Bruxelles : Art Nouveau, Horta et les Marolles
Des arabesques végétales de Victor Horta aux brocantes gouailleuses du Jeu de Balle
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1. Le Musée Horta : Le Temple de la Ligne Végétale
Rue Américaine 25, 1060 Saint-Gilles, Belgium
Arrêtez-vous sur le trottoir de la rue Américaine devant la double façade en pierre calcaire et fer forgé du Musée Horta, où vécut et créa le maître incontesté de l'Art nouveau de dix-huit cent quatre-vingt-dix-huit à dix-neuf cent dix-neuf. Observez la façon dont les balcons métalliques ondulent comme des lianes grimpantes sur la pierre de taille, rompant de manière éclatante avec la rigidité des ordonnances néoclassiques qui étouffaient l'architecture bourgeoise européenne du dix-neuvième siècle. Chaque travée de pierre calcaire blanche et de pierre bleue s'anime d'un souffle organique nouveau, annonçant une ère d'audace spatiale sans précédent.
L'Art nouveau bruxellois naquit dans les années dix-huit cent quatre-vingt-dix, propulsé par l'extraordinaire prospérité industrielle de la Belgique et la virtuosité des maîtres métallurgistes wallons. Victor Horta abolit le cloisonnement rigide des maisons bourgeoises traditionnelles, remplaçant les épais murs porteurs par de fines colonnettes en fonte apparente qui laissaient la lumière zénithale inonder les pièces jusqu'au cœur de la demeure. Cette transparence structurelle révolutionna le confort domestique en faisant respirer les volumes intérieurs.
Franchissez la porte d'entrée pour embrasser du regard une œuvre d'art totale, ou Gesamtkunstwerk, portée à son apogée expressive. Chaque détail fut conçu de la main même de Horta: les mosaïques de marbre au sol qui semblent onduler comme l'écume marine, la rampe d'escalier en frêne clair qui s'enroule comme un ruban de soie dorée, les radiateurs intégrés en laiton poli et jusqu'aux poignées de porte fondues pour épouser la paume humaine avec une tendresse sensuelle remarquable.
La cage d'escalier centrale est coiffée d'une splendide verrière en fer et verre soufflé qui diffuse une clarté dorée envoûtante. Horta disposa d'immenses miroirs biseautés aux paliers selon des angles savamment calculés, multipliant la lumière naturelle et créant une illusion d'espace infini et fluide dans une étroite parcelle urbaine bruxelloise, tandis que les carreaux de faïence émaillée blanche de la salle à manger renvoient des reflets nacrés incomparables.
Remontez la rue Américaine vers le nord-ouest, tournez à droite sur la chaussée de Charleroi et descendez la rue Paul Émile Janson vers la façade révolutionnaire de l'Hôtel Tassel.
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2. L'Hôtel Tassel : Le Manifeste de l'Art Nouveau Mondial
Rue Paul Émile Janson 6, 1000 Bruxelles, Belgium
Levez les yeux vers la façade en pierre blonde et fer forgé de l'Hôtel Tassel, dressée discrètement au numéro six de la rue Paul Émile Janson. Conçu en dix-huit cent quatre-vingt-treize pour le professeur de géométrie Émile Tassel, cet hôtel particulier bouleversa les canons esthétiques de son époque et est considéré par l'histoire mondiale de l'architecture comme l'acte de naissance officiel du mouvement Art nouveau. Le bow-window central en encorbellement semble flotter au-dessus de la chaussée, soutenu par d'élégantes consoles métalliques rivetées qui soulignent la hardiesse technique de l'ensemble.
Avant cette commande audacieuse confiée à Horta alors âgé de trente-deux ans seulement, les demeures bourgeoises bruxelloises se bornaient à copier servilement les styles historiques du passé, du néogothique au néorenaissance brabançon. Horta pulvérisa ces conventions poussiéreuses en affichant fièrement les poutrelles métalliques industrielles en façade, transformant le fer et la fonte bruts en éléments de parure végétale d'une grâce aérienne absolue. Les passants de dix-huit cent quatre-vingt-treize s'arrêtaient stupéfaits devant cette métamorphose du métal.
Dans le vestibule d'entrée, Horta peignit sur les enduits sa célèbre courbe en coup de fouet, un motif sinueux inspiré de la tige du cyclamen et du mouvement des vagues océaniques. Les arabesques peintes s'élancent sur les murs pour fusionner avec les ferronneries ouvragées de la rampe d'escalier et les tesselles de marbre coloré du pavement, unifiant la structure porteuse et le décor mural dans une symbiose organique éblouissante.
Le professeur Émile Tassel était un passionné d'optique géométrique et de photographie scientifique. Horta conçut pour son éminent client un plan d'étages en demi-niveaux articulé autour d'un ravissant jardin d'hiver vitré, permettant au savant de projeter des plaques de lanterne magique devant ses collègues universitaires tout en prenant le thé dans une clarté zénithale éclatante et reposante.
Poursuivez jusqu'au carrefour, tournez à gauche sur la prestigieuse avenue Louise et avancez vers le nord jusqu'à la grille monumentale de l'Hôtel Solvay.
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3. L'Hôtel Solvay : Le Palais du Baron de la Chimie
Avenue Louise 224, 1050 Ixelles, Belgium
Admirez l'équilibre magistral et les courbes harmonieuses de la façade en pierre blanche de l'Hôtel Solvay, dominant l'avenue Louise de ses monumentaux oriels vitrés et de ses balcons en bronze ouvragé. Édifié entre dix-huit cent quatre-vingt-quatorze et dix-neuf cent trois, ce palais urbain fut commandé par Armand Solvay, richissime héritier de l'empire chimique Solvay, qui accorda à Victor Horta un budget illimité et une liberté artistique absolue pour créer un joyau incomparable. Les lignes symétriques et fluides de la pierre sculptée traduisent une monumentalité digne des plus grands châteaux de la Renaissance brabançonne.
Armand Solvay était le fils d'Ernest Solvay, le savant et industriel milliardaire qui avait révolutionné la fabrication mondiale du carbonate de soude, composant indispensable aux industries du verre, du savon et du textile. La famille Solvay souhaitait une demeure d'apparat incarnant la foi dans le progrès scientifique moderne, la métallurgie de pointe et l'émancipation intellectuelle par l'art novateur le plus exigeant de son siècle.
Horta répondit à cette commande fastueuse en faisant appel aux matériaux les plus précieux de la planète. Il intégra vingt-trois variétés de marbres rares importés d'Italie, de Grèce, d'Algérie et des Pyrénées, associés à des essences précieuses de bois tropicaux comme le padouk et l'ébène, le tout ponctué de lustres en laiton doré poli évoquant des orchidées épanouies et intégrant les premières installations de climatisation naturelle par conduits d'air tempéré soigneusement dissimulés dans les boiseries.
La cage d'escalier principale est magnifiée par une monumentale toile pointilliste du maître belge Théo van Rysselberghe, intitulée La Lecture dans le parc. Horta étudia minutieusement les teintes chaudes des marbres d'Algérie et les verres ambrés de la verrière pour créer une harmonie lumineuse parfaite avec les touches divisionnistes du peintre, offrant aux visiteurs un spectacle chromatique inoubliable.
Quittez l'avenue Louise en tournant à l'ouest dans la rue Defacqz pour découvrir l'étonnante façade néo-renaissance et les sgraffites de Paul Hankar.
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4. La Maison Ciamberlani : Le Triomphe du Sgraffite
Rue Defacqz 48, 1050 Ixelles, Belgium
Arrêtez-vous devant l'imposante façade de la Maison Ciamberlani au numéro quarante-huit de la rue Defacqz et levez les yeux vers ses deux spectaculaires fenêtres semi-circulaires à l'étage noble. Conçue en dix-huit cent quatre-vingt-dix-sept par le visionnaire architecte Paul Hankar pour son ami le peintre symboliste Albert Ciamberlani, cette façade magistrale incarne une vision géométrique et colorée de l'Art nouveau, puissamment influencée par l'esthétique des estampes japonaises et l'art mural de la Renaissance florentine. La façade bouscule la sobriété du quartier bourgeois par son éclat solaire et son audace graphique singulière.
Alors que Victor Horta privilégiait les courbes sinueuses en fer forgé et les intérieurs feutrés, Paul Hankar développa un courant Art nouveau plus rectiligne et constructif, célébrant la beauté franche de la maçonnerie de briques polychromes et les consoles en bois apparentes. Hankar considérait avec passion que la rue devait être un musée à ciel ouvert offert généreusement au regard quotidien de tous les passants, mariant l'artisanat du métal aux traditions des charpentiers.
Admirez l'immense frise de sgraffites dorés qui tapisse le haut de la façade, exécutée par le grand décorateur Adolphe Crespin d'après les cartons originaux de Ciamberlani. Le sgraffite est une technique ancestrale où l'on incise un enduit frais teinté dans la masse pour faire réapparaître la couche de mortier sous-jacente, dessinant ici avec une force épique les travaux héroïques d'Hercule et les allégories des âges de la vie humaine dans des tons ocres flamboyants.
Les deux monumentales baies en demi-lune mesurent plusieurs mètres de diamètre et furent spécialement calculées pour inonder l'atelier de peinture d'une lumière septentrionale pure, uniforme et sans reflets trompeurs. Les balcons en fer forgé ajouré et les élégants auvents débordants en bois de teck confèrent à cette demeure l'allure altière d'un sanctuaire laïque des beaux-arts où les artistes travaillaient en communion avec la cité.
Poursuivez la rue Defacqz vers l'ouest, traversez la chaussée de Charleroi et descendez la rue de la Victoire vers la place Stéphanie.
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5. La Place Stéphanie : Le Foyer des Grands Boulevards
Place Stéphanie 1, 1050 Ixelles, Belgium
Faites une pause au cœur du carrefour animé et raffiné de la place Stéphanie, où s'achève l'avenue Louise pour rejoindre les boulevards aristocratiques de la haute ville bruxelloise. Baptisée en dix-huit cent soixante-quinze en hommage fervent à la princesse Stéphanie de Belgique, fille cadette du roi Léopold deux et future épouse malheureuse de l'archiduc héritier Rodolphe d'Autriche, cette vaste esplanade circulaire fut dessinée comme un majestueux vestibule urbain entre la nature du bois et le cœur des affaires. Les immeubles haussmanniens qui la bordent témoignent de la prospérité financière de la capitale sous le règne du roi bâtisseur.
À la fin du dix-neuvième siècle, cette intersection palpitante était le rendez-vous incontournable et mondain de la haute société bruxelloise. Les calèches lustrées, les fiacres de louage et les landaus décapotés y défilaient devant les boutiques de modistes parisiennes, les comptoirs de joailliers suisses et les ateliers de maîtres selliers en route vers les promenades ombragées du bois de la Cambre. L'élite y discutait des affaires de l'État dans des salons de thé réputés.
Regardez glisser silencieusement sur les rails les élégantes rames jaunes du tramway bruxellois, dont le cliquetis résonne ici depuis des générations. Bruxelles s'illustra comme l'une des toutes premières métropoles du continent européen à électrifier son réseau complet de tramways urbains dès dix-huit cent quatre-vingt-quatorze, permettant à la bourgeoisie commerçante de relier en quelques minutes leurs somptueuses résidences d'Ixelles aux sièges bancaires du centre historique.
Remarquez le saisissant changement d'atmosphère urbaine lorsque vous tournez votre regard vers le nord-ouest: au-dessus des élégantes toitures d'ardoises se profile la masse colossale du dôme du Palais de Justice, annonçant la frontière géologique et sociale entre l'opulence bourgeoise des avenues du haut et la gouaille populaire du quartier des Marolles niché dans la cuvette.
Empruntez la rue de la Régence vers le nord-ouest, longez les grilles des ministères et avancez jusqu'au promontoire vertigineux de la place Poelaert.
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6. Le Palais de Justice et la Place Poelaert : La Montagne de la Loi
Place Poelaert 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Dressez-vous avec stupeur devant les colonnades colossales, les corniches cyclopéennes et le dôme doré du Palais de Justice de Bruxelles dominant la place Poelaert. Bâti entre dix-huit cent soixante-six et dix-huit cent quatre-vingt-trois par l'architecte inspiré et tourmenté Joseph Poelaert, ce temple colossal de Thémis dépasse en superficie au sol la basilique Saint-Pierre de Rome et demeure le plus vaste monument de pierre calcaire taillée érigé sur le continent européen au dix-neuvième siècle. Les portiques monumentaux inspirés des propylées antiques impressionnent quiconque s'approche de son socle.
Poelaert installa délibérément sa formidable montagne de pierre sur le Galgenberg, la sinistre colline du Gibet, où la justice seigneuriale médiévale pendait les criminels et exposait les cadavres depuis le treizième siècle. L'édifice couvre une surface prodigieuse de vingt-six mille mètres carrés, abritant huit vastes cours intérieures, vingt-sept grandes salles d'audience solennelles et une Salle des pas perdus vertigineuse dont la voûte culmine à cent quatre mètres au-dessus du sol.
Cette démesure architecturale impériale eut un coût humain et social impitoyable pour les petites gens de la cité. Pour asseoir ce colosse de granit et de pierre de Gobertange sur la crête, les autorités étatiques exproprièrent et rasèrent impitoyablement des centaines de venelles et de maisonnettes populaires des Marolles, chassant brutalement des milliers d'ouvriers et de tisserands. De ce traumatisme inguérissable naquit l'insulte légendaire des Marolliens: schieven architek, qui signifie architecte tordu, toujours prononcée avec ferveur à Bruxelles.
Poelaert s'épuisa corps et âme sur ce chantier gigantesque aux proportions babyloniennes, sombrant dans la fièvre délirante et s'éteignant tragiquement en dix-huit cent soixante-dix-neuf avant d'avoir vu son chef-d'œuvre achevé. La rumeur populaire raconta avec effroi que les vieilles sorcières des Marolles l'avaient ensorcelé pour punir le saccage de leurs foyers ancestraux.
Avancez vers la balustrade occidentale de la place Poelaert pour embrasser le panorama sur la ville basse, puis dirigez-vous vers l'Ascenseur des Marolles.
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7. L'Ascenseur des Marolles : La Passerelle entre Deux Mondes
Place Poelaert 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Avancez sur la passerelle métallique ajourée de l'Ascenseur des Marolles, suspendue au-dessus du vide impressionnant au flanc de la colline de Poelaert. Avant de vous engager dans la cabine de verre limpide, prenez le temps d'admirer la vertigineuse vue plongeante sur toute la cuvette bruxelloise: au loin vers le nord scintillent les sphères argentées de l'Atomium, tandis qu'à vos pieds immédiats s'étire une marée pittoresque de toits en tuiles rouges et de cours intérieures des Marolles. La ville s'offre ici dans toute sa complexité topographique et historique.
Pendant plus d'un siècle, une abrupte rampe d'escaliers de pierre usée, la pénible rampe des Marolles, constituait le seul passage pédestre pour les lavandières, les ramoneurs, les journaliers et les dockers devant grimper chaque matin vers la haute ville bourgeoise. En deux mille deux, la Région de Bruxelles-Capitale mit en service cet ascenseur public vitré et entièrement gratuit, établissant une passerelle bienveillante et quotidienne entre deux univers que tout opposait.
Durant les quelques dizaines de secondes de descente fluide le long du pylône d'acier de vingt mètres, ressentez la soudaine métamorphose de la géographie humaine de Bruxelles. Vous quittez en un clin d'œil les ministères solennels, les palais consulaires feutrés et les cours de justice pour atterrir sans transition au cœur même du faubourg le plus frondeur, gouailleur et chaleureux de toute la Belgique.
Les Marolles ont jalousement préservé à travers les siècles leur dialecte marollien, savoureux alliage linguistique de vieux flamand brabançon, de français populaire, d'argot wallon et de tournures castillanes héritées de l'occupation espagnole. Ses habitants y cultivent l'art incomparable de la zwanze, une autodérision savoureuse qui tourne en ridicule les vanités des puissants autour d'une chope de bière.
Sortez de la cabine au niveau inférieur sur la rue de l'Épée, tournez à gauche sur la rue Blaes et descendez vers le marché aux puces du Jeu de Balle.
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8. La Place du Jeu de Balle : Le Royaume Quotidien de la Brocante
Place du Jeu de Balle 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Pénétrez sur le grand rectangle pavé de la place du Jeu de Balle et laissez-vous emporter par le joyeux vacarme et l'incomparable bric-à-brac du Vieux Marché. Chaque matin de l'année que le calendrier égrène, qu'il pleuve à verse, qu'il vente ou qu'il neige dru, des centaines de brocanteurs étalent à même le sol des bâches délavées, des caisses en bois et des tréteaux chargés d'antiquités mystérieuses, de disques vinyles poussiéreux, d'argenterie patinée et de bibelots oubliés. L'odeur des fripes mêlée au fumet du café filtre crée une atmosphère de fête populaire permanente.
La place fut aménagée en dix-huit cent cinquante-trois par l'architecte Joseph Poelaert pour la pratique passionnée de la pelote pelote ou balle pelote, un sport traditionnel flamand immensément populaire où les ouvriers frappaient une balle de cuir durci d'un revers de main calleux. En dix-huit cent soixante-treize, les autorités communales y reléguèrent définitivement le marché aux hardes et ferrailles pour assainir le centre-ville des chiffonniers ambulants, baptisant la place du nom affectueux de Vossenplein.
Tous les amoureux de bande dessinée et d'aventures maritimes reconnaîtront d'emblée ce décor mythique: c'est très exactement ici, sur les pavés du Jeu de Balle, qu'Hergé fait chiner à son jeune reporter Tintin le modèle réduit du trois-mâts la Licorne dans les premières pages du Secret de la Licorne en dix-neuf cent quarante-trois, immortalisant ce marché populaire dans l'imaginaire universel de dizaines de millions de lecteurs à travers la planète.
Autour de l'esplanade veillent de vénérables estaminets marolliens comme Chez Richard, La Brocante ou Le Chaff, où collectionneurs avertis, poètes bohèmes et vieux chiffonniers s'accoudent au zinc dès l'aube pour déguster un café fumant, un bol de soupe à l'oignon, un sandwich au fromage blanc plattekeis parsemé de radis croquants ou une généreuse marmite de caricoles épicées.
Longez l'angle est de la place, rejoignez la rue Blaes et approchez-vous de la haute porte cochère en brique de la Cité Hellemans.
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9. La Cité Hellemans : Le Modèle Social de l'Art Nouveau
Rue Blaes 160, 1000 Bruxelles, Belgium
Franchissez le porche monumental en brique sur la rue Blaes pour pénétrer dans les calmes allées piétonnes verdoyantes de la Cité Hellemans, où s'élèvent d'élégants pignons à redents en briques rouges et jaunes lustrées. Construit entre dix-neuf cent cinq et dix-neuf cent quinze par l'architecte communal Émile Hellemans, ce remarquable ensemble d'habitations ouvrières constitue l'un des premiers projets urbains de logement social moderne et hygiéniste menés sur le continent européen. Le contraste avec l'effervescence de la rue commerçante extérieure est saisissant.
Tout au long du dix-neuvième siècle, les Marolles étaient gangrenées par une misère noire, des taudis sordides et de redoutables épidémies de choléra et de tuberculose. Des familles entières s'entassaient dans des impasses borgnes obscures et fangeuses, sans aucun accès à l'air libre ni à l'eau potable. Le conseil communal chargea courageusement Hellemans d'éradiquer ces nids d'insalubrité pour offrir aux prolétaires des logis dignes, lumineux et ventilés, intégrant buanderies et séchoirs collectifs modernes.
Refusant de concevoir de mornes casernes ouvrières déshumanisantes, Hellemans insuffla la délicatesse esthétique de l'Art nouveau dans ce programme populaire. Il orna les façades de superbes bandeaux de briques émaillées polychromes, de balconnets en fer forgé aux lignes courbes gracieuses et de larges fenêtres à petits bois, tout en dotant chaque foyer d'une circulation d'air transversale et d'un cabinet de toilette privatif, véritable révolution pour l'époque.
L'ensemble résidentiel s'articule autour de paisibles sentiers pavés plantés d'arbres portant de poétiques noms d'oiseaux, comme la rue des Hirondelles, la rue des Fauvettes et la rue des Moineaux. Cette ingénieuse configuration spatiale engendra une chaleureuse solidarité de voisinage, permettant aux enfants de jouer en toute sécurité loin des calèches et aux lavandières d'étendre leur linge en plein soleil.
Rejoignez la rue Haute par la poterne centrale, tournez à gauche et remontez cette antique voie jusqu'au numéro cent trente-deux.
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10. La Rue Haute et la Maison de Bruegel : L'Artère Millénaire
Rue Haute 132, 1000 Bruxelles, Belgium
Arpentez les pavés vibrants de la rue Haute et arrêtez-vous devant le ravissant pignon à redents et les fenêtres à croisées de pierre du numéro cent trente-deux. Selon une tradition tenace et chère au cœur des Bruxellois, cette noble bâtisse brabançonne du seizième siècle fut la maison et le dernier atelier de peinture du génie flamand Pieter Bruegel l'Ancien, qui y vécut les années les plus fécondes de sa carrière artistique jusqu'à sa mort survenue en quinze cent soixante-neuf.
La rue Haute est la plus vénérable voie carrossable de Bruxelles: elle épouse le tracé rectiligne d'une antique chaussée romaine qui reliait Bavay, capitale de la Gaule belgique sous l'Empire, à la colonie romaine de Cologne sur le Rhin. Établie sur la crête sableuse dominant les méandres marécageux et insalubres de la Senne, elle devint naturellement dès le haut Moyen Âge l'axe fondateur du développement urbain vers le sud.
Vivre dans la rue Haute plongeait directement Bruegel au cœur battant de la truculente vie populaire qui inspira ses toiles les plus universelles. Les chroniques du seizième siècle rapportent que le maître se déguisait volontiers en paysan avec de vieux habits de bure pour se faufiler incognito dans les kermesses de village, les noces rustiques et les bruyantes tavernes, croquant sur ses carnets de croquis les visages grimaçants des buveurs et des joueurs de cornemuse.
Aujourd'hui, la rue Haute demeure l'axe le plus libre, éclectique et bohème de toute la capitale belge. Elle déborde de galeries d'art contemporain, d'ateliers de restaurateurs de meubles anciens, de librairies de vieux grimoires et d'estaminets chaleureux où l'on savoure le saucisson traditionnel et les bières amères issues de la fermentation spontanée du Pajottenland.
Poursuivez vers le nord-est le long de la rue Haute, tournez à droite sur la rue Joseph Stevens et montez vers la place du Grand Sablon.
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11. La Place du Grand Sablon : L'Écrin Aristocratique et Gourmand
Place du Grand Sablon 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Débouchez sur la gracieuse esplanade triangulaire du Grand Sablon et laissez-vous envelopper par les effluves enivrantes de cacao torréfié, de pâtisseries au beurre fin et de cafés de grands terroirs. Bordée de superbes hôtels particuliers patriciens des dix-septième et dix-huitième siècles aux toitures mansardées, cette vaste place en pente douce constitue le salon urbain le plus aristocratique et raffiné de Bruxelles, admiré dans le monde entier pour ses galeries d'antiquités prestigieuses et ses chocolatiers créateurs de génie.
Le toponyme de Sablon dérive du mot sable, témoignant d'une époque médiévale reculée où cette colline venteuse n'était qu'une lande sableuse inculte située au-delà de la première enceinte fortifiée. En douze cent trente, le duc Henri premier de Brabant concéda ce vaste terrain sablonneux au Grand Serment royal des Arbalétriers, métamorphosant cette lande déserte en champ d'exercice militaire et en lieu de tournois équestres fastueux.
Au centre de la place se dresse la superbe fontaine de Minerve, sculptée dans un marbre blanc éclatant en dix-sept cent cinquante et un par le maître Jacques Bergé. Ce chef-d'œuvre classique fut généreusement offert aux habitants de Bruxelles par Thomas Bruce, comte d'Ailesbury, un pair britannique exilé qui trouva pendant quarante longues années un asile paisible et heureux dans la capitale brabançonne et voulut léguer ce témoignage d'éternelle reconnaissance.
Aujourd'hui, le Grand Sablon s'affirme comme le sanctuaire absolu des amateurs éclairés de chocolat artisanal de luxe. C'est ici que rivalisent les ateliers amiraux des plus grands maîtres chocolatiers belges: Pierre Marcolini explorant les crus de fèves rares de Madagascar et d'Équateur, la vénérable maison Wittamer, fournisseur breveté de la Cour royale depuis des générations, et les créations légendaires de la maison Neuhaus.
Prenez place en terrasse au Sablon, commandez un chocolat chaud onctueux accompagné de truffes fondantes ou dégustez une bière trappiste fraîche, et savourez la fascinante traversée des splendeurs de l'Art nouveau, des ruelles frondeuses des Marolles et de l'élégance bruxelloise que vous venez d'accomplir.