Rue de Paris : un boulevard sur les ruines du ghetto
Why is it significant?
Te voilà sur la plus élégante avenue de Prague. Des façades couvertes de balcons, de tourelles, de visages de pierre et de nymphes sculptées, des vitrines de grandes marques de luxe au rez-de-chaussée... On se croirait presque sur un boulevard parisien.
Key Facts
| Place | Rue de Paris : un boulevard sur les ruines du ghetto |
|---|---|
| Address | Pařížská, 110 00 Praha 1, Czechia |
| Geo Coordinates | 50.09150, 14.41780 |
| Part of Walk | Prague, de l'Horloge au Golem : Vieille Ville et quartier juif de Josefov |
| Generated | Generated |
Te voilà sur la plus élégante avenue de Prague. Des façades couvertes de balcons, de tourelles, de visages de pierre et de nymphes sculptées, des vitrines de grandes marques de luxe au rez-de-chaussée... On se croirait presque sur un boulevard parisien. Et ce n'est pas un hasard: cette rue s'appelle Pařížská, la rue de Paris.
Mais sous ces façades, il y avait autre chose. Jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle, Josefov était un labyrinthe de ruelles, de cours et de maisons serrées, l'ancien ghetto devenu un quartier pauvre et insalubre. À partir de 1893, la ville décide de l'assainir, et rase presque tout. Des centaines de maisons disparaissent. Seuls survivent l'hôtel de ville juif, le vieux cimetière et six synagogues. Au milieu des ruines, on trace cette avenue droite comme une flèche, de la place de la Vieille-Ville jusqu'à la rivière.
Pourquoi Paris ? Au départ, l'avenue s'appelait Mikulášská, la rue Saint-Nicolas, du nom de l'église qui ferme sa perspective au sud. Elle fut rebaptisée rue de Paris dans les années 1920, quand la jeune Tchécoslovaquie regardait vers la France comme vers une grande sœur. Des légionnaires tchèques et slovaques avaient combattu dans l'armée française pendant la Grande Guerre, et Paris avait soutenu l'indépendance du pays.
Tout le monde ne s'est pas réjoui de ce grand ménage. Des écrivains et des artistes ont pleuré l'ancien ghetto, avec ses légendes et ses recoins. Selon les souvenirs de son jeune ami Gustav Janouch, Kafka disait que les ruelles obscures et les cours misérables vivaient encore en lui, plus réelles que la ville neuve et hygiénique qui les avait remplacées.
Avance jusqu'au bout de l'avenue. Devant toi, le pont Svatopluk Čech, construit entre 1905 et 1908, avec ses hautes colonnes surmontées de statues. En face, sur la colline de Letná, se dressa de 1955 à 1962 le plus grand monument à Staline de toute l'Europe; à sa place bat aujourd'hui un métronome géant. Tourne à gauche le long du quai: un palais de concert néo-Renaissance t'attend sur la place Jan Palach.