Tokyo : Shinjuku, Ruelles Rétro et Gratte-Ciel Lumineux
De la Mairie de Kenzo Tange aux Échoppes d'Omoide Yokocho, Golden Gai et Jardins Gyoen
Tokyo · 11 stops · 30 min audio · Generated
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1. Mairie de Tokyo: Les Tours Jumelles Métropolitaines de Kenzo Tange
2-8-1 Nishishinjuku, Shinjuku City, Tokyo 163-8001, Japan
Levez la tête au pied des tours jumelles monumentales du Siège du Gouvernement Métropolitain de Tokyo, chef-d'œuvre postmoderne inauguré en dix-neuf cent quatre-vingt-onze par le maître de l'architecture Kenzo Tange. S'élevant à deux cent quarante-trois mètres au-dessus du sol, ces tours de granit gris et de verre teinté évoquent la silhouette majestueuse d'une cathédrale gothique du futur, abritant le cœur administratif d'une région métropolitaine peuplée de quatorze millions d'habitants. L'ascenseur ultra-rapide vous propulse en cinquante-cinq secondes jusqu'aux observatoires panoramiques du quarante-cinquième étage.
Depuis les baies vitrées de l'observatoire, votre regard embrasse un horizon urbain à perte de vue qui s'étend jusqu'à la baie de Tokyo, la tour Tokyo Skytree et les collines lointaines de Chiba. Par temps clair en hiver, le cône enneigé du mont Fuji se détache avec une netteté miraculeuse à l'ouest, embrasé par les teintes dorées et pourpres du soleil couchant au-dessus de la chaîne de Tanzawa. Le vaste complexe comprend également l'édifice de l'Assemblée métropolitaine en hémicycle et une immense agora circulaire ornée de sculptures modernes où se tiennent des manifestations citoyennes.
Kenzo Tange a délibérément conçu le dessin des façades en bandes alternées de granit clair et sombre pour rappeler l'ordonnancement traditionnel des paravents et des cloisons japonaises shoji. Cette union subtile entre la rigueur géométrique des microprocesseurs électroniques et l'esthétique classique nippone a valu à l'édifice le surnom populaire de 'Tour de Babel de Tokyo'. L'accès totalement libre et gratuit aux deux observatoires traduit la volonté des autorités tokyoïtes d'offrir un espace de contemplation démocratique et ouvert à tous les habitants de la mégapole.
Au centre de l'observatoire sud trône un somptueux piano à queue laqué jaune vif orné de motifs géométriques noirs, conçu par l'artiste Yayoi Kusama: les visiteurs et mélomanes de passage peuvent s'y installer librement pour improviser quelques notes de musique face à la baie de Tokyo.
Redescendez sur le parvis et traversez la passerelle piétonne vers les allées fraîches et verdoyantes du parc central de Shinjuku.
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2. Parc Central de Shinjuku & Sanctuaire Kumano: L'Oasis des Samouraïs
2-11 Nishishinjuku, Shinjuku City, Tokyo 160-0023, Japan
Pénétrez sous les frondaisons denses du parc central de Shinjuku, où le grondement lointain de la circulation urbaine s'efface derrière le gazouillis des oiseaux et le murmure des cascades artificielles. Aménagé en dix-neuf cent soixante-huit sur le site d'une ancienne usine de purification des eaux de Yodobashi, cet espace boisé de près de neuf hectares forme une oasis indispensable au pied des tours de verre de West Shinjuku. Les employés de bureau et les familles viennent s'y détendre sur de larges pelouses ombragées de cerisiers et de zelkovas.
Dans un vallon tranquille à la lisière occidentale du parc se dresse le sanctuaire Kumano-jinja, fondé en treize cent quatre-vingt-dix-sept par un moine shugenja venu des lointaines montagnes sacrées de la péninsule de Kii. Vénérant les divinités de la nature et de l'eau, ce sanctuaire rural veillait autrefois sur des hameaux de paysans et des forêts de bambous avant que les gratte-ciel ne transforment Shinjuku en Manhattan tokyoïte. Les allées ombragées accueillent chaque matin des adeptes de gymnastique matinale rajio taiso et des promeneurs de chiens qui profitent de la fraîcheur des pelouses avant l'ouverture des bureaux.
Deux lions de pierre komainu sculptés en dix-sept cent soixante-treize montent la garde devant l'autel de bois sombre: l'un d'eux serre amoureusement un lionceau contre sa patte, un chef-d'œuvre de sculpture populaire d'Edo classé trésor culturel par l'arrondissement de Shinjuku pour son expressivité pleine de tendresse. Au printemps, les cerisiers en fleurs encadrent poétiquement les tours de verre environnantes, offrant un contraste saisissant entre la sérénité végétale et la démesure des gratte-ciel de Shinjuku.
Durant la période d'Edo, le huitième shogun Tokugawa Yoshimune venait chasser au faucon autour des étangs de ce sanctuaire, s'arrêtant pour se rafraîchir à la célèbre cascade de Yodobashi chantée par les poètes de haïku. Les prêtres shinto du sanctuaire célèbrent chaque automne un festival traditionnel très animé où les fidèles portent des sanctuaires portatifs mikoshi sous les fenêtres des grands hôtels internationaux.
Contournez les façades vitrées vers le nord-est pour rejoindre la sculpture écarlate LOVE au pied de l'I-Land Tower.
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3. Shinjuku I-Land Tower & Sculpture LOVE: L'Art Pop au Cœur des Affaires
6-5-1 Nishishinjuku, Shinjuku City, Tokyo 163-1390, Japan
Débouchez sur la grande esplanade circulaire de la tour Shinjuku I-Land et arrêtez-vous devant l'éclatante sculpture LOVE en acier laqué rouge vif, créée par l'artiste pop américain Robert Indiana. Installée en dix-neuf cent quatre-vingt-quinze lors de l'inauguration de ce complexe de bureaux de quarante-quatre étages, cette œuvre d'art public de près de quatre mètres de haut se compose des quatre lettres empilées avec le célèbre 'O' incliné, offrant un contraste joyeux et percutant face aux parois de verre austères des tours d'affaires environnantes.
Cette sculpture est entourée d'une légende urbaine romantique très populaire auprès de la jeunesse tokyoïte: on raconte que si deux amoureux parviennent à franchir d'un pas continu l'espace étroit séparant la lettre 'V' de la lettre 'E' sans que leurs corps ne touchent l'acier rouge, leur amour sera éternel et couronné d'un mariage heureux. L'artiste Robert Indiana a décliné son célèbre motif typographique dans plusieurs grandes métropoles mondiales, mais cette version tokyoïte est réputée comme l'une des plus emblématiques et photographiées au monde.
La sculpture LOVE est devenue un monument télévisuel incontournable au Japon, servant de décor à d'innombrables scènes d'aveux amoureux dans les dramas tokyoïtes les plus célèbres des années quatre-vingt-dix et deux mille, notamment la série à succès Densha Otoko. Les passants et les employés de bureau des gratte-ciel voisins s'arrêtent volontiers sur les bancs de granit pour déjeuner sur le pouce à l'ombre de la sculpture écarlate lors des journées ensoleillées.
L'esplanade de l'I-Land Tower abrite d'autres chefs-d'œuvre d'art contemporain commandés spécialement pour le site, dont des installations murales de Roy Lichtenstein et des sculptures en verre de Daniel Buren intégrées à la trame piétonne. De nombreuses demandes en mariage et déclarations sentimentales sont célébrées chaque semaine devant l'imposant lettrage d'acier rouge, perpétuant la magie populaire de ce repère urbain.
Empruntez la rue Oume-kaido vers l'est en direction des voies ferrées pour vous engouffrer dans les ruelles enfumées d'Omoide Yokocho.
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4. Omoide Yokocho: L'Allée des Souvenirs et des Grillades d'Après-Guerre
1-2 Nishishinjuku, Shinjuku City, Tokyo 160-0023, Japan
Glissez-vous dans l'étroitesse crépusculaire d'Omoide Yokocho, la fameuse 'Allée des Souvenirs' qui longe les talus de chemin de fer de la gare de Shinjuku. Né dans le chaos de dix-neuf cent quarante-six sous la forme d'un marché noir informel où les rescapés de la guerre échangeaient des denrées de survie et des abats grillés, ce réseau minuscule de trois ruelles parallèles abrite plus de soixante comptoirs minuscules en bois sombre. Les effluves de brochettes de poulet yakitori laquées de sauce tare et de bœuf mijoté s'échappent dans une brume parfumée.
À l'époque des pénuries d'après-guerre, la farine de blé et le riz étaient sévèrement rationnés par les autorités d'occupation, poussant les marchands de Shinjuku à cuisiner des abats motsuyaki fournis par les bases militaires voisines, une spécialité culinaire populaire bon marché qui a valu à cette allée son surnom historique de Shonben Yokocho, ou Allée de l'Urinoir. Les étroits comptoirs en bois sont patinés par des décennies de convivialité nocturne, tandis que les propriétaires préparent les brochettes sous les yeux des clients avec une dextérité millimétrée.
Chaque échoppe ne mesure souvent pas plus de quelques mètres carrés, accueillant six ou sept convives serrés coude à coude sur des tabourets de vinyle rouge autour du gril à charbon de bois binchotan. Les employés de bureau en costume cravate, les étudiants et les voyageurs du monde entier y partagent des pichets de bière fraîche et du saké chaud dans une convivialité chaleureuse sans égal. Les lampions de papier rouge suspendus sous les auvents de tôle ondulée diffusent une lumière tamisée chaleureuse qui plonge immédiatement le voyageur dans l'ambiance authentique du Japon de l'ère Showa.
Malgré un incendie dévastateur qui ravagea une partie des baraquements en novembre dix-neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, les propriétaires refusèrent obstinément les offres des promoteurs immobiliers, reconstruisant leurs échoppes à l'identique pour préserver l'âme prolétaire d'Edo. L'atmosphère enfumée et intimiste de l'allée attire aujourd'hui une clientèle éclectique mêlant habitués octogénaires, jeunes créateurs tokyoïtes et voyageurs étrangers en quête d'authenticité populaire.
Passez sous le pont ferroviaire pour déboucher sur la place étincelante de la sortie Est de la gare.
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5. Place de la Sortie Est & Le Chat 3D Géant: La Foule et l'Illusion Numérique
3-23 Shinjuku, Shinjuku City, Tokyo 160-0022, Japan
Arrêtez-vous au milieu de la marée humaine de la place de la Sortie Est de Shinjuku, le portail ferroviaire le plus fréquenté de la planète avec plus de trois millions et demi de voyageurs quotidiens. Au-dessus de la foule s'incurve l'écran géant LED de l'immeuble Cross Shinjuku Vision, inauguré en deux mille vingt-et-un. C'est ici que vit le célèbre Chat 3D de Shinjuku, un félin calico tricolore géant qui s'étire, baille, miaule et observe les passants d'en bas avec un réalisme saisissant grâce à une anamorphose optique parfaite.
Le cycle de vie du chat est synchronisé avec l'heure de Tokyo: le matin dès sept heures, il s'éveille en clignant des yeux surpris par le tumulte; tout au long de la journée, il s'amuse à chasser des oiseaux virtuels ou à saluer la foule; et peu avant minuit, il pose sa tête entre ses pattes pour s'endormir paisiblement tandis que les lumières de la ville s'estompent. La technologie de pointe employée utilise un écran incurvé en forme de L à très haute définition, créant une illusion d'optique tridimensionnelle parfaite pour les observateurs situés sur la place piétonne.
Cette place est le carrefour de toutes les énergies de Tokyo: les musiciens de rue y jouent leurs compositions acoustiques, les rabatteurs distribuent des tracts aux couleurs criardes et les néons géants des grands magasins Studio Alta et Lumine transforment la nuit en plein jour. Le chat géant est rapidement devenu une mascotte bien-aimée des réseaux sociaux mondiaux, attirant des milliers de touristes qui attendent patiemment son réveil ou son sommeil avec leurs téléphones portables levés.
La gare de Shinjuku est si colossale qu'elle compte plus de deux cents sorties distinctes et cinquante-trois quais de trains souterrains et aériens, un dédale réputé pour égarer même les Tokyoïtes de naissance. La place constitue également l'un des carrefours piétons les plus électrisants de la métropole, reliant directement les grands magasins de mode aux galeries souterraines labyrinthiques de la gare.
Tournez vers le nord et marchez deux minutes pour atteindre la porte rouge flamboyante de Kabukicho Ichibangai.
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6. Porte d'Ichibangai: L'Entrée du Quartier Sans Sommeil de Kabukicho
1-14 Kabukicho, Shinjuku City, Tokyo 160-0021, Japan
Dressez-vous sous l'arche écarlate scintillante de Kabukicho Ichibangai, le portail emblématique qui signale l'entrée dans le légendaire 'Quartier Sans Sommeil' de Tokyo. Bordée de centaines d'enseignes verticales lumineuses superposées, cette artère piétonne concentre une intensité visuelle et sensorielle unique en Asie. Des izakayas traditionnels, des bars à karaoké ouverts jusqu'à l'aube et des clubs d'amusement s'y entassent dans une cacophonie joyeuse de musique et d'annonces sonores.
Le nom de Kabukicho trouve son origine dans un projet urbain ambitieux avorté: après les destructions massives de dix-neuf cent quarante-cinq, les urbanistes prévoyaient d'ériger ici un immense théâtre de kabuki classique pour faire de la zone un centre culturel d'élite. Si le théâtre ne fut finalement jamais construit faute de financements suffisants, le quartier conserva son nom prestigieux, évoluant vers la capitale des divertissements populaires et de la vie nocturne. L'animation sensorielle de Kabukicho ne s'arrête jamais: les serveurs en livrée distribuent des cartes de réduction, tandis que les néons multicolores éclairent les trottoirs avec une intensité aveuglante.
Dans les années dix-neuf cent quatre-vingt et quatre-vingt-dix, Kabukicho possédait une réputation sulfureuse liée au milieu des yakuzas et des bars clandestins. Aujourd'hui, grâce à d'importants programmes municipaux de sécurisation et à l'ouverture de méga-complexes de loisirs comme la tour Tokyu Kabukicho, le quartier accueille des foules cosmopolites de noctambules en toute quiétude. Les façades superposées de cette artère forment l'un des paysages urbains les plus emblématiques du cinéma moderne, ayant servi de cadre à de multiples fictions cinématographiques internationales.
Le célèbre créateur de jeux vidéo Toshihiro Nagoshi s'est inspiré directement des rues et des enseignes de Kabukicho pour concevoir le quartier fictif de Kamurocho dans la légendaire saga vidéoludique Yakuza de Sega. Les soirs de week-end, l'allée vibre d'une foule cosmopolite de noctambules venus assister à des concerts en sous-sol ou partager un repas festif dans les étages des gratte-ciel environnants.
Avancez le long de l'artère jusqu'à l'esplanade du cinéma Toho pour lever les yeux vers le monstre Godzilla.
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7. Godzilla Road & Cinéma Shinjuku Toho: Le Roi des Monstres Veille sur Tokyo
1-19-1 Kabukicho, Shinjuku City, Tokyo 160-0021, Japan
Levez les yeux vers le ciel au bout de l'avenue Godzilla Road et contemplez la tête titanesque du Roi des Monstres qui émerge au-dessus de la terrasse du huitième étage du Shinjuku Toho Building. Inaugurée en deux mille quinze, cette reproduction grandeur nature de la tête de Godzilla mesure douze mètres de hauteur et pèse plus de quatre-vingts tonnes, reproduisant fidèlement l'aspect terrifiant du reptile préhistorique mutant tel qu'il apparaissait dans le chef-d'œuvre cinématographique Godzilla vs Mothra de dix-neuf cent quatre-vingt-douze.
À intervalles réguliers tout au long de la journée, les yeux du monstre s'illuminent d'un éclat écarlate féroce, sa gueule s'entrouvre pour cracher de la fumée blanche dans le ciel de Shinjuku tandis qu'un rugissement assourdissant retentit dans toute l'avenue, reproduisant le célèbre cri métallique obtenu en dix-neuf cent cinquante-quatre en frottant un gant de cuir résiné contre les cordes d'une contrebasse. Les concepteurs du bâtiment Toho ont calculé l'implantation exacte de la tête de façon à ce qu'elle apparaisse à la hauteur précise de cinquante mètres qui était celle du monstre dans le film d'origine de dix-neuf cent cinquante-quatre.
En deux mille quinze, la mairie de l'arrondissement de Shinjuku a officiellement décerné à Godzilla le titre d'Ambassadeur Spécial du Tourisme et lui a accordé la citoyenneté japonaise d'honneur, déclarant que le monstre avait contribué au rayonnement culturel planétaire de Tokyo malgré ses destructions répétées à l'écran! L'avenue piétonne qui mène au cinéma accueille de nombreux commerces de souvenirs, des salles d'arcade ultramodernes et des cafés thématiques célébrant l'univers fantastique du kaiju eiga japonais.
L'hôtel Gracery situé dans la tour propose même des chambres spéciales 'Godzilla Room' où une griffe de monstre grandeur nature semble traverser le mur au-dessus du lit des clients téméraires. À chaque rugissement du monstre, la foule de curieux massée sur la place applaudit avec enthousiasme, immortalisant la fumée blanche qui s'échappe de ses crocs dans le ciel nocturne de Tokyo.
Quittez l'esplanade du cinéma vers l'est pour vous faufiler dans le réseau intime de Shinjuku Golden Gai.
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8. Shinjuku Golden Gai: Le Labyrinthe des Micro-Bars Littéraires
1-1-6 Kabukicho, Shinjuku City, Tokyo 160-0021, Japan
Pénétrez avec respect dans les couloirs étroits et silencieux de Shinjuku Golden Gai, un bloc architectural miraculeux composé de six allées piétonnes bordées de minuscules maisons de bois à deux étages. Épargné par les vagues frénétiques de modernisation urbaine de la bulle économique, ce sanctuaire de la bohème tokyoïte concentre plus de deux cents micro-bars sur une surface équivalente à un terrain de football. Chaque bar ne dispose souvent que de quatre à huit tabourets serrés le long d'un comptoir en bois patiné.
Depuis les années dix-neuf cent soixante, Golden Gai a servi de refuge intellectuel et créatif pour les plus grands écrivains, poètes, journalistes, photographes et cinéastes indépendants du Japon. Des personnalités illustres comme le réalisateur Wim Wenders, le philosophe Jean-Paul Sartre ou le cinéaste Nagisa Oshima venaient y refaire le monde tard dans la nuit au son de disques vinyles de jazz et de blues. Les façades patinées en bois sombre sont décorées d'enseignes minuscules, de lanternes artisanales et de rideaux noren qui protègent la discrétion et l'intimité de chaque comptoir.
Chaque bar possède une identité singulière forgée par son propriétaire, ou 'Master': certains sont tapissés d'affiches de cinéma d'avant-garde des années soixante-dix, d'autres sont dédiés à la musique punk, à la poésie classique japonaise ou au flamenco espagnol, créant une mosaïque culturelle sans équivalent dans le monde. Pour préserver l'âme et la convivialité de chaque établissement, la plupart des tenanciers n'accueillent que de très petits groupes et appliquent une taxe de table modique appelée otoshi incluant un délicieux amuse-bouche maison.
Durant les années dix-neuf cent quatre-vingt, des spéculateurs immobiliers ont tenté d'intimider les tenanciers par des incendies criminels pour raser le quartier: les artistes et riverains ont alors monté des gardes nocturnes solidaires pour défendre leurs ruelles pierre par pierre. Le respect mutuel et le calme sont de mise dans ces ruelles: les conversations s'y déroulent à voix basse pour ne pas troubler la quiétude des habitués et des artistes qui y trouvent l'inspiration.
Débouchez au bout de l'allée orientale pour découvrir le grand portique torii rouge du sanctuaire Hanazono.
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9. Sanctuaire Hanazono-jinja: L'Autel des Artistes et du Commerce d'Edo
5-17-3 Shinjuku, Shinjuku City, Tokyo 160-0022, Japan
Franchissez le haut portique torii en acier peint de rouge vermillon pour pénétrer dans la cour majestueuse du sanctuaire Hanazono-jinja, le protecteur tutélaire de Shinjuku depuis l'époque d'Edo. Fondé au dix-septième siècle par les seigneurs du clan Tokugawa au milieu d'un jardin floral impérial qui lui donna son nom poétique de Hanazono ou 'Jardin Fleuri', ce sanctuaire shinto veille sur la prospérité des commerces, des auberges et des artistes du quartier depuis plus de quatre siècles.
Au sein de l'enceinte se niche le sanctuaire Geino Asama-jinja, un pavillon subsidiaire spécifiquement dédié aux comédiens, acteurs de théâtre, danseurs et chanteurs de Tokyo. Des plaques de bois votives y sont offertes par les plus grandes célébrités japonaises du cinéma, de la comédie et de la J-Pop, qui viennent y implorer le succès public avant le lancement d'une nouvelle pièce ou d'un tournage. L'enceinte sacrée est bordée de cerisiers d'ornement et de massifs d'azalées qui apportent une note de fraîcheur printanière au milieu des blocs d'immeubles commerciaux et des hôtels de Shinjuku.
Chaque mois de novembre, la cour du sanctuaire s'embrase lors du festival traditionnel Tori no Ichi: des centaines d'échoppes illuminées vendent des kumade, de superbes râteaux porte-bonheur en bambou richement décorés de masques dorés de dieux de la fortune, de pièces de monnaie anciennes et d'épis de riz pour 'ratisser' la chance et la fortune dans les foyers. De nombreux hommes d'affaires et employés de bureau viennent se recueillir discrètement devant l'autel le premier jour de chaque mois, jetant une pièce de monnaie pour bénir la rentabilité de leurs entreprises.
Durant les années dix-neuf cent soixante et soixante-dix, la cour du sanctuaire accueillit les représentations de théâtre expérimental underground sous la célèbre tente rouge de Juro Kara, défiant la censure artistique de l'époque. Les étals de la foire aux râteaux kumade sont tenus par des artisans traditionnels qui entonnent des chants de prospérité rythmés par des battements de mains synchronisés à chaque achat réussi.
Sortez par le portique sud et descendez la rue commerçante jusqu'au théâtre historique Shinjuku Suehirotei.
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10. Shinjuku Suehirotei: Le Dernier Théâtre Populaire de Rakugo
3-6-12 Shinjuku, Shinjuku City, Tokyo 160-0022, Japan
Arrêtez-vous devant la ravissante façade en bois traditionnel du théâtre Shinjuku Suehirotei, surmontée de panneaux de cèdre calligraphiés et de lanternes en papier de riz blanc portant les noms des artistes à l'affiche. Fondé en dix-huit cent quatre-vingt-dix-sept et reconstruit dans son style pittoresque actuel en dix-neuf cent quarante-six au lendemain des bombardements, c'est l'un des quatre derniers théâtres yose traditionnels subsistant dans toute la capitale, dédié à la préservation des arts de la scène populaire d'Edo.
La discipline reine jouée sur cette scène est le rakugo, l'art séculaire du conte comique assis: vêtu d'un sobre kimono, assis en seiza sur un simple coussin de soie sans aucun décor, un conteur solitaire incarne à lui seul une multitude de personnages truculents en modulant simplement sa voix, ses mimiques et son regard, usant uniquement d'un éventail plissé et d'une petite serviette de tissu comme accessoires. La tradition du rakugo remonte à plus de trois siècles: elle exige des années d'apprentissage rigoureux auprès d'un maître pour maîtriser l'art subtil de faire rire ou pleurer une salle entière sans jamais se lever.
L'intérieur de la salle conserve une disposition authentique d'époque: les spectateurs prennent place sur des banquettes de tatami de part et d'autre de la scène, grignotant des boîtes bento traditionnelles et buvant du thé vert chaud tout en écoutant les récits burlesques de samouraïs naïfs, de fantômes farceurs et de marchands roublards d'Edo. Entre deux contes satiriques, la scène du Suehirotei accueille de courtes représentations de découpage traditionnel de papier kamikiri ou des chants populaires accompagnés au luth shamisen à trois cordes.
Contrairement aux théâtres modernes où les représentations durent deux heures, le Suehirotei propose des programmes continus de l'après-midi au soir où se succèdent conteurs, illusionnistes, jongleurs et joueurs de shamisen pour une somme modique. Le bâtiment en bois de deux étages dégage un charme d'époque inestimable, constituant un véritable voyage dans le temps au cœur de l'un des quartiers les plus résolument futuristes de la planète.
Marchez vers le sud sur trois cents mètres pour franchir la grille de Shinjuku du Jardin National Shinjuku Gyoen.
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11. Jardin National Shinjuku Gyoen: L'Oasis Impériale des Trois Paysages
11 Naitomachi, Shinjuku City, Tokyo 160-0014, Japan
Franchissez la porte monumentale de Shinjuku pour pénétrer dans la majestueuse quiétude de Shinjuku Gyoen, un parc national impérial de cinquante-huit hectares considéré comme l'un des chefs-d'œuvre paysagers absolus du Japon. Établi à l'origine en quinze cent quatre-vingt-dix comme résidence seigneuriale du clan samouraï Naito, ce domaine fut transformé en jardin impérial en dix-neuf cent six sous le règne de l'Empereur Meiji, avant d'être ouvert au public après la Seconde Guerre mondiale comme sanctuaire botanique national.
La singularité exceptionnelle de Shinjuku Gyoen réside dans la cohabitation harmonieuse de trois styles de jardins distincts sur un même site: un jardin paysager traditionnel japonais orné d'étangs sinueux et de ponts de bois arqués, un jardin classique à la française planté de rosiers symétriques et de platanes taillés, et un vaste parc paysager à l'anglaise déployant de grands tulipiers au milieu de pelouses vallonnées. Les serres tropicales historiques du jardin, construites au début du vingtième siècle et modernisées, abritent plus de deux mille sept cents espèces végétales rares issues des climats chauds du monde entier.
Au bord de l'étang inférieur s'élève le Kyu Goryotei, ou Pavillon de Taïwan, une superbe structure d'inspiration chinoise en bois laqué et toiture pagodée érigée en dix-neuf cent vingt-sept pour commémorer le mariage de l'Empereur Showa. Depuis ses balcons ouverts sur l'eau, le reflet des gratte-ciel modernes de Shinjuku se mire poétiquement dans l'eau aux côtés des nénuphars et des saules. En automne, les allées du jardin s'embrasent des teintes flamboyantes des érables japonais momiji et des ginkgos dorés, attirant les promeneurs qui viennent contempler la métamorphose des saisons.
Ce jardin fut le décor poétique central du film d'animation culte The Garden of Words réalisé par Makoto Shinkai en deux mille treize, où deux âmes solitaires se rencontrent sous un kiosque de bois les matins de pluie estivale. Les vastes pelouses dégagées offrent un point de vue saisissant sur la tour Docomo et les gratte-ciel voisins qui se dressent majestueusement au-dessus de la ligne d'horizon des grands arbres séculaires.
Asseyez-vous sur la pelouse au bord de l'eau pour savourer le chemin parcouru, des vertiges futuristes de Kenzo Tange aux ruelles d'après-guerre et à cette clairière impériale intemporelle de Shinjuku.