Edificio Telefónica : le gratte-ciel des correspondants de guerre
Why is it significant?
Recule jusqu'au bord du trottoir d'en face et renverse la tête: la tour de pierre claire monte par étages successifs, comme un gratte-ciel de New York qu'on aurait déguisé en retable baroque. En bas, un portail chargé d'ornements. En haut, une horloge et des pinacles.
Key Facts
| Place | Edificio Telefónica : le gratte-ciel des correspondants de guerre |
|---|---|
| Address | Gran Vía 28, 28013 Madrid, Spain |
| Geo Coordinates | 40.42040, -3.70190 |
| Part of Walk | Madrid secret : de la Gran Vía à Malasaña, coupoles dorées et barricades de 1808 |
| Generated | Generated |
Recule jusqu'au bord du trottoir d'en face et renverse la tête: la tour de pierre claire monte par étages successifs, comme un gratte-ciel de New York qu'on aurait déguisé en retable baroque. En bas, un portail chargé d'ornements. En haut, une horloge et des pinacles.
C'est le siège de la Compagnie téléphonique nationale d'Espagne, créée en 1924 avec des capitaux américains. La tour est construite entre 1926 et 1929 par l'architecte Ignacio de Cárdenas, sur des plans revus à l'américaine. Avec ses quatre-vingt-neuf mètres, elle devient le plus haut bâtiment de Madrid et l'un des tout premiers gratte-ciel d'Europe. Mais pour ne pas choquer les Madrilènes, on l'a habillée d'ornements dans le style de Pedro de Ribera, le grand architecte baroque de la ville.
Sept ans plus tard, ce symbole de modernité devient une cible. Pendant le siège de Madrid, de 1936 à 1939, le front n'est qu'à quelques kilomètres, vers la Casa de Campo et la Cité universitaire. Du haut de la tour, les défenseurs républicains observent les lignes ennemies, et l'artillerie franquiste la prend pour repère. Les obus tombent si souvent sur l'avenue que les Madrilènes la surnomment l'avenue des obus. La tour est touchée à de nombreuses reprises... et elle tient debout.
À l'intérieur, il y a aussi le bureau de la censure de la presse étrangère. Les correspondants du monde entier viennent y faire valider leurs dépêches avant de les téléphoner, Ernest Hemingway parmi eux. Le censeur s'appelle Arturo Barea, un écrivain madrilène qui racontera plus tard tout cela dans sa trilogie La Forja de un rebelde, écrite en exil.
Aujourd'hui, la Fondation Telefónica y organise des expositions, et la tour paraît presque modeste au milieu des immeubles de la Gran Vía. Mais pendant près de vingt-cinq ans, personne à Madrid n'a construit plus haut. Continue vers l'ouest sur la Gran Vía, en suivant la légère pente, jusqu'à la place où un immeuble en forme de paquebot porte une enseigne lumineuse que tout Madrid connaît.