Saint-Victor, Notre-Dame de la Garde et Vauban : De l'abbaye fortifiée à la Bonne Mère
Des cryptes paléochrétiennes et du Four des Navettes au sanctuaire doré veillant sur la cité
Marseille · 12 stops · 30 min audio · Generated
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1. Théâtre National de La Criée et Rive Sud
Quai de Rive Neuve 30, 13007 Marseille, France
Prenez position sur le quai de Rive Neuve devant la fière façade en brique et pierre du Théâtre National de La Criée, emblème de la mémoire ouvrière et maritime marseillaise. Érigé en 1909 pour héberger les halles de vente à la criée du poisson frais de la flotte phocéenne, ce vaste bâtiment industriel a accueilli pendant sept décennies le ballet matinal des pêcheurs déchargeant rascasses, congres et daurades. En mai 1981, sous la houlette inspirée du grand metteur en scène Marcel Maréchal et de la municipalité, l'ancien marché s'est métamorphosé en un haut lieu de la création dramatique contemporaine doté d'une grande salle de huit cents places. La façade historique a conservé son fronton sculpté monumental gravé des armoiries de la cité et de motifs marins, sous lequel les spectateurs pénètrent aujourd'hui dans de vastes foyers baignés de lumière. Devant vous, les eaux calmes du Vieux-Port reflètent les rangées serrées de voiliers et de pointus traditionnels en bois amarrés aux pontons flottants. Le souffle du large apporte les senteurs vivifiantes de goudron maritime, d'iode et de sel mêlées aux arômes de café qui s'échappent des bistrots riverains. Ce carrefour populaire fait dialoguer la rudesse du travail de la mer avec la poésie théâtrale méditerranéenne. Les passants savourent la douceur du matin le long de cette rive sud plus secrète et authentique que les quais commerçants opposés.
Levez les yeux vers le fronton monumental: l'inscription historique de la Halle municipale aux poissons demeure gravée dans la pierre au-dessus des portes de verre modernes.
Les enchères du matin fonctionnaient jadis à la voix descendante: le crieur partait d'un prix élevé et descendait rapidement jusqu'à ce qu'un poissonnier crie son mot magique.
Marcel Maréchal inaugura les lieux avec sa célèbre mise en scène des Trois Mousquetaires, faisant galoper de véritables chevaux sur le plateau devant un public marseillais transporté.
Poursuivez vers l'ouest le long du quai de Rive Neuve vers le bassin de carénage et la rampe Saint-Maurice.
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2. Bassin de Carénage et Rampe Saint-Maurice
Boulevard Charles Livon, 13007 Marseille, France
Approchez de la rambarde en fer qui domine les eaux protégées du bassin de carénage, à l'extrémité occidentale du Vieux-Port. Creusé au début du dix-neuvième siècle à l'emplacement des anciens fossés militaires des galères royales, ce bassin spécialisé servait à hisser et réparer les coques de bois des navires de commerce en provenance de tout le Levant. Les charpentiers de marine y brûlaient les algues et le goudron séché pour calfater les bordés avec du chanvre et de la poix chaude selon des gestes hérités des Phocéens. La rampe Saint-Maurice qui surplombe le site offre un point de vue imprenable sur l'étroit goulet de sortie du port encadré par les remparts du fort Saint-Nicolas et du fort Saint-Jean. Tout autour résonne le son des maillets sur le bois d'orme et de chêne, car des artisans passionnés y restaurent encore les pointus traditionnels marseillais et de magnifiques yachts d'époque. L'eau couleur émeraude miroite sous le soleil tandis que les mâts nus dessinent une forêt géométrique contre les collines blanches. Vous ressentez ici la continuité d'un labeur maritime qui a forgé l'indépendance de la cité depuis l'Antiquité. L'odeur piquante de résine de pin et d'huile de lin imprègne l'atmosphère marine. Les bateaux en cale sèche révèlent la pureté de leurs lignes d'eau façonnées pour fendre les redoutables tempêtes du golfe du Lion.
Observez les formes effilées des carènes en bois: chaque pointu provençal possède une étrave surmontée d'un capian sculpté, symbole de fierté et de virilité du patron-pêcheur.
Le bassin de carénage fut le théâtre en 1836 des essais pionniers du premier bateau à vapeur métallique construit à Marseille par l'ingénieur naval Philip Taylor.
Sous la rampe Saint-Maurice court le tunnel routier du Vieux-Port inauguré en 1967, creusé sous les sédiments marins pour désengorger le trafic entre les deux rives.
Gravissez la rue Robert pour atteindre la place Saint-Victor devant l'imposante abbaye fortifiée.
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3. Abbaye Saint-Victor et Cryptes Paléochrétiennes
Place Saint-Victor 3, 13007 Marseille, France
Franchissez le seuil de l'abbaye Saint-Victor, dont les tours crénelées et les hauts murs de calcaire ressemblent davantage à un château fort féodal qu'à un monastère bénédictin. Fondée vers l'an quatre cent quinze par le moine théologien saint Jean Cassien venu d'Orient, cette abbaye constitue l'un des plus anciens foyers monastiques de toute la chrétienté occidentale. L'église haute actuelle, édifiée au douzième et au quatorzième siècle sous le pontificat du pape marseillais Urbain V, déploie une nef romane dépouillée baignée d'une pénombre propice au recueillement intérieur. Mais le trésor inestimable de Saint-Victor gît sous vos pieds dans ses fabuleuses cryptes paléochrétiennes: un dédale souterrain de chapelles rupestres, de carrières antiques et de catacombes abritant des sarcophages de marbre sculptés des quatrième et cinquième siècles. C'est ici que reposent, selon la piété provençale, les reliques de saint Victor, officier de la légion romaine martyrisé en trois cent trois pour avoir refusé de sacrifier aux dieux païens de l'Empire. Chaque année au matin de la Chandeleur, une ferveur populaire immense envahit la basilique lors de la bénédiction des cierges verts et des navettes traditionnelles. L'épaisseur des voûtes protège du tumulte du monde extérieur dans une sérénité millénaire. Les piliers massifs portent le poids de seize siècles de prières et d'espérances maritimes.
Descendez dans la crypte pour admirer le sarcophage des Compagnons de saint Maurice: les sculpteurs paléochrétiens y ont ciselé les apôtres et le Christ avec une délicatesse antique admirable.
Le pape Urbain V, couronné à Avignon en 1362, fut abbé de Saint-Victor et fit fortifier le monastère pour parer aux incursions des pirates sarrasins et des bandes de mercenaires.
La célèbre statue de la Vierge Noire de Notre-Dame-de-Confession, sculptée en bois de noyer au douzième siècle, est parée chaque 2 février de manteaux brodés d'or.
Faites quelques pas sur la rue Sainte pour vous arrêter devant la vitrine séculaire du Four des Navettes.
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4. Four des Navettes et Tradition de la Chandeleur
Rue Sainte 136, 13007 Marseille, France
Arrêtez-vous devant l'enseigne patinée du Four des Navettes, niché au numéro cent trente-six de la rue Sainte à deux pas du parvis de Saint-Victor. Fondée en 1781 par maître boulanger Aveyrous, cette maison vénérable est la plus ancienne boulangerie en activité ininterrompue de Marseille et conserve jalousement le secret de fabrication du célèbre biscuit provençal. La navette tire sa forme allongée et fendue en son milieu d'une petite barque sans rame, symbolisant selon la légende provençale le bateau sans voile qui porta les saintes Marie-Madeleine, Marie-Jacobé et Marie-Salomé sur les rivages de Camargue après la résurrection du Christ. Cuit dans un four à voûte en brique réfractaire du dix-huitième siècle alimenté à très haute température, ce biscuit croustillant exhale une saveur délicate et inimitable d'eau de fleur d'oranger distillée en Provence. La coutume veut que chaque année, au matin du deux février pour la fête de la Chandeleur, l'archevêque de Marseille vienne en procession solennelle bénir le fournil, le maître boulanger et les premiers paniers de navettes chaudes. Les Marseillais gardent traditionnellement une navette bénie dans leur foyer toute l'année comme gage de protection et de bonne fortune. Le parfum suave qui flotte sur le trottoir réveille la gourmandise des promeneurs de toutes générations. Ce temple du patrimoine culinaire perpétue depuis près de deux siècles et demi l'art de vivre phocéen.
Humez l'air à l'entrée du fournil: le parfum enivrant de fleur d'oranger et de pâte dorée embaume la rue Sainte du matin au soir sans faiblir depuis 1781.
Les navettes authentiques ne contiennent ni œuf ni beurre, mais seulement de la farine de froment, du sucre, de l'eau et de la fleur d'oranger, leur permettant de se conserver une année entière.
Le four en maçonnerie de briques réfractaires chauffé à blanc fonctionne toujours selon les mêmes principes thermiques depuis l'époque de Louis XVI.
Descendez la rue Sainte puis bifurquez à droite pour rejoindre la place Joseph-Étienne ornée de sa fontaine Puget.
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5. Place Joseph-Étienne et Fontaine Pierre Puget
Place Joseph-Étienne, 13007 Marseille, France
Prenez place à l'ombre bienfaisante des grands marronniers de la place Joseph-Étienne, élégante respiration triangulaire au pied des pentes escarpées de la colline de la Garde. Aménagée au dix-neuvième siècle lors de l'urbanisation des bastides bourgeoises du quartier Saint-Victor, cette place rend hommage à Joseph Étienne, armateur éclairé et homme politique marseillais qui finança de nombreuses œuvres caritatives. Au centre du terre-plein s'élève la fontaine monumentale surmontée de la statue en marbre blanc de Pierre Puget, le plus illustre des artistes marseillais surnommé le Michel-Ange français par ses contemporains. Puget, né dans le quartier du Panier en 1620, est représenté en habit de cour du Grand Siècle, tenant dans ses mains le ciseau et la masse avec lesquels il donna vie aux marbres royaux de Versailles et aux atlantes du port de Toulon. De belles maisons bourgeoises aux persiennes provençales vert olive et aux balcons en fer forgé cernent la placette où l'eau de la fontaine clapote dans son bassin octogonal. Les habitués viennent y lire leur journal à l'ombre tandis que les enfants courent autour des bancs publics en pierre. Cette oasis paisible marque la transition entre la ville basse portuaire et l'ascension sacrée vers la Bonne Mère. L'air y est plus frais et commence à porter les effluves de pins d'Alep et de résine sauvage.
Examinez la statue de Pierre Puget: sculptée par Henri-Édouard Lombard en 1906, elle exprime la fougue créatrice et l'indépendance d'esprit de l'artiste marseillais face aux ordres de Colbert.
Puget refusa longtemps de s'installer à la cour de Versailles, préférant demeurer en Provence pour diriger les ateliers de sculpture maritime de l'arsenal de Toulon.
La fontaine était jadis alimentée par une dérivation spéciale du canal de Marseille pour abreuver les chevaux de poste qui entamaient la dure montée vers la colline.
Gravissez la montée de l'Oratoire vers le sud pour pénétrer dans la verdure du Jardin du Bois Sacré.
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6. Jardin du Bois Sacré et Pentes de la Garde
Montée de l'Oratoire, 13006 Marseille, France
Respirez à pleins poumons en gravissant les allées en lacet du Jardin du Bois Sacré, véritable manteau végétal drapé sur le flanc nord de la colline calcaire. Aménagé au dix-neuvième siècle pour stabiliser les pentes rocheuses autrefois arides et dénudées, ce parc paysager étagé sur plus de deux hectares réunit pins d'Alep centenaires, cyprès élancés, oliviers sauvages et buissons de romarin odorant. Le nom mystique de Bois Sacré perpétue le souvenir des bois sacrés antiques et des oratoires chrétiens où les pénitents montaient pieds nus en implorant la clémence du ciel contre les pestes et les invasions. Des escaliers de pierre rustique coupent les virages de la montée de l'Oratoire, ménageant des belvédères inattendus d'où la vue plonge sur les toits de tuiles rouges de Saint-Victor et le miroir bleu du port. Le chant assourdissant des cigales résonne dans la pinède durant les chaudes journées d'été, couvrant la rumeur de la circulation urbaine en contrebas. Les bancs ombragés permettent aux promeneurs de reprendre leur souffle tout en observant le ballet des navires fendant les flots de la rade. La blancheur éclatante des affleurements de calcaire urgonien contraste avec le vert profond des aiguilles de pin. Vous approchez du faîte spirituel de Marseille, où la roche s'élève vers le firmament méditerranéen dans une majesté presque céleste.
Regardez à travers la trouée des pins: le fort Saint-Jean et la cathédrale de la Major apparaissent comme une maquette posée sur l'eau scintillante de la baie.
Les pèlerins d'autrefois comptaient les stations d'oratoires le long de ce chemin pour réciter leurs prières avant d'atteindre le sanctuaire de la Vierge protectrice.
Durant le siège de Marseille en août 1944, les tirailleurs algériens et goumiers marocains progressèrent sous ces frondaisons pour donner l'assaut héroïque au bastion allemand retranché au sommet.
Terminez l'ascension par les marches monumentales pour déboucher sur le parvis haut de la basilique Notre-Dame de la Garde.
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7. Basilique Notre-Dame de la Garde dite La Bonne Mère
Rue Fort du Sanctuaire, 13006 Marseille, France
Franchissez les portes de bronze de la basilique Notre-Dame de la Garde et laissez-vous éblouir par le scintillement des mosaïques dorées qui tapissent chaque centimètre carré de ses coupoles. Bâtie entre 1853 et 1864 par le jeune architecte marseillais Henri Espérandieu sur les fondations d'un fort royal érigé par François Ier en 1524, cette basilique romano-byzantine est le cœur spirituel et sentimental de tous les Marseillais, qui l'appellent la Bonne Mère. Au sommet de son clocher carré haut de quarante et un mètres trône la statue colossale de la Vierge à l'Enfant sculptée par Eugène-Louis Lequesne, haute de plus de onze mètres et recouverte de feuilles d'or pur qui flamboient sous le soleil et servent d'amer aux navigateurs à des dizaines de milles marins au large. À l'intérieur, la polychromie alternant marbre blanc de Carrare et marbre rouge de Vérone crée une atmosphère de faste oriental d'une saisissante beauté. Les murs de la nef et de la crypte sont littéralement couverts de milliers d'ex-voto maritimes: tableaux de tempêtes d'où surgit la Vierge salvatrice, maquettes de voiliers suspendues aux voûtes, cœurs d'argent, plaques de remerciements et casquettes de marins rescapés des naufrages. La ferveur populaire s'y ressent avec une intensité physique bouleversante. C'est ici que bat l'âme protectrice et cosmopolite d'une ville qui s'en remet à sa vigie céleste.
Levez les yeux vers les maquettes de bateaux suspendues aux voûtes par des filins d'acier: ces ex-voto navals perpétuent une tradition d'action de grâce marine vieille de plusieurs siècles.
La statue dorée de la Bonne Mère pèse près de dix mille kilos et a nécessité plus de trente mille feuilles d'or pour sa dernière dorure complète à la feuille.
Le campanile abrite une cloche monumentale baptisée Jeanne-Élisabeth, fondue à Lyon en 1845, dont le bourdon de plus de huit mille deux cents kilos fait trembler le rocher.
Sortez sur le parvis méridional pour accéder au grand belvédère panoramique circulaire de la basilique.
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8. Belvédère Panoramique et Parvis de la Garde
Rue Fort du Sanctuaire, 13006 Marseille, France
Avancez jusqu'au parapet en pierre blanche du belvédère panoramique qui ceinture le sanctuaire à plus de cent soixante mètres au-dessus des vagues. Devant vous s'ouvre le plus étourdissant spectacle visuel de la Provence maritime, un panorama circulaire complet embrassant toute la géographie phocéenne d'un seul regard souverain. Vers l'ouest et le large, la Méditerranée étincelle d'un bleu profond, parsemée des silhouettes calcaires blanches des îles du Frioul, du château d'If immortalisé par Alexandre Dumas et des calanques sauvages de Morgiou et de Sormiou. Vers le nord, le Vieux-Port s'enfonce dans le tissu dense des toits de tuiles, dominé par la silhouette massive de la cathédrale de la Major et les gratte-ciel scintillants d'Euroméditerranée. Vers l'est et le sud se déploie l'immense amphithéâtre calcaire ceinturant la ville: la montagne Sainte-Victoire de Paul Cézanne, la chaîne de l'Étoile, le mont Carpiagne et le dôme blanc futuriste du stade Vélodrome. Le vent marin souffle avec vivacité sur cette vigie séculaire, faisant claquer les oriflammes tricolores et maritimes. L'immensité de l'horizon fait comprendre pourquoi les navigateurs de l'Antiquité choisirent ce havre naturel d'exception pour bâtir leur comptoir. Vous dominez la capitale méditerranéenne dans toute sa diversité humaine et sa beauté sauvage.
Repérez l'archipel du Frioul et l'îlot du château d'If: cette forteresse royale de 1524 servit de redoutable prison d'État où le héros d'Alexandre Dumas prépara sa fuite légendaire.
Les géographes militaires ont calculé que par journée de mistral pur et limpide, le regard porte depuis ce belvédère jusqu'au mont Ventoux et aux premiers sommets des Alpes enneigées.
Des impacts d'obus et de balles de mitrailleuse sont encore nettement visibles sur les murs extérieurs de calcaire, souvenirs des combats acharnés de la Libération du 25 août 1944.
Quittez le parvis en descendant par la rampe sud-est pour rejoindre le chemin du Fort du Sanctuaire.
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9. Chemin du Fort du Sanctuaire et Ancien Funiculaire
Rue Fort du Sanctuaire 40, 13006 Marseille, France
Engagez-vous sur le chemin du Fort du Sanctuaire, qui serpente le long du versant méridional de la colline entre villas cachées et terrasses rocheuses. Vous longez les vestiges de l'impressionnant fort défensif commandé par François Premier au seizième siècle pour protéger le flanc sud de la colline contre les armées impériales de Charles Quint. C'est sur cette pente abrupte que fut inauguré en juillet 1892 le vertigineux funiculaire hydraulique de Notre-Dame de la Garde, chef-d'œuvre de l'ingénierie mécanique conçu par l'ingénieur Émile Maslin. Deux cabines de cinquante places suspendues à une passerelle métallique de cent mètres de haut montaient et descendaient grâce à un ingénieux système de contrepoids d'eau remplissant des réservoirs sous les cabines. Cet ascenseur spectaculaire, que les Marseillais appelaient fièrement le téléphérique ou l'ascenseur de la Bonne Mère, transporta plus de vingt millions de pèlerins et de touristes avant son arrêt définitif en 1967. Aujourd'hui, le chemin offre une descente paisible bercée par le bruissement des lauriers et des pins parasols. Les jardins en terrasses étagés sur le roc dévoilent des cabanons traditionnels fleuris de bougainvillées violettes et de figuiers de Barbarie. L'ambiance villageoise provençale renaît à quelques centaines de mètres seulement de l'agitation du sanctuaire. La lumière dorée de la fin de journée caresse les pierres sèches des anciens murs de soutènement.
Imaginez la passerelle métallique vertigineuse de 1892: s'élançant du vallon de l'Oriol jusqu'au rocher, elle franchissait un dénivelé de plus de soixante-quinze mètres dans le vide.
Les cabines de l'ascenseur se croisaient à mi-pente à la vitesse de deux mètres par seconde, le poids de l'eau de la cabine descendante hissant sans moteur la cabine montante.
Lors de la démolition de la structure en 1974, de nombreux Marseillais versèrent des larmes de nostalgie en voyant disparaître ce symbole de l'audace industrielle phocéenne.
Poursuivez la descente par la rue des Lices et la traverse de la Garde pour pénétrer dans le haut du quartier Vauban.
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10. Quartier Vauban Haut et Ruelles des Pêcheurs
Rue Pointe-à-Pitre 12, 13006 Marseille, France
Pénétrez dans le lacis attachant des venelles du haut quartier Vauban, l'un des villages urbains les plus préservés et authentiques de Marseille. Bâti sur les flancs orientaux de la colline à partir du dix-neuvième siècle, ce faubourg d'artisans, d'ébénistes, de dockers et de pêcheurs doit son nom au célèbre ingénieur militaire Sébastien Le Prestre de Vauban, qui séjourna à Marseille sous Louis XIV pour moderniser les défenses côtières. Ici, les rues comme la rue Pointe-à-Pitre ou la rue des Lices se transforment en escaliers abrupts bordés de maisons à deux étages aux façades peintes à la chaux dans des tonalités d'ocre jaune, de rose fuchsia et de bleu lavande. Les habitants y cultivent sur leurs pas-de-porte de véritables jardins miniatures en pots: géraniums éclatants, jasmin étoilé, menthe sauvage et pieds de tomates prospèrent sous le soleil. L'absence de circulation automobile dans ces impasses préserve un calme extraordinaire où résonnent les rires des enfants et les conversations de palier entre voisins. Des ateliers d'artisans d'art, de céramistes et de créateurs de santons traditionnels en argile perpétuent les savoir-faire ancestraux provençaux. La douceur de vivre de ce village suspendu entre mer et colline charme tous ceux qui s'aventurent hors des sentiers battus. Le temps semble s'être arrêté dans ce sanctuaire populaire du cœur marseillais.
Remarquez les petites niches votives creusées aux angles des maisons: elles abritent de modestes statuettes de la Vierge ou de saint Joseph éclairées de veilleuses pieuses.
Les maisons ouvrières de Vauban étaient traditionnellement construites selon le modèle dit du trois-fenêtres marseillais, avec trois baies par étage assurant lumière et aération naturelle.
Vauban fut pendant des décennies le quartier d'élection des ouvriers charpentiers de marine qui remontaient à pied du bassin de carénage après leur journée de labeur.
Descendez par la rue Saint-François-d'Assise pour rejoindre l'église paroissiale du quartier.
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11. Église Saint-François-d'Assise de Vauban
Rue d'Endoume 20, 13006 Marseille, France
Arrêtez-vous devant la sobre façade néoclassique de l'église Saint-François-d'Assise, cœur battant de la vie paroissiale de Vauban depuis le milieu du dix-neuvième siècle. Érigée entre 1856 et 1860 selon les plans de l'architecte Paul Chenevier, cette église fut bâtie grâce aux souscriptions populaires des familles modestes du quartier qui souhaitaient un lieu de culte de proximité pour éviter la rude ascension quotidienne vers la basilique sommitale. La façade en calcaire blond s'orne d'un fronton triangulaire classique soutenu par des pilastres doriques, tandis qu'un clocher carré s'élève discrètement à l'arrière pour faire tinter les angélus au-dessus des toits de tuiles. À l'intérieur, la nef unique voûtée en berceau déploie une harmonieuse clarté soulignée par des chapelles latérales consacrées à saint François d'Assise, patron des pauvres et de la Création, et à sainte Rita, sainte des causes désespérées très vénérée des mères marseillaises. Des fresques murales et des tableaux religieux de peintres provençaux illustrent la dévotion franciscaine tournée vers la simplicité et la charité fraternelle. L'église demeure le point de ralliement des fêtes de quartier, des kermesses de printemps et des célébrations familiales où se croisent toutes les générations. La fraîcheur de la pierre calcaire procure un répit salutaire après la descente des ruelles ensoleillées. Vous mesurez ici la force du sentiment communautaire qui anime ce faubourg marseillais.
Admirez le maître-autel en marbre polychrome: offert par les ouvriers carriers de la colline, il témoigne de la virtuosité des tailleurs de pierre locaux du Second Empire.
Saint François d'Assise fut choisi comme patron spirituel en hommage aux premiers moines franciscains établis à Marseille dès 1220, du vivant même de saint François.
Durant la Résistance, la cure de l'église abrita des réunions clandestines et servit de boîte aux lettres secrète pour les réseaux de renseignement de la France libre.
Poursuivez votre marche en descendant vers l'ouest par la rue d'Endoume pour déboucher sur la conviviale place Valère-Bernard.
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12. Place Valère-Bernard et Terrasses Populaires
Place Valère-Bernard, 13006 Marseille, France
Achevez votre périple provençal sur la place Valère-Bernard, carrefour vibrant et chaleureux où s'exprime toute la gouaille et la convivialité marseillaise. Cette esplanade en pente douce rend hommage au grand peintre, poète et graveur marseillais Valère Bernard, né en 1860 dans la cité et ardent défenseur de la langue d'oc et de la culture provençale aux côtés de Frédéric Mistral. Autour de la place s'organise la vie quotidienne du quartier: boulangeries traditionnelles dorant leurs fougasses et leurs pains au levain, étals de primeurs aux caisses débordant de courgettes et d'abricots gorgés de soleil, cavistes indépendants et terrasses de café où l'on sert le pastis frais et le vin blanc de Cassis. Des platanes bienveillants abritent les tablées où les habitués discutent avec passion des résultats de l'Olympique de Marseille et des nouvelles du quartier. Au-dessus des façades colorées émerge encore en toile de fond la silhouette étincelante de la Bonne Mère dressée sur son piédestal de calcaire. Ici s'achève notre grand voyage spirituel et populaire entre les cryptes antiques de Saint-Victor, les hauteurs célestes de la colline sacrée et la bonhomie de ce village provençal intemporel. Marseille y révèle sa plus belle vérité: une cité où la foi, la liberté et l'amour de la vie s'accordent en une inoubliable mélodie méditerranéenne.
Levez les yeux au-dessus des terrasses: la vue rétrospective vers la Bonne Mère dorée qui se détache sur le ciel d'azur compose un tableau marseillais d'une perfection absolue.
Valère Bernard fut le troisième capoulié du Félibrige de 1909 à 1919, consacrant sa plume et son art à la préservation de l'identité linguistique occitane en Méditerranée.
Le monument érigé en mémoire de Valère Bernard dans le square voisin a été taillé par le sculpteur Gaston Castel, autre grand bâtisseur du patrimoine marseillais moderne.
En cette fin d'itinéraire où les rires et les tintements de verres accompagnent la tombée du jour sous le regard bienveillant de la Vierge d'or, nous saluons l'âme fraternelle de Marseille, forgée par des siècles de ferveur maritime, de labeur courageux et de chaleur humaine.