Convento do Carmo et Largo do Carmo : 1755 et 25 avril 1974

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Entre dans la nef du Convento do Carmo et lève les yeux: il n'y a pas de toit. Seuls de grands arcs gothiques traversent le ciel, comme les côtes d'une baleine échouée. Des pierres tombales et des fragments sculptés sont posés dans l'herbe.

Key Facts

PlaceConvento do Carmo et Largo do Carmo : 1755 et 25 avril 1974
AddressLargo do Carmo, 1200-092 Lisboa, Portugal
Geo Coordinates38.71200, -9.14060
Part of WalkLisbonne après le séisme de 1755 : la Baixa pombaline et le Chiado, sur les pas de Voltaire
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Entre dans la nef du Convento do Carmo et lève les yeux: il n'y a pas de toit. Seuls de grands arcs gothiques traversent le ciel, comme les côtes d'une baleine échouée. Des pierres tombales et des fragments sculptés sont posés dans l'herbe. Dehors, sur le Largo do Carmo, des jacarandas, un kiosque et une fontaine.

Ce couvent a été fondé à la fin du XIVe siècle par Nuno Álvares Pereira, le connétable qui avait défendu l'indépendance du Portugal face à la Castille, et qui finit sa vie ici comme simple frère. Le matin du 1er novembre 1755, l'église était pleine pour la messe de la Toussaint. Les voûtes se sont effondrées sur les fidèles. Une reconstruction a été entamée, puis abandonnée en 1834, avec la suppression des ordres religieux. Le toit n'a jamais été refait: la ruine est devenue un mémorial à ciel ouvert.

C'est devant des ruines comme celles-ci que l'Europe s'est disputée. Voltaire y voyait la preuve qu'on ne pouvait pas dire que tout est bien. Rousseau lui répondait que la nature n'était pas coupable de nos villes entassées. Et en Prusse, le jeune Kant publiait en 1756 trois textes sur les causes des séismes, cherchant des explications naturelles plutôt qu'une punition divine. De son côté, Pombal envoyait un questionnaire à toutes les paroisses du pays: à quelle heure, combien de temps, dans quelle direction... une enquête pionnière de la sismologie.

Mais ce Largo a une seconde mémoire. Le bâtiment voisin, ancienne aile du couvent, abrite une caserne de la Garde nationale républicaine. Le 25 avril 1974, le chef du gouvernement, Marcelo Caetano, successeur de Salazar, s'y était réfugié. Les blindés du capitaine Salgueiro Maia ont encerclé la place, la foule a envahi les rues, grimpé aux arbres et sur les chars. Caetano s'est rendu dans la soirée, et quarante-huit ans de dictature se sont effondrés.

Les soldats portaient des œillets rouges au bout de leurs fusils, offerts par les passants: d'où le nom de révolution des Œillets. Ce jour-là, pourtant, quatre personnes ont été tuées par la police politique devant son siège, à quelques rues d'ici. Redescends maintenant vers le sud par les petites rues, jusqu'à la Rua do Carmo: un quartier entier y a brûlé, il n'y a pas si longtemps.

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