling Stones sur la même affiche en 1963, et des milliers de musiciens venus du monde entier.
Ressors maintenant face au parc, de l'autre côté de Kensington Gore. En face, au milieu des arbres, un dais doré brille comme un reliquaire géant. C'est là qu'Albert t'attend, assis, un livre sur les genoux.
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9. Albert Memorial : un prince en or et cent soixante-neuf artistes
Kensington Gardens, London W2 2UH, United Kingdom
Approche-toi des marches et lève la tête: sous un dais gothique hérissé de flèches, de mosaïques et de pierres colorées, un prince entièrement doré est assis, un livre à la main. Ce livre, c'est le catalogue de la Grande Exposition de 1851. Et Albert regarde, de l'autre côté de la route, la salle qui porte son nom.
Quand Albert meurt, en décembre 1861, à quarante-deux ans, Victoria s'enferme dans un deuil qui durera le reste de sa vie. Elle portera le noir pendant quarante ans. Albert, c'était bien plus qu'un mari: un esprit curieux de tout, passionné d'industrie et d'éducation, dont le tout premier discours public, en 1840, plaidait pour l'abolition de l'esclavage. Ce mémorial, confié à George Gilbert Scott et achevé au début des années 1870, est à la mesure de ce chagrin: environ cinquante-quatre mètres de haut, un monument comme on n'en élève d'ordinaire qu'aux saints.
Fais le tour du socle: la frise du Parnasse aligne cent soixante-neuf artistes de toute l'histoire, peintres, sculpteurs, architectes, poètes et musiciens, taillés dans le marbre. Cherche les Français: ils sont là, au milieu des Italiens, des Allemands et des Anglais. Toute l'Europe des arts, au pied d'un prince allemand devenu plus anglais que les Anglais.
Aux quatre coins, quatre groupes de marbre figurent les continents, l'Europe, l'Asie, l'Afrique et l'Amérique, avec un taureau, un éléphant, un chameau et un bison. Et la statue dorée a eu une vie mouvementée: longtemps noircie, elle n'a retrouvé son or qu'au terme d'une grande restauration achevée en 1998. Selon une histoire souvent racontée, on l'aurait assombrie pendant la Première Guerre mondiale pour ne pas guider les zeppelins.
Maintenant, tourne le dos à la ville et entre dans Kensington Gardens par l'allée qui file vers le nord-ouest. Le bruit de la circulation s'éteint peu à peu, les arbres s'écartent... et bientôt, une grande étendue d'eau ronde reflète le ciel.
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10. Round Pond : le bassin de la reine Caroline
Kensington Gardens, London W2 2UH, United Kingdom
Assieds-toi un instant au bord de l'eau. Devant toi, le Round Pond, qui malgré son nom n'est pas parfaitement rond, avec ses cygnes, ses oies et ses mouettes qui se disputent les miettes. Près de trois hectares d'eau peu profonde, où le vent pousse de petites vagues. Et tout au fond, de l'autre côté du bassin, un palais de brique sans prétention: Kensington Palace.
Ce bassin a été creusé vers 1730 pour la reine Caroline, l'épouse de George II, une femme brillante et passionnée de jardins. Avec le paysagiste Charles Bridgeman, elle redessine tout le parc: des allées rayonnantes, des perspectives, un grand bassin dans l'axe du palais. Une composition très ordonnée, héritée des jardins à la française, mais déjà assouplie à l'anglaise. C'est elle aussi qui fait créer la Serpentine, le long lac voisin.
On raconte que Caroline aurait voulu fermer ces jardins au public pour les garder à la cour, et qu'elle demanda au Premier ministre, Robert Walpole, combien cela coûterait. Sa réponse, selon la légende: seulement trois couronnes, madame. Celles d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Le jardin est resté ouvert, d'abord aux visiteurs convenablement vêtus, puis à tout le monde.
Depuis plus d'un siècle, le Round Pond est le royaume des modèles réduits: voiliers miniatures, yachts télécommandés, et des passionnés qui les font naviguer avec un sérieux d'amiral. C'est aussi dans ces allées que l'écrivain J. M. Barrie, qui promenait son chien, rencontra les garçons qui lui inspirèrent Peter Pan. La statue du garçon qui ne voulait pas grandir se cache un peu plus loin, au bord du Long Water: elle est apparue une nuit de 1912, sans annonce, comme par magie.
Le palais de l'autre côté de l'eau, c'est là que la reine Victoria est née, et là qu'a vécu la princesse Diana. Contourne le bassin et rejoins la grande allée, la Broad Walk, qui longe la façade. C'est la dernière étape.
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11. Kensington Palace : là où Victoria est née
Kensington Gardens, London W8 4PX, United Kingdom
Te voilà sur la Broad Walk, face à la façade de brique rouge de Kensington Palace. Devant, une statue de marbre blanc montre une jeune reine assise, couronnée, telle qu'elle était à dix-huit ans. C'est sa propre fille, la princesse Louise, qui l'a sculptée.
À l'origine, ce n'était qu'une maison de campagne, achetée en 1689 par le roi Guillaume III et la reine Marie II, qui fuyaient l'air humide de Whitehall: Guillaume souffrait d'asthme. Ils confient l'agrandissement à... Christopher Wren, encore lui. Pendant près d'un siècle, c'est la résidence préférée des souverains, jusqu'à la mort de George II, en 1760. Et aujourd'hui encore, le palais reste la résidence officielle à Londres du prince et de la princesse de Galles.
Le 24 mai 1819, une petite fille naît dans ce palais: Alexandrina Victoria. Elle y grandit sous une surveillance étouffante, jamais seule, dormant dans la chambre de sa mère. Et au petit matin du 20 juin 1837, on la réveille pour lui annoncer que son oncle Guillaume IV est mort. Elle a dix-huit ans, elle est reine, et ce qu'elle savoure d'abord, raconte-t-on, c'est de pouvoir enfin être seule.
Plus près de nous, le palais a été la maison de la princesse Diana. En septembre 1997, après sa mort dans un accident à Paris, une mer de bouquets s'est amoncelée devant ces grilles, un océan de fleurs que les Londoniens n'ont jamais oublié. Et dans le jardin creux, le Sunken Garden, se dresse depuis 2021 la statue de Diana voulue par ses deux fils.
Et voilà la boucle bouclée. Tu as commencé dans un petit Rome, traversé le petit Paris des écoliers et des boulangeries, puis la cité des musées rêvée par Albert, pour finir devant la maison où sa femme est née. Londres a cette manie: elle emprunte à tout le monde... et en fait quelque chose de profondément anglais. Reste encore un peu sous les arbres, tu l'as bien mérité.