Munich, la ville des rois : de la vieille ville à la Résidence des Wittelsbach
Du Karlstor au Glockenspiel de Marienplatz : églises-tombeaux, palais, théâtre de Cuvilliés et le royaume de Bavière que Napoléon a fait naître en 1806
Munich · 12 stops · 29 min audio · Generated
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1. Karlstor et le Stachus : la porte du prince mal aimé
Karlsplatz, 80335 München, Germany
Tu es devant une porte de pierre flanquée de deux tourelles, qui avale et recrache sans arrêt la foule de la Neuhauser Straße. Derrière toi gronde la place la plus encombrée de Munich, avec sa grande fontaine où les enfants viennent se tremper les pieds en été. C'est ici que commence la vieille ville des Wittelsbach, la famille qui a régné sur la Bavière pendant plus de sept siècles, de 1180 à 1918.
Cette porte faisait partie de la deuxième enceinte de la ville, élevée au quatorzième siècle. À l'époque, on l'appelait la porte de Neuhausen, du nom du village vers lequel elle regardait. Son nom actuel, Karlstor, ne date que de 1791: il honore le prince-électeur Charles-Théodore. La grande tour qui la surmontait a disparu au dix-neuvième siècle, et il ne reste aujourd'hui que l'arche et ses deux tours d'angle.
Et ce Charles-Théodore, justement, les Munichois ne l'aimaient pas du tout. Arrivé de Mannheim en 1778 pour hériter de la Bavière, il rêvait de l'échanger contre les Pays-Bas autrichiens, à peu près la Belgique d'aujourd'hui. Le marchandage avec Vienne a échoué, mais la rancune est restée. Alors, quand la place a reçu son nom, les habitants ont continué à l'appeler le Stachus, d'après une auberge tenue, dit-on, par un certain Eustachius Föderl. Plus de deux siècles plus tard, personne ou presque ne dit Karlsplatz.
Retiens bien la suite, car elle va nous suivre tout au long de cette promenade. Quand Charles-Théodore meurt en 1799, son héritier, Maximilien-Joseph, est un prince qui a longtemps vécu en France: avant la Révolution, il était colonel du régiment Royal-Alsace, en garnison à Strasbourg. Quelques années plus tard, avec la bénédiction de Napoléon, ce prince formé à l'école française deviendra le premier roi de Bavière. Tu vas croiser son ombre, et celle de l'Empereur, presque à chaque étape.
Passe sous l'arche et descends la Neuhauser Straße, la grande rue piétonne, en direction de l'est. Au bout de deux ou trois minutes, sur ta gauche, une haute façade blanche peuplée de statues de princes t'attend.
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2. Église Saint-Michel : le tombeau de Louis II et d'Eugène de Beauharnais
Neuhauser Straße 6, 80331 München, Germany
Arrête-toi devant cette haute façade blanche, presque sans couleur, où des rangées de statues se tiennent dans leurs niches comme sur les étagères d'une bibliothèque. Entre les deux portails, un archange de bronze terrasse un démon moitié homme, moitié bête: c'est saint Michel, fondu à la fin du seizième siècle, et c'est lui qui donne son nom à l'église.
Les statues du dessus ne sont pas des saints, mais des souverains. Cette façade est un arbre généalogique de pierre, où les Wittelsbach se rangent aux côtés des empereurs. Le duc Guillaume V l'a fait construire pour les jésuites à partir de 1583, en pleine Contre-Réforme: Munich devait devenir la forteresse catholique du sud de l'Allemagne, et cette église son manifeste. À l'intérieur, la voûte en berceau d'une vingtaine de mètres de portée passe pour l'une des plus larges du monde après celle de Saint-Pierre de Rome.
Le chantier a pourtant tourné au drame. En 1590, la tour s'effondre sur le chœur à peine bâti. Guillaume y voit un signe du ciel, fait agrandir l'église... et s'endette tellement qu'il finit par abdiquer en 1597, l'année même de la consécration. Un duc ruiné par sa propre ferveur: on l'appelle encore aujourd'hui Guillaume le Pieux.
Sous tes pieds s'étend une crypte où reposent plus de quarante membres de la famille. Le plus célèbre est Louis II, le roi des châteaux de conte de fées, mort en 1886 dans le lac de Starnberg dans des circonstances jamais éclaircies. Son corps est ici, mais son cœur, selon la tradition des Wittelsbach, a été porté au sanctuaire d'Altötting. Et dans l'église même se dresse un monument qui parle français: celui d'Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine et beau-fils de Napoléon, mort à Munich en 1824. C'est le sculpteur danois Thorvaldsen qui l'a taillé dans le marbre.
Pourquoi un prince français dort-il chez les rois de Bavière ? Tu le comprendras deux étapes plus loin. Pour l'instant, avance encore un peu vers l'est, puis prends à gauche la petite Augustinerstraße: au bout, deux tours de brique coiffées de bulbes verts barrent le ciel.
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3. Frauenkirche : deux tours, un empereur et le pas du diable
Frauenplatz 12, 80331 München, Germany
Lève les yeux vers ces deux tours jumelles de brique rouge, coiffées de bulbes de cuivre vert: c'est la silhouette que tout Munich reconnaît de loin. Elles mesurent un peu moins de cent mètres, et en 2004 les Munichois ont même voté, par référendum, contre les nouveaux gratte-ciel plus hauts qu'elles. La cathédrale Notre-Dame, la Frauenkirche, règne toujours sur l'horizon.
Elle est sortie de terre en une vingtaine d'années seulement, entre 1468 et 1488, sous la direction du maître d'œuvre Jörg von Halsbach. On raconte qu'elle pouvait accueillir près de vingt mille fidèles, alors que la ville comptait à peine plus de dix mille habitants. Les fameux bulbes, eux, ne sont arrivés qu'en 1525... et selon la tradition, ils ne devaient être que provisoires, en attendant des flèches gothiques qu'on n'a jamais construites.
Entre sous le porche et cherche dans le dallage l'empreinte d'un pied sombre: le pas du diable. La légende dit que le constructeur avait conclu un pacte avec le démon, en lui promettant une église sans fenêtres. Le diable est entré, s'est planté exactement ici, et à cause des piliers il n'a pas vu une seule fenêtre. Ravi, il a frappé du pied. Quand il a compris la ruse, il s'est mis à souffler de rage, et le vent qui tourbillonne souvent autour de la cathédrale, dit-on, c'est encore lui.
Pour les Wittelsbach, c'est aussi une nécropole. Dans la nef se dresse le grand cénotaphe noir et bronze de Louis IV, dit Louis de Bavière, le premier de la famille à porter la couronne impériale, reçue à Rome en 1328. Le monument a été commandé trois siècles plus tard par le prince-électeur Maximilien Ier, qui tenait à rappeler au monde que sa maison avait déjà donné un empereur. Sous le chœur, une crypte abrite d'autres princes de la dynastie.
Ressors sur le parvis, contourne la cathédrale par le nord et remonte les ruelles calmes qui partent vers le nord. En quelques minutes, tu arrives sur une longue place plantée d'arbres, où une statue argentée attend son tour.
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4. Promenadeplatz : Montgelas, l'homme qui a inventé la Bavière
Promenadeplatz 2, 80333 München, Germany
Te voici sur une longue place étroite, bordée de palais et d'hôtels de luxe, où une file de statues de bronze regarde passer les voitures. Approche-toi de la plus étrange: une silhouette d'homme élancée, toute en aluminium argenté, installée en 2005. C'est Maximilien de Montgelas, l'homme qui a construit la Bavière moderne.
Montgelas est né à Munich en 1759, mais dans une famille noble originaire de Savoie, et le français était sa première langue. Esprit des Lumières, admirateur de l'administration française, il devient en 1799 le ministre tout-puissant de Maximilien-Joseph. En moins de vingt ans, il réorganise tout: les finances, les communes, l'école rendue obligatoire, l'égalité des confessions. Les monastères sont sécularisés, et leurs trésors comme leurs bibliothèques passent à l'État.
Et surtout, il parie sur Napoléon. En 1805, la Bavière choisit le camp français. En récompense, le 1er janvier 1806, le prince-électeur devient le roi Maximilien Ier Joseph. Deux semaines plus tard, sa fille Augusta épouse à Munich Eugène de Beauharnais, le fils adoptif de l'Empereur: voilà pourquoi tu as croisé son tombeau à Saint-Michel. Le nouveau royaume s'agrandit de la Franconie et d'une partie de la Souabe... mais il paiera aussi le prix du sang, quand des dizaines de milliers de Bavarois partiront pour la Russie en 1812.
Le palais juste derrière la statue, Montgelas se l'est fait construire à partir de 1811, au sommet de sa puissance. En 1817, il est congédié, poussé dehors notamment par le prince héritier Louis, qui détestait Napoléon et tout ce qui venait de Paris. Le palais fait aujourd'hui partie d'un grand hôtel. Et un peu plus loin sur la place, regarde la statue du prince-électeur Max-Emmanuel: un siècle plus tôt, lui aussi avait joué la carte française, aux côtés de Louis XIV, et il y avait perdu son pays pendant des années.
Garde ce nom en tête, il reviendra. Remonte maintenant vers le nord par la Kardinal-Faulhaber-Straße jusqu'à la Brienner Straße: un cavalier de bronze t'attend sur une place carrée.
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5. Wittelsbacherplatz : le prince-électeur de la guerre de Trente Ans
Wittelsbacherplatz, 80333 München, Germany
Avance au centre de cette place carrée, calme, presque solennelle, entourée de façades néoclassiques couleur crème. Au milieu, un cavalier de bronze avance au pas sur un cheval tranquille, sans fureur et sans galop. C'est le prince-électeur Maximilien Ier, l'homme qui a tenu la Bavière pendant la guerre de Trente Ans.
Regarde bien la signature de l'œuvre: c'est encore le Danois Bertel Thorvaldsen, l'auteur du tombeau d'Eugène de Beauharnais. Le roi Louis Ier lui a commandé cette statue, inaugurée en 1839, sur une place dessinée par son architecte préféré, Leo von Klenze. Louis voulait une capitale digne d'un royaume tout neuf... et il remplissait ses places des grands ancêtres de la famille, pour faire oublier que la couronne ne datait que de Napoléon.
Maximilien Ier, lui, a régné plus d'un demi-siècle, de 1597 à 1651. Il fonde la Ligue catholique, gagne en 1623 la dignité de prince-électeur, ce qui lui donne voix dans l'élection de l'empereur, et s'empare du Haut-Palatinat. Mais la guerre finit par le rattraper: en 1632, le roi de Suède Gustave-Adolphe entre dans Munich. La ville évite le pillage en payant une énorme rançon et en livrant des otages. Tu verras tout à l'heure, sur Marienplatz, la colonne qu'il a élevée pour remercier le ciel.
Un détail que les plaques ne disent pas: ce prince sévère, dévot, obsédé par l'ordre, a attendu très longtemps son héritier. Son fils Ferdinand-Marie est né en 1636, quand Maximilien avait soixante-trois ans. Et c'est aussi lui qui a fait de la bière blanche un monopole de la cour, une affaire d'État très lucrative... garde cela pour plus tard, quand tu passeras devant une certaine brasserie.
Suis maintenant la Brienner Straße vers l'est, sur quelques dizaines de mètres: elle débouche sur une vaste place jaune et ocre, fermée au sud par une loggia à l'italienne.
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6. Odeonsplatz : la Theatinerkirche et la Feldherrnhalle
Residenzstraße 1, 80333 München, Germany
Sur ta droite, une église baroque jaune d'or dresse deux clochers et une grande coupole; en face, une loggia ouverte à trois arcades, gardée par deux lions de pierre, ferme la place au sud. Bienvenue sur l'Odeonsplatz, la plus italienne des places de Munich.
L'église, la Theatinerkirche, est née d'un vœu. Le prince-électeur Ferdinand-Marie et son épouse Henriette-Adélaïde de Savoie, une petite-fille du roi Henri IV qui avait grandi à la cour de Turin en parlant français, attendaient désespérément un héritier. Ils promirent une église s'il naissait un garçon: Max-Emmanuel est né en 1662, et les travaux ont commencé l'année suivante, confiés à des architectes italiens. Mais la façade que tu vois n'a été achevée qu'un siècle plus tard, vers 1768, par François de Cuvilliés et son fils. Retiens ce nom, il t'attend dans la Résidence.
Sous l'église, une crypte garde plusieurs souverains de la dynastie, dont le roi Maximilien Ier Joseph, le roi de Napoléon, et Othon, ce fils de Louis Ier qui fut roi de Grèce. En face, la Feldherrnhalle, la halle des maréchaux, a été construite entre 1841 et 1844 sur le modèle de la Loggia dei Lanzi de Florence. Elle abrite deux généraux, Tilly et Wrede. Wrede, justement, avait combattu aux côtés de Napoléon, jusqu'en Russie, avant de changer de camp en 1813 et de l'affronter à Hanau.
Et c'est ici que s'est joué, le 9 novembre 1923, l'épisode le plus noir de cette place. Le putsch de Hitler et de ses partisans s'est brisé devant la Feldherrnhalle sous les tirs de la police bavaroise. Quatre policiers y ont perdu la vie, et une plaque dans le sol, devant les marches, rappelle leur nom. Sous le nazisme, un monument aux putschistes imposait le salut à chaque passant; beaucoup préféraient filer par la ruelle derrière, la Viscardigasse, qu'on surnomma la ruelle des tire-au-flanc. Une traînée de pavés de bronze y marque aujourd'hui ce petit refus.
Traverse maintenant la place vers l'est et franchis la grande porte à arcades: derrière elle s'étend le jardin de la cour.
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7. Hofgarten et temple de Diane : le jardin de Maximilien
Hofgarten, 80539 München, Germany
Avance jusqu'au centre du jardin, entre les allées de gravier et les parterres taillés au cordeau. Au croisement des chemins se dresse un petit pavillon rond à arcades, coiffé d'une coupole, avec une déesse de bronze tout en haut. Les Munichois l'appellent le temple de Diane, le Dianatempel.
Ce jardin, c'est encore l'œuvre de Maximilien Ier, le cavalier de tout à l'heure. Il l'a fait tracer entre 1613 et 1617, à l'italienne, comme un prolongement à ciel ouvert de son palais. Le pavillon date de 1615. Et la déesse au sommet n'est pas vraiment Diane: c'est une allégorie de la Bavière, inventée à la fin du seizième siècle par le sculpteur Hubert Gerhard. Celle que tu vois est une copie; l'originale est conservée dans la Résidence.
Approche-toi des arcades et parle à voix basse: le pavillon a une acoustique étonnante, et souvent, les soirs d'été, des musiciens viennent y jouer, pendant que des couples dansent le tango sur le dallage. Sous les arcades qui bordent le jardin à l'ouest et au nord, Louis Ier a fait peindre au dix-neuvième siècle l'histoire de sa famille, comme une bande dessinée géante à la gloire des Wittelsbach.
Tourne-toi maintenant vers l'est. Le grand bâtiment à coupole, au bout de l'allée, a été construit au début du vingtième siècle pour abriter le musée de l'armée bavaroise. Il a été en grande partie détruit pendant la guerre, puis reconstruit, et il abrite aujourd'hui la chancellerie de l'État libre de Bavière. Devant lui, un monument aux morts enfonce une crypte dans le sol, avec la figure d'un soldat couché. Le jardin des princes est devenu le jardin de la République... mais il n'a pas oublié ses guerres.
Reviens maintenant vers le côté sud du jardin, celui des longs bâtiments de la Résidence. Un passage s'ouvre dans la façade et te fait entrer dans les cours du palais.
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8. Les cours de la Résidence : Cuvilliés et l'Antiquarium
Residenzstraße 1, 80333 München, Germany
Tu entres dans les cours de la Résidence, le palais des Wittelsbach: dix cours, plus de cent trente salles ouvertes au public, et cinq siècles de chantiers empilés les uns sur les autres. Dans cette cour, un bâtiment discret cache l'un des plus beaux théâtres d'Europe, le théâtre de Cuvilliés.
François de Cuvilliés est né en 1695 à Soignies, en Hainaut, dans la Belgique d'aujourd'hui: un Wallon. Il est entré au service de Max-Emmanuel pendant l'exil du prince-électeur aux Pays-Bas et en France, et il y figurait d'abord, dit-on, comme nain de cour, tant il était petit. Le prince l'envoie étudier l'architecture à Paris, et le petit Wallon revient faire de Munich une capitale du rococo, avec ce goût français pour l'ornement léger, les coquillages et les rocailles dorées.
Son théâtre, construit de 1751 à 1753, est un écrin de bois rouge, ivoire et or, où des rangées de loges sculptées entourent la salle comme les alvéoles d'une boîte à bijoux. C'est là que Mozart a créé son opéra Idoménée, en janvier 1781. Et voici le miracle: en 1943, on a démonté tout le décor de bois et on l'a mis à l'abri. L'année suivante, les bombes ont détruit le bâtiment d'origine... mais les loges ont survécu, et on les a remontées en 1958 ici, dans un autre bâtiment du palais.
Avance vers la grande cour à la fontaine, la cour des fontaines. Au centre, Otton de Wittelsbach, le premier duc de la famille, domine des divinités de bronze. Derrière ces murs s'étire l'Antiquarium, une salle voûtée de plus de soixante mètres de long, construite dès 1568 pour les statues antiques du duc Albert V: la plus grande salle Renaissance au nord des Alpes. Et en ressortant sur la Residenzstraße, frotte le bouclier d'un des lions de bronze du portail: la tradition dit que cela porte chance.
Sors donc par la Residenzstraße et tourne à gauche, vers le sud. Quelques pas suffisent pour qu'une immense place s'ouvre devant toi, avec un roi assis au milieu.
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9. Max-Joseph-Platz : le roi de Napoléon et le Théâtre national
Max-Joseph-Platz 2, 80539 München, Germany
Une immense place pavée s'ouvre devant toi, fermée à l'est par un temple grec à colonnes: le Théâtre national, la maison de l'Opéra d'État de Bavière. Au milieu, assis sur un trône de bronze, un vieil homme tend la main droite au-dessus de la foule. Le voilà enfin, celui dont on parle depuis le début: Maximilien Ier Joseph, premier roi de Bavière.
L'ancien colonel de Strasbourg, devenu roi grâce à Napoléon le 1er janvier 1806, a eu l'intelligence de ne pas couler avec lui. En octobre 1813, quelques jours avant la bataille de Leipzig, la Bavière change de camp et rejoint les Alliés. Résultat: le roi de Napoléon survit à Napoléon, et garde sa couronne. En 1818, il donne même à son royaume une constitution, l'une des premières d'Allemagne. À l'origine, c'est d'ailleurs pour l'en remercier que ce monument a été voulu; il n'a été inauguré qu'en 1835, dix ans après sa mort.
Le théâtre derrière lui, c'est aussi son idée. Il ouvre en 1818... et brûle dès 1823. La légende raconte que, par ce soir d'hiver glacial, l'eau des pompes avait gelé, et qu'on a tenté d'éteindre le feu avec la bière de la brasserie de la cour. Leo von Klenze le reconstruit en 1825. C'est ici que Wagner a vu naître Tristan et Isolde en 1865, puis Les Maîtres chanteurs en 1868. Détruit par les bombes en 1943, le théâtre a rouvert en 1963, à l'identique.
Sur le côté nord de la place, la longue façade du Königsbau, imitée d'un palais florentin, appartient à la Résidence que tu viens de traverser. Tout ici raconte un royaume qui voulait paraître ancien alors qu'il venait de naître: un temple grec, un palais florentin, et un roi de bronze sur son trône.
Descends maintenant vers le sud par la Dienerstraße et, au bout de quelques pas, tourne à gauche dans les ruelles. Une petite cour médiévale, cachée au milieu des bureaux, t'attend.
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10. Alter Hof : le premier château des Wittelsbach
Alter Hof 1, 80331 München, Germany
Pousse jusqu'au milieu de cette cour pavée, entourée de bâtiments aux toits pentus, avec sa tour-porte et un charmant petit oriel gothique accroché à la façade. Ici, le bruit de la ville tombe d'un coup. Tu es dans l'Alter Hof, la vieille cour, le berceau du pouvoir des Wittelsbach à Munich.
Vers 1255, quand la Bavière est partagée entre deux frères, le duc Louis le Sévère choisit Munich, alors une petite ville de marchands de sel, et s'installe ici, dans un château fort au coin des remparts. Un demi-siècle plus tard, son fils Louis de Bavière en fait la première résidence impériale fixe du Saint-Empire. Les insignes impériaux, la couronne et l'épée, y auraient été gardés pendant son règne.
Et c'est ici qu'est née l'une des plus jolies légendes de Munich. On raconte qu'un singe de la ménagerie ducale s'échappa un jour, attrapa le petit Louis dans son berceau et grimpa avec lui jusqu'en haut d'une tour. Toute la cour retenait son souffle... et l'animal finit par redescendre, l'enfant intact dans ses bras. Le bébé deviendra empereur. Personne ne peut prouver l'histoire, bien sûr, mais les Munichois la racontent depuis des siècles.
Alors pourquoi les ducs sont-ils partis ? À la fin du quatorzième siècle, les bourgeois de Munich se révoltent à plusieurs reprises contre leurs princes. Les Wittelsbach construisent alors un nouveau château, à l'abri, à l'angle nord-est de la ville: c'est le noyau de la Résidence que tu viens de visiter. L'Alter Hof devient un simple bâtiment d'administration, puis des bureaux. Restauré au début des années 2000, il abrite aujourd'hui, sous ses voûtes, une petite exposition sur sa propre histoire.
Ressors par l'est, vers la Pfisterstraße, et continue tout droit vers la petite place du Platzl. Tu entendras sans doute avant de la voir une fanfare et le bruit des chopes qui s'entrechoquent.
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11. Hofbräuhaus : la brasserie des ducs
Platzl 9, 80331 München, Germany
Te voici sur le Platzl, devant une grande façade aux fenêtres en arc, frappée de deux lettres couronnées, H et B. Par les portes ouvertes s'échappent des airs de fanfare, des rires et l'odeur des bretzels chauds. C'est le Hofbräuhaus, la brasserie de la cour.
Son histoire commence par un problème de budget. En 1589, le duc Guillaume V, celui de l'église Saint-Michel et des dettes, trouve trop chère la bière qu'il fait venir d'Einbeck, dans le nord de l'Allemagne. Il fonde donc sa propre brasserie. Son fils Maximilien Ier, le cavalier de la Wittelsbacherplatz, réserve à la cour le droit de brasser la bière blanche, et la brasserie s'installe ici, sur le Platzl, au début du dix-septième siècle. Et le mot bock ? La tradition le fait venir d'Einbeck, prononcé à la bavaroise.
Le bâtiment que tu vois date seulement de 1896-1897: la production a alors déménagé de l'autre côté de l'Isar, et la vieille brasserie est devenue une immense salle de taverne. Elle appartient toujours à l'État de Bavière, héritier des ducs. Entre, si tu veux: sous les voûtes peintes, des habitués ont leur table réservée depuis des générations, et certains gardent même leur propre chope sous clé, dans des casiers numérotés.
Cette salle a aussi une mémoire plus sombre. Le 24 février 1920, dans la grande salle du premier étage, le jeune parti nazi y a présenté son programme en vingt-cinq points devant une salle comble. Munich était alors un foyer de l'extrême droite, et les brasseries ses salles de réunion. On ne le chante pas entre deux chopes, mais il faut le savoir.
Repars maintenant vers l'ouest par les petites rues, en suivant le flot des passants. En quelques minutes tu débouches sur la grande place où tout Munich se donne rendez-vous, juste à temps peut-être pour entendre les cloches.
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12. Marienplatz : le Glockenspiel et les noces de Lorraine
Marienplatz 8, 80331 München, Germany
Te voici au cœur de Munich, sur Marienplatz, au pied d'une colonne de marbre portant une Vierge dorée. Derrière elle, la façade néogothique du Nouvel Hôtel de Ville déploie ses pinacles, ses gargouilles et, au milieu de la tour, deux étages de personnages colorés immobiles... pour l'instant.
La colonne, c'est le dernier cadeau de Maximilien Ier. Il l'a fait dresser en 1638 pour remercier la Vierge d'avoir épargné la ville pendant l'occupation suédoise de 1632. Regarde à sa base: quatre angelots combattent quatre bêtes, qui symbolisent la peste, la guerre, la famine et l'hérésie. Le Nouvel Hôtel de Ville, lui, est bien plus jeune qu'il n'en a l'air: il a été construit entre 1867 et 1908, dans un gothique de théâtre.
Le Glockenspiel, installé en 1908, compte quarante-trois cloches et trente-deux figurines. À l'étage supérieur, il rejoue le mariage de 1568 entre le duc Guillaume V, notre bâtisseur ruiné de Saint-Michel, et Renée de Lorraine, une princesse francophone. Pendant le tournoi, regarde bien: le chevalier bavarois, en blanc et bleu, désarçonne le chevalier lorrain, en rouge et blanc, à chaque fois. En dessous, les tonneliers dansent la Schäfflertanz, qui, selon la tradition, aurait redonné courage aux habitants après une épidémie de peste. Et à la fin, tout en haut, un petit coq doré chante trois fois.
Tourne-toi vers l'est: le pignon gothique blanc qui ferme la place, c'est l'Ancien Hôtel de Ville, bâti dans les années 1470 par Jörg von Halsbach, l'architecte de la Frauenkirche. Dans sa salle de bal, le soir du 9 novembre 1938, Goebbels a prononcé le discours qui a déclenché les pogroms de la nuit de Cristal dans toute l'Allemagne. La même salle où, pendant des siècles, les Munichois étaient venus danser.
Ta promenade s'achève ici, là où tous ses fils se rejoignent: avec Guillaume le Pieux et ses dettes, les rois de Napoléon, les électeurs bâtisseurs et un théâtre wallon sauvé des bombes. Attends le carillon, lève les yeux, et écoute Munich jouer son propre conte de fées.