Tremé, Place Congo et parc Armstrong : le berceau sacré du jazz afro-américain

De la Place Congo et de l'église Saint-Augustin au musée Backstreet, à la Villa Meilleur et à Basin Street

New Orleans · 12 stops · 30 min audio · Generated

  1. 1. Arche monumentale du parc Louis Armstrong et rue Rampart

    701 N Rampart St, New Orleans, LA 70116, United States

    Commencez votre pèlerinage aux sources sacrées de la musique américaine devant l'arche monumentale du parc Louis Armstrong, au 701 de la rue North Rampart. Inauguré en avril 1980, ce vaste parc urbain de treize hectares rend un hommage vibrant au plus influent génie musical du vingtième siècle, le trompettiste et chanteur néo-orléanais Louis « Satchmo » Armstrong, né dans le dénuement le plus total dans cette cité en août 1901 et devenu l'ambassadeur universel de la culture américaine.

    Admirez l'élégance de cette arche en courbe: illuminée de néons dorés à la nuit tombée, elle matérialise la frontière historique séculaire entre le Vieux Carré français et le Faubourg Tremé, universellement reconnu par les historiens comme le plus ancien quartier afro-américain des États-Unis.

    Aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, la rue Rampart suivait le tracé des palissades défensives et des fossés qui ceignaient la cité coloniale française. Au-delà s'étendait la plaine communale du Tremé, où les personnes de couleur libres et les esclaves édifièrent leurs foyers, leurs ateliers artisanaux et leurs lieux de culte. Aménagé dans les années 1970 d'après les dessins des paysagistes Robin Riley et Cashio Cochran, le parc intègre des lagons sinueux enjambés de ponts inspirés des jardins japonais et accueille de vénérables demeures créoles sauvées de la démolition urbaine. En franchissant l'arche, les rumeurs du trafic urbain s'estompent pour céder la place au clapotis des fontaines et au murmure des feuilles de saules pleureurs et de cyprès chauves, instaurant une atmosphère de sérénité et de recueillement spirituel.

    En posant le pied sur cette terre chargée de mémoire, on mesure la portée incalculable des souffrances, du courage et du génie créatif des Afro-Américains qui enfantèrent ici la musique moderne. C'est le vestibule sacré du Faubourg Tremé.

    Avancez le long de la promenade de briques pour pénétrer dans l'espace circulaire de la Place Congo.

  2. 2. Place Congo et berceau rythmique des musiques afro-américaines

    701 N Rampart St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous vous tenez au centre de la clairière circulaire pavée de la Place Congo, officiellement reconnue par les musicologues, les historiens et les anthropologues du monde entier comme le berceau spirituel et rythmique fondateur de toute la musique américaine. Sous l'empire du Code Noir colonial français puis espagnol, les personnes asservies bénéficiaient du repos dominical; dès le milieu du dix-huitième siècle et jusqu'aux années 1850, des centaines d'Africains réduits en esclavage et de Créoles libres de couleur s'y rassemblaient chaque dimanche après-midi.

    La Place Congo constituait une exception absolue en Amérique du Nord: alors que les colonies britanniques protestantes de Virginie et des Carolines interdisaient férocement tout rassemblement et tout tambour africain par crainte de révoltes, les autorités catholiques de La Nouvelle-Orléans toléraient ces réunions sous surveillance de la garde.

    Sur cette esplanade de terre battue, des hommes et des femmes issus de multiples nations—Bambaras, Kongos, Yorubas, Fons et Wolofs—dressaient un marché hebdomadaire vendant vanneries, légumes du potager et beignets de maïs, formant des cercles concentriques autour de maîtres percussionnistes. Ils y façonnaient d'authentiques instruments ancestraux: tambours en troncs évidés tendus de peaux de mouton, calebasses garnies de graines, mâchoires d'ânes frottées de clés de fer et le banza à quatre cordes, ancêtre direct du banjo américain. Les danseurs y exécutaient la Bamboula, la Calinda et la Counjaille, transmettant les polyrythmies complexes, les chants à répons et les notes bleues de l'Afrique de l'Ouest. Au fil des générations, ces syncopes africaines fusionnèrent avec les marches militaires françaises, les fandangos espagnols et les cantiques catholiques pour donner naissance au jazz, au blues, au rhythm and blues et au rock contemporain.

    Debout sur cette place sacrée où des cercles de tambours résonnent encore chaque dimanche à quinze heures précises, on frémit devant la puissance inaltérable de la résistance culturelle africaine. C'est d'ici que jaillit le fleuve musical qui submergea le monde entier.

    Rejoignez la berge du lagon pour saluer le monument en bronze de Louis Armstrong.

  3. 3. Monument en bronze de Louis Armstrong par Elizabeth Catlett

    801 N Rampart St, New Orleans, LA 70116, United States

    Voici la statue héroïque en bronze de Louis Armstrong, dominant les lagons calmes et les berges arborées du parc éponyme. Dévoilée le 15 avril 1980 lors de l'inauguration officielle des lieux, cette sculpture monumentale de près de quatre mètres de haut est l'œuvre magistrale de la célèbre sculptrice et graveuse afro-américaine Elizabeth Catlett, l'une des figures majeures de la sculpture moderne du vingtième siècle.

    Observez la posture triomphale et solaire d'Armstrong: Catlett l'a représenté dans un élégant costume croisé, tenant son inséparable mouchoir blanc dans sa main gauche tout en brandissant sa chère trompette vers le ciel de la main droite, le visage illuminé de son inoubliable sourire généreux.

    Né le 4 août 1901 dans un quartier misérable de La Nouvelle-Orléans surnommé le « Champ de bataille », le jeune Louis grandit dans une détresse extrême, chantant aux carrefours pour quelques piécettes et livrant du charbon dans les tripots de Storyville. Arrêté à onze ans pour avoir tiré un coup de pistolet en l'air la nuit du Nouvel An, il fut placé au foyer pour garçons noirs de la ville, où le maître de musique Peter Davis lui confia son premier cornet à pistons. Le génie de l'enfant fit le reste: Armstrong révolutionna la structure même du jazz naissant, transformant un jeu d'ensemble collectif en un art virtuose dominé par le solo individuel improvisé. Sa technique éblouissante, son vibrato expressif, son chant éraillé novateur en scat et sa bonhomie communicative conquirent les scènes du monde entier, gravant dans la mémoire de l'humanité des chefs-d'œuvre immortels comme « What a Wonderful World » et « West End Blues ».

    En levant les yeux vers ce bronze étincelant qui se reflète dans les eaux paisibles du lagon, on s'émeut du destin prodigieux de ce gamin des ruelles de La Nouvelle-Orléans qui offrit au monde la joie inaltérable du swing.

    Marchez vers le nord-ouest à travers le parc vers le portique néoclassique de Perseverance Hall.

  4. 4. Salle de bienfaisance Perseverance numéro quatre et Buddy Bolden

    901 N Villere St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous vous tenez devant le noble portique néoclassique de la salle Perseverance numéro quatre, préservée au sein du parc Louis Armstrong. Édifié entre 1819 et 1820 comme temple de la loge maçonnique créole La Persévérance numéro quatre, ce bâtiment historique remarquable est officiellement classé par les historiens comme le plus ancien temple maçonnique conservé dans tout l'État de Louisiane, et occupe une place sacrée dans l'histoire de la genèse du jazz.

    Admirez sa façade classique en stuc: pourvue de quatre colonnes doriques sobres et d'un fronton triangulaire épuré, la salle servait au dix-neuvième siècle de siège à l'une des prestigieuses sociétés d'entraide et de secours mutuel de la communauté noire francophone.

    Ces sociétés d'assistance mutuelle jouaient un rôle fondamental pour les personnes de couleur libres et les ouvriers: moyennant de modestes cotisations mensuelles, elles assuraient les soins médicaux en cas de maladie, versaient des pensions aux veuves et garantissaient surtout des obsèques dignes au son d'une fanfare funéraire. Les week-ends, la société louait sa salle pour des bals populaires, des réunions littéraires et des banquets patriotiques. Vers 1900, le cornettiste légendaire Buddy Bolden, unanimement considéré comme le premier véritable homme du jazz, y fit danser des foules enthousiastes au son de sa trompette rauque et puissante que l'on entendait résonner à travers tout le Tremé. Des maîtres comme Joe « King » Oliver, le pianiste Jelly Roll Morton et le clarinettiste Sidney Bechet y firent également leurs premières armes musicales avant de porter la gloire du jazz à Chicago et à Paris.

    En effleurant les colonnes de ce temple où résonna le souffle fondateur de Buddy Bolden, on prend la mesure de la créativité populaire qui donna le jour à une révolution musicale mondiale. Ce pavillon est un sanctuaire national du jazz.

    Sortez du parc par la rue Governor Nicholls et rejoignez l'église Saint-Augustin.

  5. 5. Église Saint-Augustin et tombe de l'esclave inconnu

    1210 Gov Nicholls St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous vous trouvez devant la façade solennelle de l'église catholique Saint-Augustin, érigée à l'angle des rues Governor Nicholls et Saint-Claude. Consacrée en octobre 1842 sous l'égide du prêtre français Jean-Marie Odin, Saint-Augustin est vénérée à travers le monde comme la plus ancienne église paroissiale catholique à majorité afro-américaine des États-Unis, fondée par des personnes libres de couleur qui acquirent des bancs spécifiquement réservés aux fidèles esclaves.

    Entrez dans la cour latérale ombragée: sur le sol repose l'émouvant « Tombeau de l'Esclave inconnu », monument inauguré en 2004 constitué de gigantesques maillons de chaînes d'ancre de marine rouillées soudés pour former une monumentale croix chrétienne.

    Des fers aux chevilles, des entraves d'esclaves et des boulets de fer sont incrustés dans les chaînes, commémorant les millions d'êtres humains qui périrent dans l'anonymat de la traite négrière sans sépulture chrétienne. Dans les années 1840, les femmes et hommes libres de couleur collectèrent des sommes considérables pour bâtir cette église sur l'ancienne plantation de Claude Tremé. Dès son inauguration, ces bienfaiteurs créoles achetèrent à perpétuité trois rangées complètes de bancs latéraux qu'ils déclarèrent libres d'accès pour toute personne asservie, créant ainsi la toute première communauté paroissiale catholique délibérément intégrée du Sud américain. En 1892, Homer Plessy était un paroissien fervent de Saint-Augustin lorsque le Comité des Citoyens de la paroisse organisa son recours en justice contre la ségrégation ferroviaire. Le sanctuaire est le cœur spirituel battant du Tremé depuis près de deux siècles.

    Devant cette croix de fer forgée avec les instruments de la servitude alors que les cloches égrènent l'Angélus au-dessus des toits, on ressent un recueillement sacré d'une intensité rare. Saint-Augustin incarne l'alliance indéfectible de la foi et de la liberté.

    Remontez la rue Saint-Philippe vers le nord jusqu'aux portes du musée culturel Backstreet.

  6. 6. Musée culturel Backstreet et costumes des Indiens de Mardi Gras

    1531 Saint Philip St, New Orleans, LA 70116, United States

    Arrêtez-vous devant le musée culturel Backstreet au 1531 de la rue Saint-Philippe, le sanctuaire communautaire le plus précieux dédié à la préservation et au rayonnement de la culture populaire afro-américaine de La Nouvelle-Orléans. Fondé en 1999 par une grande figure du Tremé, le photographe et documentariste Sylvester Francis, ce musée associatif unique est né de sa passion fervente pour filmer et sauvegarder les funérailles avec jazz, les défilés de second line et les traditions de masquage carnavalesque.

    Installé dans une bâtisse historique qui abrita autrefois la maison funéraire Blandin, le musée conserve des témoignages inestimables des cultures populaires noires que les musées municipaux officiels négligèrent longtemps d'archiver.

    Les salles d'exposition abritent la collection la plus complète au monde d'authentiques costumes d'Indiens de Mardi Gras. Chaque année, les membres de ces confréries consacrent des centaines d'heures de labeur méticuleux à broder à la main des dizaines de milliers de perles de verre, de paillettes brillantes et de somptueuses plumes d'autruche teintes pour confectionner des parures sculpturales pesant jusqu'à quarante kilos. Ces costumes rendent hommage à la solidarité des nations amérindiennes qui offrirent asile aux esclaves fugitifs dans les marécages louisianais. Le musée présente également des bannières de clubs de secours mutuel, les effrayants masques du Northside Skull and Bone Gang qui sortent à l'aube du Mardi Gras pour rappeler la mortalité aux fêtards, ainsi que les élégants atours des Baby Dolls. Le jour du carnaval, la chaussée devant le musée devient le théâtre d'affrontements rituels d'une beauté époustouflante où les chefs se défient par la splendeur de leurs perles et leurs chants rythmiques.

    Contempler la virtuosité des broderies perlées et l'embrasement des plumages d'autruche révèle la ferveur spirituelle des artisans du Tremé. Le musée Backstreet veille avec tendresse sur la flamme vivante du carnaval populaire.

    Poursuivez vers le nord sur la rue Governor Nicholls vers le manoir colonial de la Villa Meilleur.

  7. 7. Villa Meilleur et musée afro-américain de La Nouvelle-Orléans

    1418 Governor Nicholls St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous vous trouvez devant le portique aristocratique de la Villa Meilleur au 1418 de la rue Governor Nicholls, joyau architectural du campus du Musée afro-américain de La Nouvelle-Orléans. Construite en 1828 pour le négociant français Louis Meilleur, cette propriété majestueuse est célébrée comme l'un des spécimens les plus parfaits et les plus élégants de maison de maître créole suburbaine surélevée de toute la Louisiane, dotée d'une dépendance en briques à deux niveaux préservée dans les jardins.

    Observez l'élévation du rez-de-chaussée: le niveau d'habitation principal est perché à trois mètres au-dessus du sol sur de massifs piliers de briques blanchis à la chaux, garantissant une ventilation optimale tout en mettant les boiseries précieuses à l'abri des inondations du fleuve.

    En 1844, la villa fut achetée par Sophie Montreuil, une femme libre de couleur fortunée issue d'une illustre lignée créole propriétaire de nombreux biens fonciers dans le faubourg. Aujourd'hui, l'ensemble du domaine muséal est consacré à la célébration des contributions artistiques, politiques et littéraires des Afro-Américains à la civilisation louisianaise. Le musée accueille des expositions d'art contemporain, des ateliers d'histoire orale et de grands rassemblements pour la fête de l'émancipation de Juneteenth sous les chênes et les pacaniers bicentenaires. Admirez les portes-fenêtres à la française aux contrevents ajourés, la toiture mansardée en bardeaux de cyprès taillés à la main et l'ancien pavage de briques des remises à calèches où descendaient autrefois les notables du quartier.

    En effleurant les briques vénérables de la Villa Meilleur au bruissement des feuilles de magnolias, on admire la réussite sociale et le raffinement de ces grandes familles créoles de couleur du dix-neuvième siècle. Ce musée est un phare d'instruction et de dignité culturelle.

    Empruntez la rue Saint-Philippe vers l'ouest pour admirer les cottages créoles traditionnels du Tremé.

  8. 8. Cottages créoles de la rue Saint-Philippe dans le Tremé

    1200 Saint Philip St, New Orleans, LA 70116, United States

    Parcourez le tronçon historique de la rue Saint-Philippe, où vous êtes immergé au cœur du tissu urbain intime du Faubourg Tremé, officiellement désigné comme le plus ancien quartier afro-américain des États-Unis. Lotie à partir de 1810 sur les anciennes terres agricoles du colon breton Claude Tremé, cette enclave urbaine devint une terre d'élection pour les personnes de couleur libres, qui possédaient plus de quatre-vingts pour cent des titres de propriété du quartier dès l'année 1830.

    Observez la diversité charmante des typologies résidentielles: cottages créoles des années 1830 à doubles pentes, maisons shotgun victoriennes des années 1870 et boutiques d'angle à pignons se côtoient, presque toutes édifiées par des charpentiers et ferronniers libres de couleur.

    Dans le Tremé antebellum s'épanouit une société créole instruite, polyglotte et engagée politiquement bien avant la guerre de Sécession. C'est ici que parurent les premiers quotidiens afro-américains du pays, L'Union puis La Tribune de la Nouvelle-Orléans, rédigés en langue française; on y fonda des académies de musique classique, des sociétés littéraires et des loges philanthropiques. Remarquez les impostes vitrées finement sculptées au-dessus des entrées, les colonnettes tournées des galeries et les gratte-bottes en fer forgé scellés dans les bordures de granit. Le quartier servit de berceau nourricier à des géants universels du jazz, notamment le clarinettiste virtuose Sidney Bechet et Alphonse Picou. Malgré les assauts des chantiers de rénovation urbaine dans les années 1960, les habitants ont défendu leurs maisons de cyprès avec une détermination exemplaire.

    En marchant sous les lilas des Indes en fleur tandis que s'échappent d'une fenêtre ouverte les notes cuivrées d'une répétition de trompette, l'âme fière et généreuse du Tremé s'impose à l'esprit. C'est une terre sacrée de mémoire humaine et de virtuosité musicale.

    Marchez vers l'avenue North Claiborne pour découvrir la devanture chamarrée du Mother-in-Law Lounge.

  9. 9. Mother-in-Law Lounge d'Ernie K-Doe et Kermit Ruffins

    1500 N Claiborne Ave, New Orleans, LA 70116, United States

    Arrêtez-vous devant la façade psychédélique peinte de couleurs éclatantes du Mother-in-Law Lounge au 1500 de l'avenue North Claiborne. Cet emblématique club de musique populaire fut fondé en 1994 par le chanteur de rhythm and blues le plus excentrique et flamboyant de La Nouvelle-Orléans, Ernie K-Doe, dont le tube fracassant « Mother-in-Law » avait conquis simultanément la première place des classements pop et R&B du Billboard en 1961 à l'âge d'or du son néo-orléanais.

    Admirez les peintures murales qui recouvrent l'intégralité du bâtiment: dans des tons de bleu cobalt, de pourpre et d'or, elles dépeignent Ernie K-Doe coiffé d'une couronne royale et drapé d'une cape de velours proclamant son titre d'« Empereur de l'Univers ».

    Après la disparition d'Ernie en 2001, sa veuve bien-aimée Antoinette maintint le club ouvert, exposant un mannequin grandeur nature d'Ernie vêtu de son costume à paillettes près du comptoir. Submergé par les eaux de l'ouragan Katrina en 2005, l'établissement fut courageusement relevé par Antoinette. En 2014, le grand trompettiste de jazz, chanteur et maître du barbecue Kermit Ruffins reprit la gestion des lieux pour en faire le rendez-vous communautaire le plus joyeux du Tremé. Les après-midis de fin de semaine, le trottoir s'embaume des effluves appétissants du poulet grillé au feu de bois et des haricots rouges mijotés dans d'immenses marmites offerts aux clients, tandis que Kermit et son orchestre font danser le quartier au son d'un swing endiablé. Voisins, musiciens ambulants et voyageurs de passage s y rassemblent sur des chaises pliantes pour refaire le monde en savourant la musique en plein air.

    Pousser la porte de cette salle tapissée de souvenirs où résonne le son chaleureux des cuivres permet de toucher à la quintessence de la convivialité néo-orléanaise. Le Mother-in-Law Lounge est un temple vivant de fête populaire et de générosité fraternelle.

    Descendez l'avenue North Claiborne vers le sud en direction du terre-plein central historique.

  10. 10. Avenue Claiborne et mémoire de l'allée des chênes disparue

    1200 N Claiborne Ave, New Orleans, LA 70116, United States

    Placez-vous sous les piliers de béton brut du viaduc autoroutier de l'avenue North Claiborne, un lieu porteur d'une des leçons d'urbanisme et de justice environnementale les plus douloureuses de l'histoire des États-Unis. Avant la fin des années 1960, l'avenue North Claiborne était universellement célébrée comme la prestigieuse « Main Street » de la communauté afro-américaine de La Nouvelle-Orléans et comptait parmi les boulevards urbains les plus majestueux du continent.

    Imaginez cette avenue avant 1966: un terre-plein central engazonné de plus de trente mètres de large était abrité par une voûte continue de plus de deux cents chênes vivaces séculaires, formant la plus longue allée de chênes continue au monde.

    Le dimanche et les jours de carnaval, des milliers de familles noires s'y rassemblaient pour des pique-niques, des fêtes de famille et le passage des grandes parades des Indiens de Mardi Gras. L'avenue était bordée de plus de cent vingt entreprises afro-américaines prospères: banques, pharmacies, clubs de jazz réputés, cabinets médicaux et théâtres florissant à l'abri des vexations de la ségrégation. En 1966, en dépit des protestations déchirantes des résidents et des leaders des droits civiques, les ingénieurs d'État abattirent ces chênes vénérables au bulldozer et édifièrent le viaduc surélevé de l'Interstate 10 directement au-dessus du terre-plein, brisant l'épine dorsale économique du Tremé. Depuis lors, des artistes locaux ont transformé les piliers de béton en un mémorial à ciel ouvert, peignant les chênes abattus, les grands chefs d'Indiens et les défenseurs des droits civiques.

    Toucher la peinture d'une feuille de chêne sur une colonne de béton gris éveille une émotion poignante. Cet espace blessé demeure un sanctuaire vibrant de résilience et de réclamation mémorielle pour tout un peuple.

    Rejoignez la rue Henriette Delille en marchant vers le sud-est pour découvrir l'œuvre des Sœurs de la Sainte-Famille.

  11. 11. Sanctuaire d'Henriette Delille et sœurs de la Sainte-Famille

    1200 Henriette Delille St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous vous tenez le long de la rue historique Henriette Delille, baptisée en hommage à la Vénérable Henriette Delille, l'une des figures spirituelles les plus héroïques, admirables et dévouées de toute l'histoire américaine. Née à La Nouvelle-Orléans en 1812 comme femme libre de couleur d'ascendance française, espagnole et africaine, Henriette était destinée par sa famille à entrer dans le système du plaçage, institution coloniale par laquelle de riches hommes blancs prenaient de jeunes créoles de couleur pour concubines en leur assurant un soutien matériel.

    Henriette rejeta avec fermeté cette tradition d'asservissement, proclamant sa foi ardente: « Je crois en Dieu. J'espère en Dieu. J'aime. Je veux vivre et mourir pour Dieu. »

    En 1842, dans ce même quartier du Tremé aux côtés de Juliette Gaudin et Joséphine Charles, elle fonda la congrégation des Sœurs de la Sainte-Famille, officiellement reconnue comme le deuxième ordre religieux catholique féminin pour femmes noires établi aux États-Unis. Faisant vœu de pauvreté, les sœurs consacrèrent leur existence aux plus vulnérables: ouvrant la première école catholique pour petites filles noires asservies ou libres, créant le premier hospice pour esclaves âgés et soignant les malades lors des épidémies de choléra. Malgré l'hostilité de la hiérarchie cléricale blanche, qui leur refusa longtemps le port de l'habit religieux dans la rue, la congrégation s'étendit dans toute la Louisiane. En 2010, le pape Benoît XVI proclama Henriette Delille « Vénérable », première étape vers sa canonisation officielle par l'Église catholique.

    Se recueillir dans cette rue paisible qui perpétue son nom inspire un respect infini pour cette femme d'exception qui renonça aux honneurs pour consacrer chaque instant aux exclus. Henriette Delille est la sainte protectrice du cœur du Tremé.

    Descendez vers le sud le long de la rue Orléans vers la célèbre artère musicale de Basin Street.

  12. 12. Basin Street et tradition des fanfares de second line

    1000 Basin St, New Orleans, LA 70116, United States

    Concluez votre pèlerinage mémoriel à travers le berceau du jazz le long de la célèbre avenue de Basin Street, bordant le flanc sud du Faubourg Tremé. Immortalisée en 1928 par le standard planétaire « Basin Street Blues » composé par Spencer Williams et chanté par Louis Armstrong, Miles Davis et Ray Charles, cette artère légendaire marque le carrefour où les fanfares militaires du dix-neuvième siècle fusionnèrent avec l'âme improvisée du jazz.

    Regardez vers le sud vers le Vieux Carré: au tournant du vingtième siècle, Basin Street longeait le sulfureux quartier de Storyville, où des pianistes de génie comme Jelly Roll Morton inventaient les syncopes du ragtime dans des salons cossus.

    Mais du côté du Tremé, la musique appartenait à la ferveur populaire. Cette avenue est le sanctuaire de la fanfare funéraire créole et de la tradition du « second line ». Lorsqu'un musicien ou un aîné vénéré s'éteint, des formations prestigieuses comme le Tremé Brass Band ou le Rebirth Brass Band se rassemblent pour « libérer l'âme du défunt ». Le cortège s'ébranle d'abord dans une affliction retenue, jouant des psaumes lents et déchirants tels que « Just a Closer Walk with Thee » au son des trompettes assourdies et des caisses claires voilées. Mais une fois le corps inhumé, le tambour sonne une cadence syncopée victorieuse, le sousaphone plaque une ligne de basse puissante et l'orchestre explose en une jubilation triomphale au refrain de « When the Saints Go Marching In ». La foule des suiveurs—la second line—agite mouchoirs blancs et ombrelles ouvertes dans une transe collective où la vie triomphe de la mort.

    Debout sur Basin Street alors que le cuivre des trompettes résonne au loin sous les arcades du cimetière Saint-Louis numéro un, l'esprit héroïque de La Nouvelle-Orléans vous submerge d'allégresse. Le Tremé a offert le jazz au monde, et sa musique demeure un chant universel d'espérance et d'amour.

    Prolongez votre écoute le long de Basin Street ou explorez les clubs de jazz nocturnes de la rue Rampart voisine.