Rua do Alecrim, l'hôtel de Ricardo Reis
Why is it significant?
Te voilà dans le bas de la Rua do Alecrim, là où la pente s'adoucit et où l'on sent déjà le fleuve et le quartier du Cais do Sodré. Arrête-toi et regarde les façades, les balcons de fer forgé, les fenêtres hautes: c'est quelque part par ici que deux grands romans portugais ont posé leurs valises.
Key Facts
| Place | Rua do Alecrim, l'hôtel de Ricardo Reis |
|---|---|
| Address | Rua do Alecrim, 1200 Lisboa, Portugal |
| Geo Coordinates | 38.70680, -9.14380 |
| Part of Walk | Lisbonne de Pessoa : Bairro Alto, Príncipe Real et les écrivains de la ville haute |
| Generated | Generated |
Te voilà dans le bas de la Rua do Alecrim, là où la pente s'adoucit et où l'on sent déjà le fleuve et le quartier du Cais do Sodré. Arrête-toi et regarde les façades, les balcons de fer forgé, les fenêtres hautes: c'est quelque part par ici que deux grands romans portugais ont posé leurs valises.
Le premier est Les Maia, d'Eça de Queirós. Tout en bas, sur la place du Cais do Sodré, se tenait l'Hotel Central, le grand hôtel élégant de l'époque. C'est à sa porte que le héros, Carlos da Maia, aperçoit pour la première fois Maria Eduarda, la femme dont il va tomber éperdument amoureux. Sans rien dévoiler, disons que cette rencontre ne finira pas comme dans un conte.
Le second roman est plus vertigineux encore. En 1984, José Saramago publie L'Année de la mort de Ricardo Reis. Fin décembre 1935, un mois après la mort de Pessoa, son hétéronyme Ricardo Reis, médecin et poète exilé au Brésil, débarque à Lisbonne. Il prend une chambre ici, à l'Hotel Bragança, Rua do Alecrim, avec vue sur le Tage, un hôtel qui a réellement existé. Une créature de Pessoa qui survit à son créateur, voilà le point de départ.
Et la nuit, Pessoa vient lui rendre visite. Mort, mais pas tout à fait: il explique qu'il lui reste quelques mois avant de s'effacer complètement. Les deux hommes discutent de poésie, de Lisbonne sous la pluie, de la montée des dictatures en Europe. Car 1936, c'est Salazar qui s'installe, la guerre d'Espagne qui commence, l'ombre qui gagne. Saramago, qui recevra le prix Nobel en 1998, transforme un fantôme en témoin de son temps.
Le roman s'ouvre d'ailleurs sur une phrase qui renverse un vers de Camões: là où le poète écrivait que la terre finit et que la mer commence, Saramago écrit que la mer finit et que la terre commence. On arrive, on ne part plus. Prends maintenant à droite par la Rua de São Paulo, vers l'ouest: au bout de quelques minutes, un petit funiculaire jaune attend au pied d'une rue très raide.