Bruxelles : Fresques BD, Canaux et Berceau de la Senne
Du temple du Neuvième Art aux martyrs révolutionnaires et aux halles de Saint-Géry
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1. La Colonne du Congrès : Le Monument de la Liberté Belge
Place du Congrès 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Levez les yeux vers la monumentale colonne cannelée d'ordre dorique de la Colonne du Congrès, qui s'élance à quarante-sept mètres au-dessus de l'esplanade dominant la cuvette de Bruxelles. Érigée entre dix-huit cent cinquante et dix-huit cent cinquante-neuf d'après les dessins de l'architecte Joseph Poelaert, cette colonne triomphale célèbre le Congrès national de dix-huit cent trente, l'assemblée constituante qui forgea la constitution belge novatrice au lendemain de la révolution contre le royaume des Pays-Bas. L'esplanade en terrasse fut conçue comme un vaste balcon public offrant aux citoyens une vue dégagée sur les faubourgs en plein essor.
Le sommet de la colonne est couronné par une statue colossale en bronze de près de cinq mètres représentant Léopold premier, le tout premier souverain des Belges, coulée par le sculpteur Guillaume Geefs. Autour du socle massif de marbre bleu reposent quatre imposantes figures allégoriques féminines incarnant les libertés démocratiques fondamentales conquises par le peuple: liberté de la presse, liberté de culte, liberté d'association et liberté d'enseignement.
Au pied de l'édifice brûle en permanence la flamme éternelle de la Tombe du Soldat inconnu, inaugurée en novembre dix-neuf cent vingt-deux au lendemain de la Première Guerre mondiale. Sous une dalle de granit noir repose la dépouille d'un soldat belge non identifié tombé sur les champs de bataille de l'Yser, veillée nuit et jour par deux lions de bronze monumentaux gardant le souvenir des défenseurs de la nation.
Depuis ce promontoire suspendu au-dessus des toitures, embrassez du regard la rupture topographique naturelle de Bruxelles. Vous vous trouvez sur la falaise géologique qui séparait jadis le haut quartier aristocratique et gouvernemental des faubourgs populaires de la ville basse, berceau de l'esprit frondeur et de l'extraordinaire floraison de la bande dessinée belge.
Descendez l'escalier vers la rue des Sables, traversez l'ancien quartier des ateliers d'imprimerie et avancez jusqu'au portail vitré du Centre Belge de la Bande Dessinée.
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2. Le Centre Belge de la Bande Dessinée : Le Temple du Neuvième Art
Rue des Sables 20, 1000 Bruxelles, Belgium
Pénétrez sous la majestueuse verrière Art nouveau des anciens Magasins Waucquez, un vaste entrepôt de vente textile de gros conçu en dix-neuf cent six par le maître Victor Horta. Ici, les prouesses de la charpenterie métallique s'unissent harmonieusement avec le plus grand fleuron culturel contemporain de la Belgique: la bande dessinée, célébrée dans tout le monde francophone sous le titre prestigieux de Neuvième Art. Horta composa une cathédrale laïque de lumière et d'acier parfaitement adaptée à l'exposition des planches originales.
Au milieu du vingtième siècle, Bruxelles devint la capitale planétaire incontestée de la bande dessinée sous l'impulsion de deux revues légendaires, le journal Tintin et le journal Spirou. Hergé y perfectionna l'esthétique rigoureuse et lisible de la ligne claire dans Les Aventures de Tintin, tandis qu'André Franquin révolutionnait le dynamisme graphique avec Spirou, le Marsupilami bondissant et l'antihéros paresseux Gaston Lagaffe.
Dans le grand hall d'accueil baigné de lumière, levez les yeux vers la célèbre fusée lunaire à damier rouge et blanc d'Objectif Lune, reproduite à l'échelle nature sous les arcs métalliques de Horta. Plus loin stationne une authentique Citroën 2CV tirée des albums de Boule et Bill, entourée de milliers de manuscrits précieux, d'esquisses au crayon bleu et de planches encrées à la plume par les grands maîtres du récit illustré comme Edgar P. Jacobs, Peyo et Morris.
Dans les années dix-neuf cent soixante-dix, ce joyau architectural d'Horta menaçait ruine et était promis à la démolition pure et simple par les pelleteuses de la promotion immobilière. Une formidable mobilisation conjointe d'architectes et de dessinateurs, soutenue avec ferveur par Hergé lui-même, permit de sauver l'édifice in extremis et de le métamorphoser en musée national inauguré en dix-neuf cent quatre-vingt-neuf.
Ressortez sur la rue des Sables, remontez vers l'ouest par la rue du Fossé aux Loups et pénétrez sur la solennelle place des Martyrs.
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3. La Place des Martyrs : La Crypte de la Révolution
Place des Martyrs 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Faites une halte silencieuse au centre du vaste quadrilatère pavé de la place des Martyrs, où règne une surprenante quiétude à l'écart de l'agitation marchande des artères voisines. Aménagée à partir de dix-sept cent soixante-quatorze par l'architecte Claude Fisco sous le nom de place Saint-Michel, cette esplanade présente une composition néoclassique d'une rigoureuse pureté géométrique, bordée de façades blanches symétriques ornées de pilastres ioniques et de frontons triangulaires harmonieux. L'ordonnance régulière des arcades confère au lieu une solennité presque théâtrale.
Cette place élégante conçue pour les défilés de l'Ancien Régime fut brutalement métamorphosée en champ sacré de la nation lors de la Révolution belge de septembre dix-huit cent trente. Au cours des combats urbains acharnés contre les troupes hollandaises retranchées dans le parc Royal, les patriotes bruxellois durent inhumer leurs camarades tombés sous les balles directement au centre de cette place, créant une nécropole civique spontanée sous les acclamations populaires.
Au milieu du dallage s'élève le monument commémoratif sculpté par Guillaume Geefs en dix-huit cent trente-huit, représentant la Belgique triomphante inscrivant les journées victorieuses de septembre dans le livre de l'Histoire. Descendez les marches menant à la crypte funéraire souterraine: dans une pénombre recueillie reposent les corps de quatre cent soixante-six volontaires morts pour l'indépendance de la patrie, dont les noms sont gravés en lettres d'or sur les parois de marbre noir.
La place fut rebaptisée place des Martyrs dès dix-huit cent trente et un par décret solennel du gouvernement provisoire pour honorer le sacrifice héroïque de ces artisans, étudiants et ouvriers de Bruxelles. Elle demeure le cadre solennel des hommages républicains et monarchiques lors des grandes commémorations patriotiques de la nation belge.
Quittez la place par la rue Saint-Michel vers l'ouest, traversez la commerçante rue Neuve et engouffrez-vous sous la verrière du Passage du Nord.
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4. Le Passage du Nord et la Place De Brouckère : L'Éclat de la Belle Époque
Rue Neuve 38, 1000 Bruxelles, Belgium
Pénétrez sous la lumineuse verrière courbe du Passage du Nord, une élégante galerie couverte édifiée entre dix-huit cent quatre-vingt-un et dix-huit cent quatre-vingt-deux par l'architecte Henri Rieck. Reliant la commerçante rue Neuve au grand boulevard Anspach, cette galerie éclectique incarne l'effervescence bourgeoise et théâtrale de la fin du dix-neuvième siècle, à une époque où Bruxelles rivalisait avec Paris pour la magnificence de ses passages abrités. L'éclat des vitrines illumine un sol en mosaïques de marbre polychrome délicatement préservé.
Observez les somptueuses façades intérieures scandées par trente-deux statues allégoriques et caryatides sculptées au premier étage. Ces figures féminines délicates représentent le Commerce, l'Industrie, les Arts et les Métiers, veillant sur des devantures en acajou verni, des horlogeries d'art et des salons de coiffure traditionnels où flânaient les dandys et les spectateurs des théâtres voisins en quête des dernières modes parisiennes.
Débouchez à l'extrémité ouest sur la vibrante place De Brouckère, baptisée en l'honneur du bourgmestre Jules Anspach puis de Charles de Brouckère. Véritable Times Square bruxellois à la Belle Époque, ce carrefour était illuminé par des centaines d'enseignes au néon scintillantes, dominé par le fastueux hôtel Métropole et animé jour et nuit par les terrasses de brasseries littéraires où résonnaient des accents cosmopolites.
C'est sur cette place animée que Jacques Brel puisa l'inspiration de sa célèbre chanson C'était au temps où Bruxelles brusselait, immortalisant les omnibus à chevaux et les demoiselles en crinoline qui se promenaient sur les grands boulevards assainis au-dessus du lit canalisé de la Senne voûtée, sous les réverbères au gaz qui illuminaient les cafés animés, incarnant l'insouciance joyeuse et le dynamisme moderne de cette grande métropole européenne.
Longez le boulevard vers le nord, tournez à gauche dans la rue de l'Évêque et gagnez la place du Béguinage dominée par sa façade baroque flamande.
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5. L'Église Saint-Jean-Baptiste au Béguinage : Le Chef-d'Œuvre du Baroque Flamand
Place du Béguinage 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Arrêtez-vous devant la splendide façade ondulante de l'église Saint-Jean-Baptiste au Béguinage, chef-d'œuvre unanimement salué comme la plus belle église baroque d'inspiration italienne de Bruxelles. Reconstruite à partir de seize cent cinquante-sept sur les plans de l'architecte et sculpteur Lucas Faydherbe, élève préféré de Pierre Paul Rubens, cette façade déploie un étagement majestueux de volutes dynamiques, de pilastres corinthiens cannelés et de niches cintrées d'une incomparable harmonie. La pierre blonde sculptée semble s'animer d'un souffle baroque fervent sous la lumière changeante du ciel flamand.
Cette paroisse est le dernier grand vestige d'une véritable cité dans la cité: le Grand Béguinage de Bruxelles, fondé au milieu du treizième siècle. Cette communauté de femmes laïques pieuses, veuves ou célibataires, vivaient en autonomie financière et spirituelle sans prononcer de vœux monastiques perpétuels. Le domaine comptait des centaines de maisonnettes de briques, un hôpital, des ateliers de dentelle et des jardins maraîchers entourés de canaux protecteurs.
Pénétrez sous la nef lumineuse pour admirer les proportions aériennes de l'intérieur, magnifié par des enduits blancs et des boiseries de chêne richement sculptées. Le sanctuaire abrite une chaire de vérité baroque remarquable du dix-huitième siècle représentant saint Dominique terrassant l'hérésie, ainsi qu'une collection d'admirables toiles de Théodore van Loon illustrant des scènes bibliques avec un clair-obscur digne du Caravage.
Le béguinage bruxellois fut démantelé lors des tourmentes de la Révolution française à la fin du dix-huitième siècle, et ses ruelles pavées furent progressivement loties au dix-neuvième siècle. Seule l'église majestueuse survécut au temps, conservant sur sa place pavée une atmosphère de sérénité presque mystique, où le silence du cloître médiéval semble défier le tumulte de la métropole moderne environnante.
Quittez la place du Béguinage vers le sud par la rue du Cyprès, traversez la rue de Laeken et découvrez l'étonnante Tour Noire derrière l'église Sainte-Catherine.
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6. La Tour Noire et Sainte-Catherine : Le Rempart Médiéval Préservé
Place Sainte-Catherine 29, 1000 Bruxelles, Belgium
Faites face à l'imposante silhouette de pierre calcaire et de brique sombre de la Tour Noire, nichée de manière insolite à l'arrière du chevet de la monumentale église Sainte-Catherine. Érigée au début du treizième siècle sous le règne du duc Henri premier de Brabant, cette tour semi-circulaire fortifiée constitue l'un des très rares vestiges encore debout de la première muraille défensive de Bruxelles, qui ceinturait la cité médiévale sur un périmètre de quatre kilomètres. Ses blocs de calcaire rugueux racontent huit siècles de tumultes militaires.
Cette tour de guet était dotée d'archères meurtrières et d'un chemin de ronde reliant les remparts crénelés. Au fil des siècles, alors que la ville s'étendait au-delà de sa seconde enceinte, la tour perdit sa fonction militaire pour devenir tour à tour magasin de stockage de poudre à canon, taverne populaire puis atelier d'artisan, ce qui lui permit d'échapper aux démolitions systématiques ordonnées aux époques moderne et contemporaine.
À la fin du dix-neuvième siècle, lors de la création de la place Sainte-Catherine et des nouveaux quartiers marchands, le bourgmestre Charles Buls, ardent défenseur du patrimoine historique, s'opposa farouchement à la destruction de la tour. Il imposa sa restauration scrupuleuse en dix-huit cent quatre-vingt-huit, l'enchâssant comme un témoignage médiéval précieux au milieu de constructions modernes.
La place Sainte-Catherine voisine occupait jadis les bassins intérieurs du vieux port fluvial de Bruxelles, où les barges marchandes déchargeaient les poissons de la mer du Nord et les légumes maraîchers. Bien que les bassins aient été comblés au dix-neuvième siècle, le quartier a conservé sa réputation gastronomique légendaire, demeurant le sanctuaire des marchands d'huîtres et des restaurants de poissons réputés.
Empruntez la rue de Flandre vers l'ouest, admirez les façades anciennes et franchissez le portail discret du numéro quarante-six pour pénétrer à La Bellone.
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7. La Bellone : La Cour Secrète du Théâtre et du Baroque
Rue de Flandre 46, 1000 Bruxelles, Belgium
Franchissez le couloir discret du numéro quarante-six de la rue de Flandre et pénétrez sous la spectaculaire verrière contemporaine de La Bellone. Devant vous se dresse l'une des façades baroques les plus fastueuses et inattendues de Bruxelles, dessinée vers seize cent quatre-vingt-dix-sept par le grand sculpteur bruxellois Jean Cosyn, qui travailla également à la reconstruction des magnifiques maisons corporatives de la Grand-Place après le bombardement français. La blancheur éclatante de la pierre calcaire d'Avesnes resplendit sous le puits de lumière zénithale.
La façade tire son nom du médaillon central sculpté représentant Bellone, la déesse romaine de la guerre, coiffée de son casque martial à panache. Ce portail de gala fut commandé pour commémorer la retentissante victoire de la coalition alliée menée par le duc de Marlborough à la bataille de Ramillies en dix-sept cent six, qui libéra Bruxelles de l'emprise des troupes françaises de Louis quatorze après des années d'oppression militaire.
Admirez la profusion de trophées militaires sculptés dans la pierre blanche d'Avesnes: tambours résonnants, canons ouvragés, carquois, étendards déployés et trompettes de la renommée s'entrelacent autour des frontons brisés et des corniches dorées. Cette abondance sculpturale illustre le génie du baroque tardif brabançon, mêlant la gloire des armes à une théâtralité décorative envoûtante.
En dix-neuf cent quatre-vingt-quinze, la cour extérieure fut coiffée d'une audacieuse toiture de verre transparent suspendue conçue par l'architecte contemporain Conny Vandendriessche. Cet écrin protège désormais la pierre fragile des intempéries tout en créant la Maison du Spectacle, un lieu vivant dédié à la création théâtrale contemporaine, aux résidences d'artistes et à la danse vivante, offrant une acoustique feutrée remarquable qui sublime les soirées culturelles bruxelloises.
Ressortez sur la rue de Flandre, suivez-la vers le nord-ouest jusqu'au canal et découvrez le grand carrefour historique de la Porte de Flandre.
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8. La Porte de Flandre : Le Verrou du Canal Industriel
Rue de Flandre 200, 1000 Bruxelles, Belgium
Arrêtez-vous à la pointe occidentale du centre historique de Bruxelles, là où la commerçante rue de Flandre rejoint les quais du canal de Charleroi au carrefour de la Porte de Flandre. Du quatorzième siècle jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, une imposante porte fortifiée flanquée de hautes tours de briques verrouillait ici la route menant vers Gand et les comtés de Flandre, contrôlant l'octroi commercial et la sécurité militaire de la cité. Les charrettes de foin et les cavaliers y faisaient halte obligatoire avant de franchir le pont-levis.
En dix-huit cent trente-deux, l'inauguration du canal de Charleroi à Bruxelles métamorphosa radicalement cette entrée de ville. Cette voie d'eau artificielle de cinquante kilomètres fut percée pour acheminer le charbon noir extrait des mines du Hainaut directement jusqu'au centre de la capitale, propulsant la Belgique au rang de deuxième puissance industrielle mondiale derrière l'Angleterre et révolutionnant les transports marchands.
Regardez de l'autre côté du plan d'eau les berges industrieuses de Molenbeek-Saint-Jean. Durant tout le dix-neuvième siècle, cette commune limitrophe connut une expansion industrielle si phénoménale avec ses fonderies de fonte, ses filatures de coton et ses brasseries à vapeur qu'on la surnomma le Petit Manchester belge, attirant des vagues successives de tisserands flamands puis d'ouvriers venus de tout le bassin méditerranéen pour bâtir la prospérité économique de Bruxelles.
Observez les anciennes péniches et les péniches-logements amarrées aux quais pavés. Le canal a perdu ses lourdes péniches de charbon pour devenir le corridor d'une incroyable renaissance urbaine, jalonnée de lofts d'artistes, de brasseries artisanales avant-gardistes et de pistes cyclables reliant les parcs régionaux, tandis que les anciens greniers et manufactures de tabac se métamorphosent en galeries d'art d'avant-garde.
Traversez le pont métallique de Flandre pour franchir le canal, tournez à gauche sur le quai du Hainaut et avancez jusqu'au complexe industriel du MIMA.
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9. Le Quai du Hainaut et le MIMA : La Renaissance des Brasseries
Quai du Hainaut 41, 1080 Molenbeek, Belgium
Dressez-vous sur le quai du Hainaut devant la vaste masse de briques rouges et les cuves métalliques des anciennes Brasseries Belle-Vue, qui dominent le canal de leurs fiers bâtiments industriels du début du vingtième siècle. C'est dans ce complexe imposant que fut produite pendant des générations la plus célèbre gueuze commerciale de Bruxelles, unissant la tradition brassicole séculaire du Pajottenland au dynamisme industriel du port fluvial. Les hautes cheminées d'usine fumaient jour et nuit au-dessus des quais animés par le roulis des péniches.
La gueuze est une bière belge d'une extraordinaire complexité, obtenue par l'assemblage savant de lambics jeunes et vieux. Contrairement aux bières industrielles classiques, le lambic fermente de manière entièrement spontanée grâce aux levures sauvages, Brettanomyces bruxellensis, qui flottent naturellement dans l'atmosphère unique de la vallée de la Senne, conférant à la boisson une acidité rafraîchissante incomparable.
En deux mille seize, cet ancien site de brassage a trouvé une nouvelle vie éclatante avec l'ouverture du MIMA, le Millennium Iconoclast Museum of Art. Aménagé dans les anciennes salles de fermentation et de stockage sur quatre niveaux, ce musée visionnaire expose les figures majeures du street art international, de la culture graphique, de la musique punk et de la sous-culture du skateboard, attirant une jeunesse cosmopolite venue du monde entier découvrir ses installations immersives.
Regardez le reflet des façades industrielles trembler sur les eaux calmes du canal. Cette rive autrefois délaissée est devenue l'un des creusets créatifs les plus stimulants d'Europe, symbolisant la capacité de Bruxelles à réinventer son patrimoine manufacturier sans jamais effacer la mémoire vivante de ses bâtisseurs et de ses ouvriers brasseurs qui ont forgé la renommée internationale de ses lambics artisanaux.
Repassez sur la rive est du canal par la passerelle piétonne, remontez la rue du Rempart des Moines et gagnez la rue de l'Écuyer pour admirer la fresque murale de Gaston Lagaffe.
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10. La Fresque de Gaston Lagaffe : L'Art Urbain et l'Humour Bruxellois
Rue de l'Écuyer 9, 1000 Bruxelles, Belgium
Levez les yeux vers le pignon aveugle de la façade pour découvrir l'une des fresques murales les plus réjouissantes du parcours BD officiel de Bruxelles: le grand Gaston Lagaffe, créé en dix-neuf cent cinquante-sept par le maître caricaturiste et humaniste André Franquin. Vêtu de son inséparable pull à col roulé vert trop court, de ses espadrilles de toile bleue éculées et arborant son sourire nonchalant légendaire, Gaston semble prêt à déclencher une nouvelle catastrophe au nez de son patron. La silhouette dégingandée de l'antihéros apporte une touche de poésie facétieuse aux briques urbaines.
Né comme simple bouche-trou anonyme dans les marges du journal Spirou pour meubler les espaces blancs, Gaston Lagaffe s'imposa rapidement comme le personnage le plus subversif et attachant de la bande dessinée belge. Premier véritable antihéros de l'édition jeunesse, Gaston refuse avec philosophie le travail aliénant, préférant inventer le gaffophone ou faire la sieste sur des coussins d'archives.
Cette fresque fait partie du célèbre Parcours BD de Bruxelles, inauguré en dix-neuf cent quatre-vingt-onze par la Ville pour embellir les murs lépreux et lutter contre la prolifération des affichages publicitaires agressifs. Plus de soixante pignons du centre-ville ont ainsi été confiés à des fresquistes d'élite, transformant la capitale européenne en une gigantesque galerie de bande dessinée à ciel ouvert.
Franquin, natif d'Etterbeek à Bruxelles, possédait un sens inouï de l'observation comique et de la caricature sociale. À travers les bévues de Gaston, il dénonça avant l'heure le gaspillage bureaucratique, défendit avec tendresse les animaux abandonnés et fit rire des générations entières de lecteurs avec ses célèbres gaffes retentissantes, prouvant que la tendresse et la dérision sont les plus fidèles remèdes contre la morosité du quotidien.
Poursuivez vers le sud par la rue du Pont de la Carpe, traversez la rue Saint-Géry et pénétrez sous la halle métallique couverte des Halles Saint-Géry.
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11. Les Halles Saint-Géry : Le Berceau Fluvial de Bruxelles
Place Saint-Géry 1, 1000 Bruxelles, Belgium
Franchissez les portes en fonte et en verre des Halles Saint-Géry et pénétrez sous la majestueuse charpente métallique de ce marché couvert néorenaissance édifié en dix-huit cent quatre-vingt-un par l'architecte Adolphe Vanderheggen. Vous vous trouvez sur l'ancienne île Saint-Géry, le berceau géographique absolu de Bruxelles: c'est sur ce banc de terre entouré par les méandres de la rivière Senne que le duc Charles de Basse-Lotharingie construisit en neuf cent soixante-dix-neuf un premier castrum fortifié, acte de naissance officiel de la cité.
Au centre de la halle trône une impressionnante fontaine pyramidale en pierre bleue sculptée en dix-sept cent soixante-sept par le maître Jacques Bergé. Elle se dressait initialement dans la cour de la grande abbaye cistercienne de Grimbergen avant d'être transférée à Saint-Géry pour alimenter en eau potable les marchandes de légumes et les poissonniers qui tenaient étal sur la place.
Baissez les yeux à travers le plancher vitré installé au pied de la fontaine: vous pourrez y apercevoir les eaux sombres d'un tronçon préservé de la rivière Senne. Jadis voie navigable empruntée par les barques de meuniers et les blanchisseurs, la Senne devint un égout à ciel ouvert insalubre au dix-neuvième siècle, provoquant de terribles épidémies avant d'être totalement voûtée sous de larges boulevards entre dix-huit cent soixante-sept et dix-huit cent soixante et onze.
Les Halles Saint-Géry sont devenues aujourd'hui le cœur battant de la vie culturelle et festive du centre de Bruxelles. On s'y rassemble pour visiter des expositions d'urbanisme, écouter des concerts de jazz ou siroter un verre de bière lambic sur la place pavée où fleurissent terrasses d'estaminets et cafés alternatifs animés.
Prenez place au comptoir d'un bistrot de la place Saint-Géry, commandez une bière de froment ou une bière ambrée locale accompagnée d'un paquet de frites croustillantes, et célébrez la truculente union des bulles de BD, des canaux ouvriers et des origines millénaires de Bruxelles que vous venez de parcourir.