Piazza San Carlo, Musée Égyptien et Palais Carignan: Le Salon Baroque de Turin
De la gare de Porta Nuova à la Via Garibaldi à travers passages couverts et cafés d'époque
Turin · 12 stops · 29 min audio · Generated
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1. Gare Porta Nuova et Piazza Carlo Felice
Piazza Carlo Felice 1, 10121 Turin, Italy
Arrêtez-vous devant la monumentale façade cintrée en fer et verre de la gare de Turin Porta Nuova, le terminus ferroviaire inauguré en décembre 1864 sur les plans des ingénieurs Alessandro Mazzucchetti et Carlo Ceppi. Avec ses audacieuses fermes métalliques, ses maçonneries classiques et ses immenses verrières reflétant les lumières des cimes alpines, cette gare fut conçue pour accueillir dignement les voyageurs dans la première capitale de l'Italie unifiée, alliant solennité académique et prouesse technologique industrielle. En face s'ouvrent les jardins Sambuy au cœur de la régulière Piazza Carlo Felice, aménagée en 1850 par l'architecte paysagiste français Jean-Pierre Barillet-Deschamps: ses massifs fleuris, ses cèdres séculaires et son bassin circulaire forment une élégante antichambre végétale à la célèbre Via Roma. De cette place partent les arcades couvertes qui guident le voyageur tout droit vers le cœur noble de la capitale piémontaise. L'air du matin bruisse d'une élégante activité urbaine et commerciale sous le regard attentif des statues allégoriques.
Contemplez la perspective rectiligne vers le nord le long de la Via Roma: les arcades ordonnées reconstruites dans les années 1930 encadrent au loin la statue équestre de la Piazza San Carlo et les collines verdoyantes de Turin, illustrant l'ordre urbain savoyard qui charma jadis Jean-Jacques Rousseau et Mark Twain lors de leurs séjours piémontais.
La gare de Porta Nuova fut l'une des premières d'Europe à adopter des halles ferroviaires à travée unique pour abriter les convois à vapeur, devenant au vingtième siècle le quai d'arrivée historique de millions de travailleurs venus du Mezzogiorno pour travailler dans les grandes usines automobiles de Mirafiori.
Remarquez la fontaine centrale des jardins Sambuy: elle fut offerte à la cité en 1855 par l'ambassadeur de Sardaigne à Paris en gage d'amitié durable avec la cour impériale de Napoléon III.
Marchez vers le nord sous les arcades de la Via Roma pour atteindre les Églises Jumelles ouvrant la Piazza San Carlo.
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2. Églises Jumelles Sainte-Christine et Saint-Charles-Borromée
Piazza San Carlo 1, 10121 Turin, Italy
Arrêtez-vous au seuil méridional de la Piazza San Carlo pour admirer la symétrie des Églises Jumelles, deux temples baroques qui encadrent l'entrée de la place à la façon des bastions d'une porte triomphale. À gauche se dresse l'Église Sainte-Christine, fondée en 1639 par la régente Christine de France et pourvue entre 1715 et 1718 par le brillant Filippo Juvarra d'une admirable façade ondulée en pierre de Gassino couronnée de statues de vertus et de vases de flammes. À droite se reflète l'Église Saint-Charles-Borromée, bâtie dès 1619 à l'initiative du duc Charles-Emmanuel Ier pour célébrer la venue de l'archevêque milanais, et dotée en 1834 d'une façade néoclassique dessinée par Ferdinando Caronesi reprenant les lignes juvarriennes de sa jumelle. Ce double ensemble traduit la dévotion princière des Savoie et leur goût pour les perspectives théâtrales. Le marbre et la brique dialoguent avec une harmonie parfaite, conférant au seuil de la place une majesté scénique unique en Italie du Nord.
Remarquez la richesse sculpturale de la façade de Sainte-Christine taillée par Juvarra: l'alternance rythmée de concavités et de convexités, les colonnes en saillie et les niches garnies de statues créent un jeu d'ombres solaires saisissant qui annonce le grand épanouissement du rococo international en Italie.
La dévotion à saint Charles Borromée est intime à Turin: c'est précisément pour permettre au prélat milanais de vénérer le Saint-Suaire sans franchir les cols alpins à pied que le duc Emmanuel-Philibert transféra la relique de Chambéry à Turin en 1578.
Entrez dans le silence de Saint-Charles pour contempler son retable majeur: il représente saint Charles adorant le Saint-Suaire, peint au dix-septième siècle par Giovan Battista Crespi, dit Il Cerano.
Avancez de quelques pas pour pénétrer dans le salon aristocratique de Turin devant la statue équestre de la Piazza San Carlo.
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3. Piazza San Carlo et Monument au Caval 'd Brôns
Piazza San Carlo 156, 10121 Turin, Italy
Goûtez la beauté équilibrée et la noblesse classique de la Piazza San Carlo, universellement consacrée comme le salon de Turin en raison de la régularité exemplaire de son architecture du dix-septième siècle. Conçue en 1638 par l'architecte de cour Carlo di Castellamonte sous la régence de Christine de France, la place mesure cent soixante-huit mètres sur soixante-seize et s'entoure d'hôtels nobles à arcades continues rythmées de pilastres doriques. Au centre exact de l'esplanade s'élève le légendaire Caval 'd Brôns, la célèbre statue équestre en bronze du duc Emmanuel-Philibert de Savoie, fondue à Paris en 1838 par le sculpteur Carlo Marochetti: le duc guerrier y est immortalisé au moment solennel où il rengaine son épée après la victoire de Saint-Quentin de 1557, scellant définitivement la souveraineté et l'indépendance de la dynastie piémontaise. Sous les portiques rayonnent des cafés historiques prestigieux comme le Caffè San Carlo et le Caffè Torino, où de somptueux lustres éclairent les mémoires risorgimentales et les conversations feutrées des habitués.
Cherchez devant l'entrée du Caffè Torino la fameuse plaque de bronze scellée dans le pavé figurant un taureau cabré doré: la tradition locale veut que faire pivoter son talon sur les attributs du taureau apporte chance et succès, un rituel accompli chaque jour par des centaines d'étudiants et de passants en quête de bonne fortune.
Le Caffè San Carlo, ouvert en 1822, fut le repaire secret des patriotes libéraux piémontais: Cavour, Cesare Balbo et Massimo d'Azeglio s'y retrouvaient pour concevoir l'unité de l'Italie à l'abri des espions de la police autrichienne.
Remarquez les bas-reliefs de bronze du piédestal: ils dépeignent avec fougue la bataille de Saint-Quentin et la conclusion du traité de paix de Cateau-Cambrésis signé en 1559.
Empruntez la Via Maria Vittoria puis tournez à gauche sur la Via Accademia delle Scienze vers le célèbre Musée Égyptien.
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4. Palais de l'Académie des Sciences et Musée Égyptien
Via Accademia delle Scienze 6, 10123 Turin, Italy
Arrêtez-vous devant l'austère et noble façade en brique sombre du Palais de l'Académie des Sciences, l'un des plus imposants édifices du dix-septième siècle à Turin. Commandé en 1679 par la régente Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours à Guarino Guarini pour servir de Collège des Nobles aux jésuites chargés d'éduquer la jeunesse aristocratique, le palais frappe par ses pilastres de terre cuite moulée et son majestueux vestibule voûté. Depuis l'année 1824, ce splendide et majestueux ensemble abrite le prestigieux Musée Égyptien de Turin, la plus ancienne institution muséale publique au monde exclusivement consacrée à la civilisation des pharaons, considérée unanimement comme la seconde collection égyptologique par son importance scientifique après celle du Caire. Ses salles renferment plus de quarante mille objets catalogués retraçant quatre mille ans d'histoire nilotique, parmi lesquels des papyrus uniques, des sarcophages de bois peint, des colosses de basalte et des momies intactes. La magie de l'Égypte antique y saisit chaque visiteur dans une scénographie lumineuse magistrale.
Pénétrez dans la spectaculaire Galerie des Rois scénographiée par le décorateur oscarisé Dante Ferretti: un jeu d'ombres et de miroirs sombres magnifie les statues en diorite et basalte noir des pharaons Ramsès II, Thoutmosis III et de la déesse Sekhmet, admirées par Jean-François Champollion lorsqu'il déchiffra les hiéroglyphes en 1824.
Le musée vit le jour grâce à l'acquisition en 1824 par le roi Charles-Félix de l'immense collection amassée par Bernardino Drovetti, consul général de France d'origine piémontaise, comprenant plus de cinq mille pièces antiques majeures.
Admirez le célèbre Canon Royal de Turin: ce papyrus du règne de Ramsès II est le manuscrit chronologique le plus inestimable au monde pour établir la succession des dynasties pharaoniques.
Avancez de quelques pas le long de la rue pour vous trouver face à la surprenante façade ondulée du Palais Carignan.
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5. Place Carignan et Palais Carignan de Guarini
Via Accademia delle Scienze 5, 10123 Turin, Italy
Arrêtez-vous au cœur de la belle Place Carignan pour contempler l'extraordinaire façade ondulée en brique apparente du Palais Carignan, universellement reconnue comme l'un des sommets absolus de l'architecture baroque européenne. Commandé dès 1679 par le prince Emmanuel-Philibert de Savoie-Carignan, surnommé le Muet, au brillant architecte théatin Guarino Guarini, l'édifice déploie un corps central sinueux de vagues concaves et convexes entièrement façonné en briques cuites modelées à la main sans aucun recours au marbre, inspiré des dessins visionnaires du Bernin pour le Louvre parisien. Ce palais est l'un des lieux les plus chargés de mémoire nationale: ici naquirent le roi Charles-Albert en 1798 et le premier roi d'Italie Victor-Emmanuel II en 1820, et c'est ici que siégèrent le Parlement subalpin de 1848 à 1860 puis le tout premier Parlement du Royaume d'Italie en 1861. L'harmonie majestueuse de la place s'enrichit de restaurants gastronomiques et commerces séculaires qui perpétuent fidèlement l'art de vivre et les fastes raffinés de la Belle Époque savoyarde.
Franchissez le porche d'honneur pour voir l'hémicycle historique du Parlement subalpin: conservé dans son état originel de 1848 avec ses tentures de velours cramoisi, ses boiseries dorées et sa tribune oratoire, c'est ici que Cavour et Garibaldi prononcèrent les discours fondateurs de la nation italienne.
La façade orientale donnant sur la Piazza Carlo Alberto offre un contraste total: elle fut bâtie entre 1864 et 1871 en pierre blanche pour loger une chambre parlementaire agrandie, restée inutilisée lors du transfert imprévu de la capitale à Florence.
Notez le restaurant Del Cambio fondé en 1757 juste en face du palais: Cavour y déjeunait chaque jour à sa table d'angle fétiche tout en observant les fenêtres des députés pour suivre les débats.
Faites quelques pas vers le nord pour vous glisser sous la verrière lumineuse de la splendide Galerie Subalpine.
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6. Galerie Subalpine et Café Historique Baratti & Milano
Piazza Castello 27, 10124 Turin, Italy
Franchissez le portail ouvragé pour vous imprégner de l'atmosphère feutrée et lumineuse de la Galerie Subalpine, le plus somptueux passage couvert de Turin. Inaugurée solennellement le trente décembre 1873 sur des dessins soignés de l'architecte piémontais Pietro Carrera, cette galerie marchande de cinquante mètres de long et quinze mètres de haut fut conçue sur le modèle des passages parisiens et des galeries londoniennes, mêlant la rigueur d'ordonnance de la Renaissance à la légèreté de la fonte et du verre de l'ère industrielle. La verrière en berceau baigne d'une douce lumière le balcon supérieur en fer forgé porté par des cariatides sculptées et le pavage de mosaïque de marbres polychromes. À l'intérieur s'ouvrent des librairies anciennes, des boutiques d'estampes et la célèbre confiserie Baratti & Milano, temple réputé de la haute chocolaterie piémontaise établi en ces lieux historiques depuis 1875. Le parfum délicieux de gianduiotto et de noisettes grillées offre une halte mémorable dans le décor de la Belle Époque, où miroirs dorés et velours cramoisis enchantent les promeneurs gourmands.
Admirez le salon Belle Époque de Baratti & Milano: les miroirs biseautés, les boiseries d'acajou sculptées et les bas-reliefs dorés rappellent le titre de fournisseur officiel de la Maison Royale de Savoie, réputé pour avoir perfectionné la recette du cremino à trois couches et du chocolat gianduja.
La galerie fut au vingtième siècle le repaire des écrivains et cinéastes de passage: Cesare Pavese, Mario Soldati et Italo Calvino s'y promenaient régulièrement avant de se rendre dans les proches bureaux des éditions Einaudi.
Remarquez le silence ouaté sous la verrière: ce passage fut bâti pour offrir aux bourgeois savoyards une promenade protégée des intempéries hivernales et de la boue des rues pavées.
Ressortez par l'extrémité orientale de la galerie pour déboucher sur la spacieuse Piazza Carlo Alberto.
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7. Place Charles-Albert et Bibliothèque Nationale Universitaire
Piazza Carlo Alberto 3, 10123 Turin, Italy
Prenez place dans le calme espace piétonnier de la Piazza Carlo Alberto, l'une des places les plus aristocratiques et romantiques du centre de Turin. Aménagée harmonieusement en 1842 sur le vaste site paysager des anciens jardins privés du prince de Savoie-Carignan, la place est magnifiée par le monumental groupe en bronze dédié au roi Charles-Albert de Savoie, inauguré en juillet 1861 par le sculpteur Carlo Marochetti: le souverain chevauche fièrement au sommet d'un piédestal entouré de quatre figures allégoriques incarnant le Martyre, la Liberté, la Valeur militaire et la Réforme civique. À l'ouest, l'esplanade est bordée par la grandiose façade orientale du Palais Carignan, conçue par Domenico Ferri entre 1864 et 1871, tandis qu'à l'opposé s'élève la grandiose façade néoclassique de la Bibliothèque Nationale Universitaire, gardienne dévouée de trésors bibliographiques et manuscrits inestimables pour l'Europe entière. Cette esplanade élégante et conviviale accueille tout au long de l'année des marchés animés de livres rares d'occasion, d'antiquités et de fleurs odorantes, baignée par une douce lumière piémontaise qui met en valeur les façades classiques.
Observez la plaque commémorative sur la maison d'angle de la Via Po: c'est ici que logea à l'automne 1888 le philosophe allemand Friedrich Nietzsche, qui tomba sous le charme de la lumière dorée d'octobre et des longues arcades turinoises, la qualifiant de ville noble et magnifique avant son effondrement psychologique.
Le monument équestre à Charles-Albert fut le premier grand monument public inauguré à Turin après la proclamation officielle du Royaume d'Italie en mars 1861, attestant la pérennité de la monarchie constitutionnelle.
Regardez les quatre statues de fantassins et de bersagliers aux angles du socle: elles honorent la bravoure des troupes piémontaises lors de la première guerre d'indépendance de 1848.
Marchez vers le sud le long de la Via Carlo Alberto pour atteindre l'entrée du prestigieux Palais Campana.
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8. Palais Campana et Département de Mathématiques
Via Carlo Alberto 10, 10123 Turin, Italy
Arrêtez-vous devant le portail à bossages du Palais Campana au numéro 10 de la Via Carlo Alberto, une des résidences patriciennes les plus remarquables du baroque savoyard d'époque mûre. Bâti avec soin dans la seconde moitié du dix-septième siècle pour l'illustre famille des comtes Campana de Cavallerleone et remanié au dix-huitième siècle avec un splendide péristyle à colonnes jumelées, l'édifice conserve l'allure digne des grandes demeures sénatoriales de la cité. Durant l'époque napoléonienne, le palais fut le siège de la préfecture impériale du département du Pô, avant d'accueillir au vingtième siècle le Département de Mathématiques Giuseppe Peano de l'Université de Turin, école scientifique de renommée mondiale où professèrent avec éclat des sommités internationales de la géométrie et de la logique formelle moderne, telles que Giuseppe Peano et Corrado Segre. L'imposante cour d'honneur intérieure offre aux visiteurs une halte bienvenue de silence studieux et d'authentique élégance architecturale classique, avec ses plafonds peints et ses larges baies donnant sur des jardins discrets.
Admirez la cour d'honneur à colonnade: les colonnes doriques en pierre de Gassino et les voûtes peintes du vestibule créent une perspective classique d'une sobre majesté, illustrant le degré de perfection technique atteint par la noblesse piémontaise sous l'Ancien Régime pour impressionner ses hôtes et visiteurs étrangers.
Le mathématicien Giuseppe Peano enseigna pendant plusieurs décennies à l'Université de Turin: il formula les axiomes de Peano qui fondèrent l'arithmétique moderne et créa le Latino sine flexione, une langue auxiliaire destinée aux échanges scientifiques internationaux.
Notez la plaque commémorant les mouvements étudiants de novembre 1967: le Palais Campana fut le premier bâtiment universitaire d'Italie occupé par des étudiants, inaugurant les grandes contestations de Mai 68.
Poursuivez vers l'ouest par la Via Principe Amedeo pour déboucher sous la voûte majestueuse de la Galerie San Federico.
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9. Galerie San Federico et Cinéma Lux Historique
Via Roma 208, 10121 Turin, Italy
Pénétrez sous la spectaculaire voûte de la Galerie San Federico, accessible par la Via Roma et la Via Viotti. Inaugurée en grande pompe en octobre 1933 sur les plans d'avant-garde de l'architecte Federico Canova et de l'ingénieur Vittorio Bonadè Bottino dans le cadre de la reconstruction rationaliste du second tronçon de la Via Roma, cette galerie marchande en plan de T constitue l'un des passages couverts les plus monumentaux d'Europe de l'entre-deux-guerres. Sa vertigineuse coupole centrale elliptique à caissons de verre baigne de lumière les dallages de marbre jaune de Sienne et de bardiglio, tandis que les façades intérieures affichent d'imposantes colonnes de pierre, des corniches de travertin et de somptueuses vitrines en laiton poli Art déco. Au cœur de la galerie se trouve le Cinéma Lux, ouvert en 1934 sous le nom de Cinéma Rex, réputé pour sa salle souterraine en amphithéâtre à doubles balcons, temple turinois emblématique des grandes premières cinématographiques italiennes et internationales. Les pas résonnent sur le marbre avec une sobre grandeur dans ce décor commercial empreint de modernité triomphante et de dynamisme turinois.
Remarquez l'avant-garde technique de l'ensemble: la galerie fut pensée comme un pôle tertiaire ultramoderne avec climatisation centralisée, ascenseurs rapides et galeries de service souterraines pour les marchandises, abritant longtemps le siège du quotidien La Stampa et les bureaux historiques de la Juventus.
Le Cinéma Lux a préservé sa salle d'origine des années 1930, miraculeusement sauvée des bombardements pour accueillir les rétrospectives du Festival du Film de Turin et les projections d'art et d'essai.
Levez les yeux vers les verrières de la coupole: les pavés de verre circulaires forment un motif géométrique Art déco d'une pureté saisissante traduisant la puissance industrielle turinoise.
Sortez sur la Via Santa Teresa et marchez vers l'ouest jusqu'aux beaux arbres de la Piazza Solferino.
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10. Piazza Solferino et Fontaine Angélique
Piazza Solferino 1, 10121 Turin, Italy
Arrêtez-vous dans l'élégant espace arboré de la Piazza Solferino, l'une des places les plus raffinées du centre de Turin. Dénommée en 1859 en hommage à la victoire franco-piémontaise de la bataille de Solférino qui ouvrit la voie à l'unification nationale, la place est dominée par la statue équestre du duc Ferdinand de Savoie, sculptée en 1877 par Alfonso Balzico, montrant le prince expirant au côté de son cheval blessé. Mais l'œuvre la plus célèbre et fascinante du lieu est la monumentale Fontaine Angélique, achevée en 1930 par le sculpteur Giovanni Riva grâce au legs du ministre Pietro Bassignana. Cette fontaine réunit quatre statues colossales de bronze incarnant les quatre saisons, dans lesquelles la tradition ésotérique locale déchiffre une allégorie maçonnique des gardiens du seuil et des colonnes du temple de Salomon. Les jaillissements d'eau apportent une fraîcheur vivifiante aux abords des hôtels particuliers environnants, créant un cadre propice aux récits mystérieux qui font la renommée de Turin.
Observez les deux puissantes figures masculines représentant l'Automne et l'Hiver: ces colosses barbus déversent l'eau de leurs grandes urnes inclinées, symbolisant la transmission du savoir occulte et la sagesse hermétique, tandis que les deux figures féminines du Printemps et de l'Été tiennent des fleurs et un enfant à l'hirondelle, symboles de renaissance spirituelle.
Selon les récits du Turin magique, la porte invisible formée par l'intervalle vide entre les deux colosses masculins désignerait la porte vers l'Orient éternel ou la connaissance infinie, énigme qui passionne les occultistes depuis près d'un siècle.
Remarquez le siège historique de la compagnie d'assurances Reale Mutua bordant la place: elle fut la toute première société mutuelle fondée en Italie en 1828 sous l'autorité du roi Charles-Félix.
Faites quelques pas vers le nord par la Via San Dalmazzo pour découvrir la façade du Palais Birago di Borgaro.
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11. Palais Birago di Borgaro de Filippo Juvarra
Via Carlo Alberto 16, 10123 Turin, Italy
Levez le regard vers la façade harmonieuse et théâtrale du Palais Birago di Borgaro sur la Via Carlo Alberto, au croisement avec la Via San Dalmazzo. Érigé entre 1716 et 1720 pour le comte Carlo Birago di Borgaro, éminent conseiller d'État et ambassadeur plénipotentiaire savoyard, ce bâtiment représente l'une des rares demeures privées urbaines entièrement créées à Turin par le maître Filippo Juvarra. Le célèbre architecte sicilien s'affranchit de la sévérité habituelle des façades turinoises pour introduire un langage aristocratique plus aéré et festif: la façade s'articule autour d'un grand portail d'honneur en plein cintre encadré de colonnes jumelées, menant directement à un extraordinaire vestibule elliptique d'apparat couvert d'une voûte aérienne qui dilate magnifiquement l'espace vers une intime cour carrée intérieure. Actuel siège de prestige de la Chambre de Commerce de Turin, le palais conserve en son étage noble des salons d'apparat aux stucs dorés éclatants et aux somptueux plafonds peints. La cadence régulière des fenêtres et des balcons de fer forgé donne à la rue une allure princière, typique du baroque triomphant piémontais.
Pénétrez dans le vestibule d'honneur pour apprécier le savant agencement des voûtes et colonnes: Juvarra réussit à transformer une parcelle étroite et irrégulière en un modèle de perspective monumentale, sculptant la lumière naturelle avec la même maîtrise que dans les résidences royales.
Le comte Birago di Borgaro fut un diplomate émérite de Victor-Amédée II de Savoie: il négocia le Traité d'Utrecht de 1713 qui conféra aux ducs de Savoie la couronne royale et permit la création du Royaume de Sicile puis de Sardaigne.
Remarquez les mascarons sculptés au-dessus des baies du bel étage: ces visages grotesques sourient malicieusement aux passants, témoignage du raffinement joueur du rococo juvarrien.
Avancez vers le nord pour rejoindre l'intersection avec la Via Garibaldi et l'Église des Saints-Martyrs.
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12. Église des Saints-Martyrs sur la Via Garibaldi
Via Giuseppe Garibaldi 25, 10122 Turin, Italy
Concluez votre voyage à travers les salons aristocratiques, les passages couverts et les mémoires historiques de Turin en franchissant le porche de l'imposante Église des Saints-Martyrs, située sous les arcades de la Via Garibaldi au numéro 25. Voulue en 1577 par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie et confiée aux pères jésuites pour abriter les saintes reliques des martyrs Aventeur, Octave et Soluteur, soldats de la légion thébaine et premiers saints patrons chrétiens de Turin martyrisés au troisième siècle, cette église fut conçue par l'architecte milanais Pellegrino Tibaldi. La nef unique monumentale, bordée de riches chapelles ornées de marbres précieux, de stucs rehaussés d'or et de toiles d'autel du dix-septième siècle, frappe par la splendeur de son décor jésuite, couronné par le maître-autel peint en 1688 par le maître Andrea Pozzo. L'édifice s'insère au cœur de la Via Garibaldi, l'ancien decumanus maximus antique, l'une des plus longues voies piétonnes d'Europe.
Levez les yeux vers le plafond peint de la voûte en berceau réalisé en 1845 par Luigi Vacca et Francesco Gonin: ces fresques dépeignent le martyre des soldats thébains avec une puissance scénique et des couleurs vives qui transportent le regard dans une impressionnante ferveur sacrée.
Les jésuites firent de cette église le foyer intellectuel le plus influent de Turin pendant deux siècles: savants, magistrats et princes royaux s'y rassemblaient en prière avant les grandes résolutions diplomatiques et militaires du duché.
Remarquez l'urne de bronze doré placée sous le maître-autel: elle conserve fidèlement depuis plus de quatre siècles les reliques sacrées des trois martyrs thébains vénérés par la cité.
C'est ici, au croisement du decumanus antique et de la ferveur baroque des Saints-Martyrs, que s'achève notre exploration du salon élégant et historique de Turin, une métropole cultivée et persévérante qui a su guider l'Italie avec dignité et grandeur vers son destin moderne.