L'Ospedaletto : la salle de la musique
Why is it significant?
Regarde cette façade baroque, sur la Barbaria de le Tole: des têtes grimaçantes, des géants, des masques, une avalanche de pierre dessinée par Baldassare Longhena. Derrière, l'Ospedaletto, Santa Maria dei Derelitti, l'un des quatre grands hospices de Venise.
Key Facts
| Place | L'Ospedaletto : la salle de la musique |
|---|---|
| Address | Barbaria de le Tole, Castello, 30122 Venezia VE, Italy |
| Geo Coordinates | 45.43890, 12.34290 |
| Part of Walk | Venise en musique : de La Fenice à la Pietà, sur les pas de Vivaldi |
| Generated | Generated |
Regarde cette façade baroque, sur la Barbaria de le Tole: des têtes grimaçantes, des géants, des masques, une avalanche de pierre dessinée par Baldassare Longhena. Derrière, l'Ospedaletto, Santa Maria dei Derelitti, l'un des quatre grands hospices de Venise.
La ville avait quatre ospedali grandi: la Pietà, les Incurabili, les Mendicanti, juste à côté de la basilique que tu viens de longer, et celui-ci. On y recueillait orphelins, enfants abandonnés, malades, pauvres. Et on y a eu une idée de génie pour financer tout cela: faire chanter les filles. Les plus douées recevaient une éducation musicale d'un niveau exceptionnel et se produisaient aux offices des jours de fête, cachées derrière des grilles. Les fidèles, les curieux et les voyageurs étrangers se pressaient pour les entendre, et les dons suivaient.
Jean-Jacques Rousseau, secrétaire de l'ambassadeur de France à Venise en 1743 et 1744, en devient fou. Dans ses Confessions, il décrit ces voix d'anges derrière les grilles, et son désespoir de ne jamais voir les chanteuses. Un ami finit par l'introduire aux Mendicanti... et la rencontre est cruelle: l'une est borgne, une autre défigurée par la petite vérole. Mais dès qu'elles se remettent à chanter, avoue-t-il, elles lui paraissent de nouveau belles.
Ici, à l'Ospedaletto, il reste un trésor rare: la Sala della Musica, une petite salle ovale où les jeunes musiciennes répétaient et jouaient pour les bienfaiteurs. En 1776, le peintre Jacopo Guarana en a couvert le plafond et les murs: Apollon et les Muses, et autour, des jeunes filles du chœur avec leurs partitions et leurs instruments. On aime penser qu'il a peint les pensionnaires elles-mêmes.
Il ne faut pas trop idéaliser: ces filles vivaient enfermées, sous une discipline stricte, et leur avenir se résumait souvent au couvent ou à un mariage arrangé, avec une petite dot fournie par l'hospice. Leur talent faisait vivre l'institution. Descends maintenant vers le sud, à travers les calli de Castello, jusqu'au Campo Bandiera e Moro: l'église au fond du campo a vu baptiser le plus célèbre des maîtres de ces filles.