Au Lapin Agile et cimetière Saint-Vincent : le cabaret et le repos des peintres
Why is it significant?
Tu viens de passer, au coin de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent, devant une maison basse aux volets verts, avec une enseigne peinte: un lapin qui bondit hors d'une casserole, une bouteille à la patte. C'est le Lapin Agile.
Key Facts
| Place | Au Lapin Agile et cimetière Saint-Vincent : le cabaret et le repos des peintres |
|---|---|
| Address | 6 rue Lucien-Gaulard, 75018 Paris, France |
| Geo Coordinates | 48.88910, 2.33910 |
| Part of Walk | Montmartre secret : la Butte loin des foules, des moulins aux vignes de Paris |
| Generated | Generated |
Tu viens de passer, au coin de la rue des Saules et de la rue Saint-Vincent, devant une maison basse aux volets verts, avec une enseigne peinte: un lapin qui bondit hors d'une casserole, une bouteille à la patte. C'est le Lapin Agile. Maintenant, longe le mur de pierre et entre dans le petit cimetière Saint-Vincent, accroché à la pente de la Butte.
Ce lapin a donné son nom au cabaret par un jeu de mots. Vers 1880, le caricaturiste André Gill en peint l'enseigne, et les habitués finissent par parler du lapin à Gill... qui devient le Lapin Agile. Au début du XXe siècle, sous la houlette du père Frédé, un patron barbu flanqué d'un âne et d'une guitare, Picasso, Apollinaire, Max Jacob ou Modigliani viennent y boire, chanter et refaire le monde. Le cabaret existe toujours, et l'on y chante encore les vieilles chansons françaises, assis sur des bancs de bois.
C'est aussi là qu'est né l'un des plus beaux canulars de l'histoire de l'art. En 1910, l'écrivain Roland Dorgelès et ses complices attachent un pinceau à la queue de Lolo, l'âne du patron, et le laissent barbouiller une toile. Ils l'exposent au Salon des indépendants sous le titre Et le soleil s'endormit sur l'Adriatique, signée d'un peintre imaginaire, Boronali, anagramme d'Aliboron, le nom de l'âne de la fable. Les critiques la commentent très sérieusement... avant que la farce ne soit révélée.
Ici, dans le cimetière Saint-Vincent, le silence est d'une autre qualité. C'est l'un des plus petits cimetières de Paris, et l'un des plus émouvants. Maurice Utrillo y repose, le peintre des ruelles de Montmartre, le fils de Suzanne Valadon, qui a peint ces murs blancs des centaines de fois, souvent de mémoire, parfois d'après des cartes postales. Non loin de lui dorment Marcel Aymé, le père du Passe-Muraille, le compositeur Arthur Honegger et le cinéaste Marcel Carné.
Utrillo, alcoolique dès l'adolescence, interné à plusieurs reprises, a fini célèbre, riche, décoré de la Légion d'honneur... et presque incapable de peindre autre chose que ces mêmes rues. Le Montmartre qu'il a rendu immortel était déjà en train de disparaître. Ressors, reprends la rue Saint-Vincent jusqu'au Lapin Agile, puis grimpe la rue des Saules en longeant une vigne inattendue, et tourne à gauche dans la rue Cortot.