Cité Véron : Boris Vian, Prévert et la terrasse des Satrapes
Why is it significant?
Quitte le trottoir du boulevard de Clichy et glisse-toi dans l'impasse qui s'ouvre juste à côté du Moulin Rouge. Quelques pas suffisent: le vacarme des cars et des néons s'éteint, et te voilà dans une petite cité pavée, avec des ateliers, des pots de fleurs et des portes qui ne disent rien.
Key Facts
| Place | Cité Véron : Boris Vian, Prévert et la terrasse des Satrapes |
|---|---|
| Address | Cité Véron, 94 boulevard de Clichy, 75018 Paris, France |
| Geo Coordinates | 48.88450, 2.33210 |
| Part of Walk | Montmartre secret : la Butte loin des foules, des moulins aux vignes de Paris |
| Generated | Generated |
Quitte le trottoir du boulevard de Clichy et glisse-toi dans l'impasse qui s'ouvre juste à côté du Moulin Rouge. Quelques pas suffisent: le vacarme des cars et des néons s'éteint, et te voilà dans une petite cité pavée, avec des ateliers, des pots de fleurs et des portes qui ne disent rien. Au fond, au 6 bis, a vécu l'un des esprits les plus libres du XXe siècle.
Boris Vian s'installe ici en 1953. Ingénieur de formation, trompettiste de jazz, romancier, parolier, traducteur, chanteur... il a tout fait, souvent en même temps. Son appartement ouvre sur une terrasse qui touche presque les ailes du Moulin Rouge, juste derrière. Et sur cette même terrasse donne la porte d'un voisin arrivé peu après: Jacques Prévert. Les deux hommes partagent le toit, les verres et les fous rires.
On l'appelle la terrasse des Trois Satrapes. Les satrapes, ce sont les hauts dignitaires du Collège de 'Pataphysique, une société savante parfaitement absurde, vouée à la science des solutions imaginaires inventée par Alfred Jarry. Vian et Prévert en étaient tous les deux, et l'on y tenait des cérémonies à la fois très sérieuses et très ridicules. Seul Paris pouvait loger une académie du non-sens au-dessus d'un cabaret de french cancan.
Vian meurt en 1959, à trente-neuf ans, d'une crise cardiaque, dans une salle de cinéma où l'on projetait l'adaptation de son roman J'irai cracher sur vos tombes, un film qu'il détestait. Il avait le cœur fragile depuis l'enfance et se savait en sursis. C'est peut-être pour ça qu'il a vécu si vite: L'Écume des jours, Le Déserteur, des centaines de chansons, tout cela en une quinzaine d'années à peine.
L'appartement est resté presque intact, entretenu par ceux qui gardent sa mémoire. Si une fenêtre est éclairée là-haut, imagine une trompette, un disque de jazz qui tourne et deux poètes qui refont le monde. Ressors sur le boulevard, file vers l'ouest et prends l'avenue Rachel: au bout, une ville silencieuse t'attend, avec ses rues, ses carrefours... et ses habitants très célèbres.