Gendarmenmarkt : la place des deux dômes

Why is it significant?

Tiens-toi au pied des marches du Dom allemand et fais lentement un tour sur toi-même: deux églises presque jumelles se font face, et entre elles se dresse le grand temple à colonnes du Konzerthaus. On dirait un décor de théâtre posé au milieu de Berlin... et, d'une certaine façon, c'en est un.

Key Facts

PlaceGendarmenmarkt : la place des deux dômes
AddressGendarmenmarkt 1, 10117 Berlin, Germany
Geo Coordinates52.51270, 13.39270
Part of WalkBerlin huguenot : de la Gendarmenmarkt à l'île aux Musées, sur les traces des réfugiés français
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Tiens-toi au pied des marches du Dom allemand et fais lentement un tour sur toi-même: deux églises presque jumelles se font face, et entre elles se dresse le grand temple à colonnes du Konzerthaus. On dirait un décor de théâtre posé au milieu de Berlin... et, d'une certaine façon, c'en est un.

Commençons par le nom. Gendarmenmarkt n'a rien à voir avec la police: au XVIIIe siècle, le régiment de cuirassiers des Gens d'armes avait ses écuries sur cette place. Un mot français, déjà. Et le mot Dom est un piège: aucune de ces deux églises n'est une cathédrale. Ici, Dom vient du français « dôme », la coupole. Frédéric le Grand, qui écrivait presque tout en français, fit ajouter ces deux tours coiffées de coupoles dans les années 1780, simplement parce qu'il voulait une place digne de Rome ou de Paris.

Les églises elles-mêmes sont plus anciennes et bien plus modestes. Au début des années 1700, on construit ici deux temples côte à côte, l'un pour les Allemands, l'autre pour les réfugiés protestants venus de France. Deux communautés, deux langues, une seule place. Quant à la tour du Dom allemand, elle a connu des débuts difficiles: en 1781, en plein chantier, elle s'effondre, et il faut tout recommencer.

Au centre, le Schauspielhaus de Schinkel, inauguré en 1821. Le 18 juin de cette année-là, on y crée Der Freischütz de Weber, et les Berlinois sortent en fredonnant: c'est la naissance de l'opéra romantique allemand. Devant les marches trône Schiller, en marbre blanc. Les nazis l'avaient fait retirer en 1935; il n'est revenu à sa place qu'en 1988. Et à Noël 1989, six semaines après la chute du Mur, Leonard Bernstein dirige ici la Neuvième de Beethoven en remplaçant, dans l'Ode, le mot Freude, la joie, par Freiheit, la liberté.

Mais le vrai fil de cette promenade, c'est le français. Vers 1700, à Berlin, à peu près un habitant sur cinq parlait la langue de Molière... et pas par snobisme: c'étaient des protestants chassés de leur pays par Louis XIV. Pour comprendre comment ils sont arrivés jusqu'ici, traverse la place vers le nord, jusqu'à l'église jumelle, celle qu'on appelle le Dom français.

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