San Francesco a Ripa : l'extase de Ludovica Albertoni

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Devant toi, une façade baroque sobre, sur une place tranquille où jouent les enfants du quartier. Rien n'annonce que, dans une chapelle à gauche du chœur, se cache l'une des sculptures les plus troublantes de Rome, et que le couvent voisin garde la chambre d'un saint.

Key Facts

PlaceSan Francesco a Ripa : l'extase de Ludovica Albertoni
AddressPiazza di San Francesco d'Assisi 88, 00153 Roma RM, Italy
Geo Coordinates41.88510, 12.47330
Part of WalkTrastevere secret et le Janicule : de l'île Tibérine au balcon de Rome
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Devant toi, une façade baroque sobre, sur une place tranquille où jouent les enfants du quartier. Rien n'annonce que, dans une chapelle à gauche du chœur, se cache l'une des sculptures les plus troublantes de Rome, et que le couvent voisin garde la chambre d'un saint.

Saint François d'Assise est venu à Rome au début du XIIIe siècle pour faire approuver sa règle par le pape. Il logeait alors ici, dans un hospice pour malades, au bord du port fluvial qu'on appelait la Ripa. Le couvent conserve sa cellule, et une pierre qui lui aurait servi d'oreiller. C'est le premier établissement franciscain de Rome, et pendant des siècles, les bateliers et les dockers du port sont venus y prier.

Maintenant, la chapelle Altieri. Sur un lit de marbre, une femme renversée, la tête rejetée en arrière, les yeux mi-clos, une main sur la poitrine. C'est la bienheureuse Ludovica Albertoni, une noble veuve du Trastevere qui, au début du XVIe siècle, a donné toute sa fortune aux pauvres du quartier. Le Bernin la sculpte vers 1674, à plus de soixante-dix ans, au moment de sa mort, dans une extase si intense qu'on hésite entre l'agonie et le ravissement. Les drapés bouillonnent comme une mer, et la lumière tombe d'une fenêtre cachée.

Pourquoi le vieux maître accepte-t-il cette commande ? Les historiens rappellent qu'en 1670, son frère Luigi a été mêlé à un grave scandale, au point de devoir fuir Rome. Le Bernin, jusque-là l'artiste le plus puissant de la ville, avait besoin de rentrer en grâce auprès de la famille du pape Clément X, les Altieri, apparentés à Ludovica. Ce chef-d'œuvre a peut-être aussi été un geste de diplomatie.

Compare-la, si tu l'as vue, avec la Sainte Thérèse du Bernin, sculptée un quart de siècle plus tôt: là-bas, tout est théâtre, avec des spectateurs de marbre dans des loges; ici, une femme seule face à la mort. C'est peut-être l'œuvre la plus intime du Bernin. Remonte maintenant vers le nord, au cœur du Trastevere, jusqu'à sa plus belle place, celle de Santa Maria.

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