Édimbourg et la Vieille Alliance : le Royal Mile de Marie Stuart, du château à Holyrood
Du rocher du château au palais de Holyroodhouse, sur les traces de Marie Stuart, de Marie de Guise et de l'Auld Alliance franco-écossaise de 1295 : sorcières, réformateurs, gardyloo et un meurtre à Kirk o' Field
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1. Château d'Édimbourg et Esplanade
Castlehill, Edinburgh EH1 2NG, UK
Tu es sur l'Esplanade, une grande place plate comme une table, et devant toi le château se dresse sur son rocher noir, le cœur d'un ancien volcan éteint depuis des millions d'années. Derrière toi, toute la ville descend en pente douce vers l'est... C'est le Royal Mile, environ un mille écossais de pavés entre la forteresse et le palais de Holyrood. Et tout au long de ce chemin, on va parler français.
Pourquoi français ? Parce qu'en 1295, le roi d'Écosse John Balliol et le roi de France Philippe le Bel signent un traité contre un voisin encombrant: l'Angleterre d'Édouard Ier. C'est le début de l'Auld Alliance, la Vieille Alliance, qui va durer plus de deux siècles et demi. Des soldats français ont tenu garnison en Écosse, des rois écossais ont épousé des princesses françaises, et le vin de Bordeaux arrivait ici bien plus facilement qu'à Londres.
Derrière ces remparts se cache un témoin de cette amitié: Mons Meg, un canon monstrueux forgé à Mons, en Flandre, en 1449, et offert au roi Jacques II par le duc de Bourgogne. En 1558, il a tonné pour fêter le mariage de la jeune Marie Stuart avec le dauphin François, à Paris. Le boulet, raconte-t-on, a été retrouvé à environ trois kilomètres de là... un mariage qui s'entendait de loin.
Mais le château raconte aussi la fin de l'histoire. C'est ici que Marie de Guise, la mère française de Marie Stuart et régente du royaume, meurt en juin 1560, pendant que les Anglais et les lords protestants assiègent les soldats français retranchés à Leith. Quelques semaines plus tard, le traité d'Édimbourg renvoie les Français chez eux. Son corps sera ramené en France et inhumé à Reims, dans l'abbaye dont sa sœur était abbesse.
Un dernier détail: en 1296, un an à peine après le traité avec la France, Édouard Ier envahit l'Écosse et emporte à Londres la Pierre de la Destinée, la pierre du couronnement des rois écossais. Rendue en 1996, elle a été exposée dans ce château pendant près de trente ans, avant de partir en 2024 pour le nouveau musée de Perth, non loin de Scone, où elle servait autrefois. Maintenant, tourne le dos au château et marche vers l'est jusqu'au bout de l'Esplanade, où une petite fontaine de bronze se cache contre un mur.
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2. Witches' Well, la fontaine des sorcières
Castlehill, Edinburgh EH1 2NE, UK
Contre le mur, au bout de l'Esplanade, cherche une petite fontaine de bronze qu'on rate presque toujours: un serpent enroulé, deux visages, une plante aux clochettes. C'est le Witches' Well, le puits des sorcières, installé en 1894 pour se souvenir des femmes brûlées juste à côté, sur cette même colline.
Il faut le dire sobrement. En Écosse, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, plusieurs milliers de personnes ont été accusées de sorcellerie, et on estime qu'environ deux mille cinq cents ont été exécutées, en grande majorité des femmes. Le plus souvent, on les étranglait d'abord, puis on brûlait le corps. Castlehill était l'un des lieux d'exécution d'Édimbourg.
Et voici le lien qui dérange: la loi écossaise contre la sorcellerie date de 1563, sous le règne de Marie Stuart, la reine élevée à la cour de France. C'est le Parlement qui l'a votée, mais sous son règne. La vraie folie viendra avec son fils, Jacques VI. En 1590, rentrant du Danemark avec sa jeune épouse, il essuie des tempêtes terribles. On accuse des sorcières de North Berwick d'avoir voulu noyer le roi... et Jacques assiste lui-même à des interrogatoires. Il publiera même un traité sur les démons, la Daemonologie, en 1597.
Regarde maintenant les détails. L'artiste, John Duncan, a sculpté deux têtes: l'une malveillante, l'autre bienveillante. Le serpent, c'est à la fois le mal et la sagesse. Et la plante, c'est la digitale, poison mortel et remède pour le cœur. Le message est subtil: parmi ces femmes, beaucoup soignaient, connaissaient les plantes, et ont payé ce savoir de leur vie.
Il a fallu attendre longtemps pour qu'on leur rende justice. En mars 2022, la Première ministre d'Écosse, Nicola Sturgeon, a présenté au Parlement écossais des excuses officielles à toutes les personnes accusées et condamnées. Plus de quatre siècles après la loi de 1563. Maintenant, continue à descendre la rue, qui devient bientôt le Lawnmarket, et arrête-toi devant une haute maison de pierre avec des arcades au rez-de-chaussée.
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3. Gladstone's Land et le cri de gardyloo
477B Lawnmarket, Edinburgh EH1 2NT, UK
Te voilà devant une maison étroite et très haute, six étages de pierre, avec au rez-de-chaussée deux arcades sombres comme des bouches. C'est Gladstone's Land. Cherche l'oiseau sur la façade: un rapace, un gled en écossais, clin d'œil au nom du marchand qui a acheté la maison en 1617, Thomas Gledstanes.
Ici, on ne vivait pas côte à côte, on vivait les uns sur les autres. Dans ces immeubles qu'on appelle des lands, toute la société s'empilait: les boutiques en bas, les familles aisées aux étages du milieu, les plus pauvres sous les toits ou dans les caves. Un lord pouvait croiser un porteur d'eau dans le même escalier en colimaçon, et les voyageurs étrangers n'en revenaient pas.
Et puis il y avait le soir. Faute d'égouts, on vidait les seaux et les pots de chambre par la fenêtre, directement dans la rue. Avant de lancer, il fallait prévenir, et le cri était: gardyloo ! Tu l'entends ? Gardez l'eau, ou gare à l'eau, en français déformé. Le passant, s'il avait de la chance, avait le temps de répondre haud yer hand, retiens ta main... sinon, tant pis pour son chapeau.
Le français s'est glissé partout dans la langue écossaise, grâce à la Vieille Alliance. Une ashet, en Écosse, c'est un grand plat de service: ton assiette. Dinna fash yersel, ne t'en fais pas, vient de fâcher. Et pour Hogmanay, la fête du Nouvel An, certains linguistes pensent à un vieux mot français, aguillanneuf... mais là, les savants se disputent encore. À l'intérieur, des plafonds de bois peints au début du XVIIe siècle ont survécu, couverts de fleurs et de fruits.
Le vrai miracle, c'est que la maison soit encore debout. Dans les années 1930, elle était promise à la démolition. Elle a été sauvée de justesse et confiée au National Trust for Scotland, qui l'a restaurée comme un logis de marchand du XVIIe siècle, avec sa boutique sous les arcades. Maintenant, continue à descendre vers l'est. Bientôt, la rue s'élargit, et une grande couronne de pierre apparaît au-dessus des toits: la flèche de la cathédrale St Giles'.
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4. Cathédrale St Giles' et Heart of Midlothian
High Street, Edinburgh EH1 1RE, UK
Baisse les yeux avant de lever la tête. Devant la façade ouest de la cathédrale, dans les pavés, un cœur dessiné en pierres: le Heart of Midlothian. Il marque l'emplacement de la vieille prison, l'Old Tolbooth, démolie en 1817. Et tu verras peut-être un passant cracher dessus... ce n'est pas de la grossièreté, c'est une tradition.
Les uns crachent par mépris pour l'ancienne prison et les pendaisons qui s'y déroulaient, les autres disent que ça porte chance et qu'on revient ainsi à Édimbourg. Walter Scott en a fait le titre d'un roman en 1818, et le club de football des Hearts lui doit son nom. Maintenant, lève les yeux: au-dessus de la cathédrale, la flèche en forme de couronne, achevée vers 1500, est devenue l'un des symboles de la ville.
À partir de 1559, le pasteur de St Giles', c'est John Knox, le grand réformateur. Et voici le paradoxe français: en 1547, Knox avait été capturé par une flotte française au château de St Andrews et envoyé aux galères. Pendant dix-neuf mois, il a ramé, enchaîné, pour le roi de France. On comprend qu'il n'ait pas gardé une grande tendresse pour la France... ni pour la jeune reine élevée à la cour française, qui débarque en 1561.
Une légende raconte qu'en 1637, quand on a voulu imposer ici un nouveau livre de prières à l'anglaise, une marchande, Jenny Geddes, a lancé son tabouret à la tête du doyen. Personne n'est sûr qu'elle ait existé. Mais l'émeute, elle, a bien eu lieu, et elle a contribué à déclencher des années de guerres. À l'intérieur, cherche la chapelle du Chardon, achevée en 1911, où un petit ange sculpté joue de la cornemuse.
En septembre 2022, le cercueil de la reine Élisabeth II a reposé dans cette cathédrale, et des milliers de personnes ont fait la queue jour et nuit le long du Royal Mile pour passer devant. Contourne maintenant la cathédrale par la droite, par Parliament Square, jusqu'à son extrémité est, où une colonne surmontée d'une licorne t'attend: la Mercat Cross.
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5. Mercat Cross et Real Mary King's Close
2 Warriston's Close, High Street, Edinburgh EH1 1PG, UK
Devant toi, à l'extrémité de la cathédrale, une colonne de pierre posée sur une tourelle octogonale, et tout en haut, une licorne: c'est la Mercat Cross, la croix du marché. C'est d'ici qu'on lisait les proclamations royales, et la tradition continue: en septembre 2022, c'est encore ici qu'on a proclamé le nouveau roi Charles III. La croix actuelle date surtout d'une restauration de 1885, offerte par le Premier ministre William Gladstone.
Mais la plus belle histoire de cette croix est une histoire de fantômes. En 1513, le roi Jacques IV rassemble son armée pour envahir l'Angleterre... pour soutenir la France, au nom de la Vieille Alliance. La reine de France, Anne de Bretagne, lui aurait même envoyé une bague en le priant d'être son chevalier. Et la légende raconte qu'une nuit, avant la bataille, une voix venue de nulle part a lu ici, à minuit, la liste de ceux qui allaient mourir.
Un bourgeois, Richard Lawson, aurait entendu son propre nom, jeté une pièce vers la croix et crié qu'il faisait appel de cette convocation. On dit qu'il fut le seul de la liste à survivre. Car la bataille de Flodden, en septembre 1513, fut un désastre: le roi lui-même y est mort, avec une grande partie de la noblesse écossaise. Terrifiée, la ville s'est alors entourée d'un nouveau rempart, le Flodden Wall, dont il reste des morceaux.
Maintenant, regarde de l'autre côté de la rue le grand bâtiment avec sa cour et ses arcades: les City Chambers, l'hôtel de ville. Quand on l'a construit à partir de 1753, comme Bourse royale, on n'a pas rasé les vieilles ruelles qui dévalaient la pente. On les a décapitées, et on a bâti par-dessus. Sous ces murs dort une rue entière, avec ses maisons: Mary King's Close, du nom d'une marchande, veuve, du XVIIe siècle.
On a longtemps raconté que pendant la peste de 1645, on aurait muré les malades vivants dans cette rue. C'est une légende, et les historiens la démentent. Mais l'endroit a gardé son atmosphère, et depuis 2003 on peut le visiter sous terre, à la lueur des lampes. Maintenant, descends vers le sud par l'une des ruelles en pente, Old Fishmarket Close par exemple, jusqu'à la rue tout en bas, au fond du ravin: la Cowgate.
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6. Magdalen Chapel, au fond de la Cowgate
41 Cowgate, Edinburgh EH1 1JR, UK
Te voici en bas, dans la Cowgate, la rue des vaches, une tranchée sombre où les ponts de la ville passent au-dessus de ta tête. Cherche une façade modeste surmontée d'un petit clocher: la Magdalen Chapel. De l'extérieur, presque rien. Et pourtant, elle cache un trésor unique en Écosse.
La chapelle a été fondée dans les années 1540 par un marchand, Michael MacQueen, et achevée par sa veuve, Janet Rynd. Elle abritait quelques pauvres, puis elle est devenue la maison de la corporation des Hammermen, les artisans du métal: forgerons, orfèvres, armuriers, selliers. Dans une ville sans grandes salles, chaque métier tenait à sa chapelle comme à son honneur.
Le trésor, ce sont les vitraux. Quatre médaillons de verre peint, posés avant la Réforme protestante de 1560, et jamais déplacés depuis. C'est le seul vitrail d'avant la Réforme encore à sa place d'origine dans tout le pays: partout ailleurs, les réformateurs ont brisé les images. Et sur l'un de ces médaillons figurent les armes de Marie de Guise, la reine régente française, à côté des armes royales d'Écosse et de celles des fondateurs.
L'ironie, c'est que ce lieu catholique est devenu un haut lieu protestant. Selon une tradition, l'une des toutes premières assemblées de l'Église d'Écosse réformée s'y serait réunie en 1560, l'année même de la mort de Marie de Guise. Et plus tard, au XVIIe siècle, on y déposait les corps des Covenantaires, ces presbytériens insoumis pendus tout près, au Grassmarket, avant qu'on ne les enterre.
La Cowgate a eu une vie dure. Au XIXe siècle, c'était l'un des quartiers les plus pauvres et les plus entassés de la ville, où s'étaient réfugiés beaucoup d'Irlandais fuyant la famine. Aujourd'hui, la nuit, ce sont les étudiants et les bars qui la remplissent. Continue maintenant vers l'est le long de la Cowgate, passe sous le grand pont, puis remonte vers South Bridge et l'université: tu cherches un bâtiment à colonnes, coiffé d'un dôme et d'une statue dorée.
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7. Old College et le meurtre de Kirk o' Field
South Bridge, Edinburgh EH8 9YL, UK
Te voici devant l'Old College, le vieux collège de l'université d'Édimbourg: une façade monumentale à colonnes, et tout en haut du dôme, la statue dorée d'un jeune homme qui brandit un flambeau. Le bâtiment a été dessiné par Robert Adam à partir de 1789. Mais ce qui nous intéresse est plus ancien: ici se trouvait jadis Kirk o' Field.
Dans la nuit du 9 au 10 février 1567, une maison de Kirk o' Field explose. On y logeait Henry Stuart, Lord Darnley, le second mari de Marie Stuart, qui se remettait d'une maladie. Au matin, on retrouve son corps dans le jardin, sans trace de brûlure: il a été étranglé ou étouffé, sans doute en tentant de fuir. Toute l'Europe se pose la même question: la reine savait-elle ?
Ce soir-là, Marie avait rendu visite à son mari, puis elle était repartie vers Holyrood pour assister aux noces de l'un de ses serviteurs, Bastian Pagez, un Français de sa maison. Alibi parfait ou simple hasard ? Les historiens se disputent depuis plus de quatre siècles. Ce qui est sûr, c'est que le principal suspect, le comte de Bothwell, a été acquitté lors d'un procès expédié... et que Marie l'a épousé trois mois plus tard.
Ce mariage l'a perdue. Les lords se soulèvent, Marie est capturée en juin, enfermée dans un château sur une île du Loch Leven et forcée d'abdiquer en juillet 1567 en faveur de son fils d'un an. Elle s'enfuit en Angleterre l'année suivante, où sa cousine Élisabeth Ire la gardera prisonnière près de dix-neuf ans, avant de la faire exécuter en 1587. Tout a basculé ici, sur ce terrain.
Et la vie a repris ses droits de façon étonnante: sur le lieu du crime s'est installé le collège de la ville, qui accueille ses premiers étudiants en 1583 et deviendra l'une des grandes universités d'Europe. Charles Darwin y a étudié la médecine, Arthur Conan Doyle aussi. Maintenant, remonte vers le nord par South Bridge jusqu'au Royal Mile, puis tourne à droite et descends la High Street jusqu'à une vieille maison à pignons, avec des galeries de bois: la maison de John Knox.
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8. John Knox House et la Netherbow
43-45 High Street, Edinburgh EH1 1SR, UK
Cette maison qui avance sur la rue, avec ses étages en surplomb, ses galeries de bois et son escalier extérieur, c'est l'une des plus anciennes du Royal Mile: la John Knox House. Une partie remonte à la fin du XVe siècle. Elle porte le nom du réformateur... même si rien ne prouve vraiment qu'il y ait vécu.
Le plus drôle, c'est son propriétaire au XVIe siècle: James Mossman, orfèvre de la reine Marie Stuart. Un fidèle parmi les fidèles. Quand les partisans de Marie ont tenu le château d'Édimbourg jusqu'en 1573, Mossman était avec eux, et il y aurait même frappé monnaie pour leur cause. À la chute du château, il a été pendu. La maison qui porte le nom du grand adversaire de la reine appartenait donc à l'un de ses serviteurs les plus loyaux.
Knox et Marie se sont affrontés plusieurs fois en tête à tête, à Holyrood. Lui avait publié en 1558 un pamphlet au titre brutal, le Premier coup de trompette contre le monstrueux gouvernement des femmes, qui visait les reines catholiques. Elle, jeune veuve rentrée de France à dix-huit ans, aimait la danse, la musique et la messe. Selon le récit de Knox lui-même, elle a fondu en larmes devant lui. Il ne s'en est jamais excusé.
Maintenant, regarde la chaussée, juste un peu plus bas. Des plaques de laiton y dessinent le contour de la Netherbow Port, la porte fortifiée de la ville, démolie en 1764. Ici s'arrêtait Édimbourg. Au-delà commençait le bourg de Canongate, une autre ville, avec ses propres magistrats. Le pub à l'angle s'appelle d'ailleurs The World's End, le bout du monde: pour bien des pauvres, dit-on, la ville s'arrêtait littéralement ici.
Franchis donc la porte invisible. Tu entres dans la Canongate, le bourg des chanoines de l'abbaye de Holyrood, qui n'a été rattaché à Édimbourg qu'en 1856. Descends la rue tout droit vers l'est, en pente douce, sur quelques centaines de mètres, jusqu'à une église au pignon arrondi, coiffée d'une croix entre des bois de cerf.
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9. Canongate Kirk et la tombe d'Adam Smith
153 Canongate, Edinburgh EH8 8BN, UK
Arrête-toi devant cette église au pignon tout en courbes, presque hollandais, avec au sommet une croix plantée entre deux bois de cerf. C'est la Canongate Kirk, bâtie entre 1688 et 1691. Ces bois de cerf, garde-les en tête: ils te raconteront la légende de Holyrood tout à l'heure.
Pourquoi une nouvelle église ici ? Parce que le roi catholique Jacques VII avait pris l'église de l'abbaye de Holyrood pour en faire la chapelle de l'ordre du Chardon. Les paroissiens de la Canongate se sont retrouvés sans toit, et on leur a construit celle-ci. C'est aujourd'hui l'église que fréquente la famille royale quand elle séjourne au palais, tout au bout de la rue.
Mais c'est le cimetière qui fait la célébrité du lieu. Contourne l'église: contre un mur, une tombe sobre porte le nom d'Adam Smith, mort en 1790, le père de l'économie moderne, l'homme de la main invisible et de La Richesse des nations. Lui aussi a son chapitre français. De 1764 à 1766, il voyage en France comme précepteur du jeune duc de Buccleuch, s'installe à Toulouse, rend visite à Voltaire près de Genève et fréquente à Paris les économistes Quesnay et Turgot. C'est à Toulouse, écrit-il à son ami Hume, qu'il commence un livre pour tromper l'ennui.
Un peu plus loin, cherche une autre tombe, celle du poète Robert Fergusson, mort en 1774 à vingt-quatre ans, dans un asile. Il était oublié quand un jeune poète de passage, Robert Burns, a fait poser à ses frais une pierre tombale pour celui qu'il considérait comme son aîné en poésie. Dehors, sur le trottoir, une statue de bronze montre Fergusson en pleine marche, comme s'il descendait vers Holyrood avec toi.
Tu es maintenant dans la dernière partie du Royal Mile. Plus tu descends, plus la rue devient aristocratique: au XVIIe siècle, les nobles voulaient vivre près du palais, et la Canongate s'est remplie de belles demeures avec jardins. Continue tout droit vers l'est: au bout de la rue, derrière les grilles, le palais de Holyroodhouse t'attend.
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10. Palais de Holyroodhouse et la mort de Rizzio
Canongate, Edinburgh EH8 8DX, UK
Devant toi, derrière les grilles, la façade du palais de Holyroodhouse, avec dans la cour d'honneur une fontaine richement sculptée. Regarde la tour de gauche, avec ses tourelles rondes: c'est la plus ancienne partie, construite pour Jacques V vers 1530. Et c'est là-haut, au deuxième étage, que vivait Marie Stuart.
Ce palais est presque une affaire de famille française. Jacques V, le père de Marie, y amène en 1537 sa première épouse, Madeleine de Valois, la fille du roi François Ier. Elle a seize ans, une santé fragile, et elle meurt quelques semaines après son arrivée en Écosse. L'année suivante, Jacques épouse une autre Française, Marie de Guise. Leur fille, Marie Stuart, partira en France à cinq ans et ne reviendra qu'à dix-huit, en 1561, plus à l'aise, dit-on, en français qu'en écossais.
Le 9 mars 1566, dans un petit cabinet de ses appartements, Marie dîne avec quelques proches, dont son secrétaire italien, David Rizzio. Elle est enceinte de six mois. Soudain, son mari Darnley et des lords armés surgissent par l'escalier privé. Rizzio s'accroche aux jupes de la reine. On l'arrache, on le traîne dehors et on le poignarde des dizaines de fois. La tradition parle de cinquante-six coups.
Pourquoi ? Jalousie, politique, peur d'un étranger catholique trop proche de la reine... tout se mélange. Ce qui est sûr, c'est que Marie, menacée, réussit à retourner Darnley et à s'enfuir avec lui. Trois mois plus tard, elle accouche au château d'Édimbourg du futur Jacques VI, celui qui unira les couronnes d'Écosse et d'Angleterre en 1603. Et moins d'un an après Rizzio, c'est Darnley qui meurt à Kirk o' Field.
Le reste du palais a été reconstruit pour Charles II dans les années 1670, et c'est toujours la résidence officielle du souverain en Écosse. On montre encore, dans les appartements de Marie, une tache sur le plancher qu'on dit être le sang de Rizzio... les guides sourient, les visiteurs frissonnent. Longe maintenant le palais sur sa gauche, vers le nord, jusqu'aux ruines gothiques qui se dressent juste derrière lui.
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11. Abbaye de Holyrood
Palace of Holyroodhouse, Canongate, Edinburgh EH8 8DX, UK
Te voici devant les ruines de l'abbaye de Holyrood: une nef sans toit, de hauts murs gothiques, des fenêtres vides qui encadrent le ciel. C'est ici que tout a commencé, avant le palais, avant même la rue que tu viens de descendre.
La légende raconte qu'en 1128, le roi David Ier chassait ici le jour de la fête de la Sainte-Croix, malgré les conseils de ses prêtres. Un cerf immense l'aurait renversé de son cheval, et au moment où les bois allaient l'embrocher, une croix serait apparue entre eux. Le cerf s'enfuit, le roi est sauvé, et par reconnaissance il fonde une abbaye dédiée à la Sainte-Croix: Holy Rood. Voilà pourquoi tu as vu ces bois de cerf sur la Canongate Kirk.
L'abbaye est devenue une église royale. Marie de Guise y a été couronnée reine en 1540, et on y a enterré des rois, David II, Jacques II, Jacques V... et la jeune Madeleine de Valois, la princesse française morte à seize ans. C'est aussi à Holyrood que Marie Stuart a épousé Darnley, en juillet 1565. Mais en 1688, une foule protestante a saccagé l'église et profané le caveau royal, et en 1768 la voûte, trop lourde, s'est effondrée. Depuis, l'abbaye vit à ciel ouvert.
Et la Vieille Alliance, alors ? En 1560, le traité d'Édimbourg a renvoyé les soldats français, et la Réforme a tourné l'Écosse vers l'Angleterre protestante. Pourtant, l'alliance n'a jamais été tout à fait oubliée. On raconte souvent qu'en 1558, le roi Henri II avait accordé la naturalité française à tous les Écossais, et que ce privilège n'aurait disparu qu'au début du XXe siècle. Les juristes en débattent encore, mais l'histoire plaît beaucoup, des deux côtés de la Manche.
Retourne-toi une dernière fois vers l'ouest, vers le Royal Mile. Du château où est morte Marie de Guise jusqu'à cette abbaye où repose Madeleine de Valois, tu as marché le long d'une histoire écrite à moitié en français: dans les mots, dans les mariages, dans les tragédies. La prochaine fois qu'un Écossais te sert dans une ashet ou te dit dinna fash, tu sauras d'où ça vient. Ta promenade s'achève ici... et la Vieille Alliance, elle, continue.