La Croix-Rousse et les Canuts: Révoltes de la Soie, Traboules et Fresque Murale

Des pentes secrètes de l'Amphithéâtre à la Cour des Voraces et au Mur des Canuts

Lyon · 12 stops · 29 min audio · Generated

  1. 1. Place Tolozan et Maison Tolozan au Bas des Pentes

    Place Tolozan 19, 69001 Lyon, France

    Arrêtez-vous sur la Place Tolozan, au seuil oriental marquant le commencement des célèbres Pentes de la Croix-Rousse et le bord du Rhône. C'est ici, face aux quais du fleuve, que s'élève l'imposante Maison Tolozan, bâtie vers 1740 pour une illustre famille d'échevins et de négociants en soieries lyonnais, dont le baron Jean-François Tolozan fut prévôt des marchands sous le règne de Louis XV. La façade ordonnancée en pierre dorée déploie des balcons en fer forgé finement ouvragés et de hautes baies cintrées qui accueillaient au rez-de-chaussée les magasins d'entrepôt des balles de fil de soie débarquées des bateaux de navigation fluviale. Devant vous s'ouvre la colline qui travaille, opposée historiquement à la colline qui prie de Fourvière: un univers vertical singulier de venelles escarpées, d'escaliers de pierre et de traboules secrètes percé par les ouvriers tisseurs. Le vent du nord descend des hauteurs en apportant l'énergie singulière des quartiers populaires. Les terrasses de café bruissent des premières conversations du jour.

    Levez les yeux vers le relief sculpté ornant le fronton: les attributs du grand commerce maritime et fluvial—ancres, cornes d'abondance et rames entrecroisées—rappellent que Lyon contrôlait dès le dix-huitième siècle le monopole royal du commerce de la soie grège pour tout le royaume de France.

    Sur cette même place vécut au dix-neuvième siècle le grand physicien et mathématicien André-Marie Ampère, qui formula les lois fondamentales de l'électrodynamique et donna son nom universel à l'unité de mesure du courant électrique.

    Notez le pavage de granit sous vos pas: à partir de cette place, le dénivelé s'accentue brutalement vers le plateau, inaugurant un relief que les tisseurs de soie gravissaient quotidiennement lourdement chargés de pièces d'étoffe.

    Montez par la Rue René Leynaud pour vous glisser sous les voûtes créatives du Passage Thiaffait.

  2. 2. Passage Thiaffait et Village des Créateurs

    Rue René Leynaud 19, 69001 Lyon, France

    Franchissez le portail de pierre du 19 Rue René Leynaud pour déboucher au cœur du Passage Thiaffait, l'une des traboules ouvertes les plus spectaculaires des Pentes de la Croix-Rousse. Percé en 1827 par le maître charpentier et promoteur immobilier François-Félix Thiaffait pour relier la commerçante Rue René Leynaud à la Rue Burdeau à travers la forte déclivité naturelle de la colline, ce passage couvert s'articule autour d'un monumental escalier double en pierre de taille surplombé de passerelles aériennes et de galeries en encorbellement. Longtemps dégradé et insalubre au cours du vingtième siècle à cause du déclin progressif des fabriques traditionnelles de soierie, le passage a fait l'objet d'une réhabilitation architecturale exemplaire primée en 2001, devenant le siège officiel du Village des Créateurs, une pépinière dynamique dédiée aux jeunes stylistes de mode, joailliers d'art et designers d'objets contemporains. En montant les marches de calcaire bordées d'ateliers vitrés et de boutiques d'artisans, on mesure comment le génie textile séculaire de Lyon se réinvente avec audace. La lumière filtre doucement entre les façades pastel des ateliers d'art.

    Admirez la théâtralité de la rampe d'escalier centrale: les deux volées symétriques en calcaire jaune à inclusions fossiles de Couzon permettent de rattraper un dénivelé d'un étage complet tout en ménageant des terrasses pour les boutiques de stylisme de mode, de céramique et de maroquinerie fine.

    Au rez-de-chaussée se trouvaient autrefois des bains publics municipaux, des lavoirs collectifs et des étals de poissonniers qui alimentaient les nombreux ménages ouvriers du bas des Pentes dans une animation populaire pittoresque et bruyante.

    Écoutez le silence créatif des ateliers: les créateurs d'aujourd'hui utilisent parfois d'authentiques métiers à tisser manuels pour produire des soies plissées et des velours Jacquard destinés aux grandes maisons de haute couture parisiennes.

    Sortez par le porche haut sur la Rue Burdeau et tournez à droite vers l'antique Amphithéâtre des Trois Gaules.

  3. 3. Amphithéâtre des Trois Gaules et Sanctuaire Fédéral

    Rue des Tables Claudiennes 1, 69001 Lyon, France

    Approchez-vous de la clôture archéologique de la Rue des Tables Claudiennes pour contempler les vénérables ruines de pierre calcaire de l'Amphithéâtre des Trois Gaules, l'un des lieux les plus solennels et dramatiques de l'histoire de la Gaule romaine. Dédicacé en l'an dix-neuf sous le principat de Tibère au sanctuaire fédéral de Condate par le noble gaulois Caius Julius Rufus, cet édifice grandiose accueillait chaque premier août l'assemblée des délégués des soixante nations gauloises réunis pour célébrer le culte de Rome et d'Auguste et débattre des grandes affaires provinciales. Agrandi vers l'an cent trente pour atteindre une capacité de plus de vingt mille spectateurs, l'amphithéâtre est tristement célèbre dans le monde entier comme le théâtre du martyre des premiers chrétiens de Lyon en l'an cent soixante-dix-sept sous le règne de Marc Aurèle: la jeune esclave sainte Blandine y fut livrée aux bêtes féroces, au taureau furieux puis égorgée aux côtés du premier évêque saint Pothin. Un haut poteau commémoratif en bois rappelle ce sacrifice fondateur au cœur même de l'arène antique.

    Observez les puissantes fondations demi-circulaires du podium et les blocs d'appareil rustique: les archéologues ont mis au jour ici les noms gravés des délégations des cités gauloises, comme les Éduens et les Arvernes, qui disposaient de places réservées au premier rang des gradins.

    Les fondations de l'arène gallo-romaine demeurèrent cachées pendant des siècles sous les terrasses du Jardin des Plantes jusqu'à leur identification formelle en 1858 par l'archéologue François Artaud, qui entreprit les premières fouilles scientifiques sur les pentes.

    Écoutez le silence recueilli qui baigne cette fosse antique: le pape Jean-Paul II vint s'y recueillir solennellement lors de sa visite pastorale historique à Lyon en octobre 1986 pour honorer la mémoire de sainte Blandine et des martyrs de Lyon.

    Poursuivez votre marche vers le haut en pénétrant dans les allées calmes du Jardin des Plantes attenant.

  4. 4. Jardin des Plantes et Vue sur Fourvière

    Rue de l'Annonciade 14, 69001 Lyon, France

    Prenez place sur les bancs ombragés du Jardin des Plantes, un parc étagé en belvédère sur le flanc ouest des Pentes de la Croix-Rousse. Créé à la fin du dix-huitième siècle par le naturaliste Jean-Emmanuel Gilibert sur les terrains confisqués de l'ancien couvent de la Déserte, ce jardin fut le premier jardin botanique officiel de la Ville de Lyon avant son transfert définitif en 1857 vers les espaces plus vastes du Parc de la Tête d'Or. Bien que sa vocation scientifique se soit déplacée sur la rive gauche du Rhône, le parc conserve des essences rares d'arbres séculaires, notamment de magnifiques ginkgos bilobas, des sophoras du Japon et des massifs de conifères taillés qui apportent une ombre salvatrice lors des chaudes après-midi estivales. La terrasse supérieure offre une percée visuelle saisissante sur la colline de Fourvière en face, permettant de contempler la basilique blanche et la Tour métallique depuis un angle panoramique rarement admiré des touristes. L'ambiance y est propice à la méditation historique et végétale au cœur de la cité.

    Contemplez le panorama en enfilade sur la colline de Fourvière: la combe profonde de la Saône sépare nettement les deux collines majeures de Lyon, mettant en lumière la dualité géographique entre la colline mystique des couvents et la colline ouvrière des manufactures de soie.

    C'est dans ce jardin botanique que les premiers cours publics de dessin et d'horticulture appliquée aux motifs de soierie furent dispensés aux élèves de l'École des Beaux-Arts, formant des générations de peintres en fleurs célébrés dans toutes les cours royales d'Europe.

    Notez le relief escarpé du parc: les terrasses étagées s'appuient sur les anciens murs de soutènement des jardins en terrasse du couvent des clarisses de la Déserte, fondé en 1296 par l'archevêque Henri de Villars.

    Remontez vers l'est pour rejoindre la spectaculaire perspective pavée de la Montée de la Grande-Côte.

  5. 5. Montée de la Grande-Côte et Métiers de la Soie

    Montée de la Grande-Côte 85, 69001 Lyon, France

    Avancez sur les pavés polis de la Montée de la Grande-Côte, la colonne vertébrale piétonne et historique qui escalade les Pentes de la Croix-Rousse sur un dénivelé spectaculaire de près de quatre-vingts mètres. Utilisée dès le Moyen Âge comme principal chemin d'accès vers la Bresse et la Bourgogne par la porte Saint-Sébastien, cette longue artère devint au dix-neuvième siècle l'épicentre vibrant de la Fabrique lyonnaise de soierie: des dizaines de milliers de canuts, maîtres tisseurs et apprentis y vivaient et y travaillaient dans des immeubles bâtis sur mesure. Ces maisons typiques frappent par leur architecture spécifique: de monumentales fenêtres hautes de plus de deux mètres conçues pour laisser entrer un maximum de lumière du jour, des plafonds atteignant quatre mètres de hauteur pour loger l'imposant mécanisme de bois de la mécanique Jacquard inventée en 1801, et de solides poutres de chêne capables de supporter le poids des métiers à tisser. Devenue une artère piétonne prisée, la rue accueille cafés alternatifs et ateliers d'ébénisterie.

    Levez la tête vers les fenêtres des étages supérieurs: remarquez les petites soupentes ou mezzanines suspendues à mi-hauteur des pièces, appelées soupentes, où dormait toute la famille du tisseur pour laisser le plancher libre au fonctionnement des métiers à bras.

    C'est sur cette pente abrupte qu'éclata en novembre 1831 la première grande révolte des Canuts: les ouvriers tisseurs, réclamant un tarif minimum du tissage face à l'effondrement des salaires imposé par les marchands-fabricants, descendirent en armes vers la Presqu'île au cri célèbre de Vivre en travaillant ou mourir en combattant.

    Observez la perspective vers l'aval: la vue en plongée cadre l'alignement rectiligne des façades vers le clocher de l'Hôtel de Ville et les lointaines plaines du Dauphiné.

    Bifurquez à gauche sur la Rue Imbert-Colomès pour découvrir le sanctuaire ouvrier de la Cour des Voraces.

  6. 6. Cour des Voraces et Escalier Monumental

    Place Colbert 9, 69001 Lyon, France

    Pénétrez avec respect sous la haute voûte de la Cour des Voraces, accessible par la Place Colbert et la Rue Imbert-Colomès, la cour traboule la plus célèbre, la plus monumentale et la plus chargée d'émotion de toute la ville de Lyon. Édifié vers 1840 au cœur de l'essor soyeux, cet ensemble résidentiel est rendu inoubliable par son monumental escalier extérieur en pierre de taille, dont les six volées d'arcs massifs s'élèvent à claire-voie sur huit étages successifs pour desservir les appartements ateliers des canuts. Le lieu doit son nom aux Voraces, une société secrète républicaine et confrérie d'entraide ouvrière fondée en 1846 par les canuts les plus radicaux, qui jouèrent un rôle décisif lors de la Révolution de 1848 en proclamant la République et en défendant les droits des tisseurs face à l'armée royale. Durant la Seconde Guerre mondiale, cette traboule labyrinthique devint le refuge privilégié de la Résistance lyonnaise dirigée par Jean Moulin, permettant aux agents secrets d'échapper aux rafles de la Gestapo de Klaus Barbie.

    Levez les yeux vers les arcs de pierre suspendus de l'escalier: chaque palier s'ouvre sur le vide sans aucun vitrage, offrant une prouesse de maçonnerie géométrique pensée pour permettre la circulation rapide des rouleaux de soie et l'aération permanente des ateliers de tissage.

    Une plaque de marbre commémore la devise des Voraces et rappelle qu'ici s'imprimaient clandestinement les journaux de combat de la Résistance, notamment Combat, Franc-Tireur et Témoignage chrétien.

    Écoutez la résonance des pas sur les dalles de calcaire: trabouler, du latin trans-ambulare signifiant passer à travers, permettait de descendre du plateau de la Croix-Rousse jusqu'au Rhône à l'abri complet de la pluie et de la surveillance policière.

    Débouchez sur la Place Colbert et montez vers le nord-est en direction du Gros Caillou.

  7. 7. Place Colbert et Traboules de la Soie

    Place Colbert 1, 69001 Lyon, France

    Prenez place sur la paisible Place Colbert, une esplanade pavée bordée d'arbres taillés qui s'étend en balcon sur le flanc oriental des Pentes de la Croix-Rousse. Nommée en hommage à Jean-Baptiste Colbert, le grand contrôleur général des finances de Louis XIV qui réorganisa la Grande Fabrique de soie lyonnaise en 1667 en lui octroyant des privilèges royaux majeurs, cette place présente une unité architecturale saisissante. Les hauts immeubles de canuts érigés sous la Restauration et la monarchie de Juillet entre 1820 et 1840 s'alignent avec une parfaite rigueur: leurs façades dépouillées de tout ornement superflu, leurs entrées cochères surmontées d'impostes vitrées et leurs toits d'ardoise traduisent l'austérité et la discipline du travail textile. C'est à partir de cette place que rayonnent plusieurs des traboules les plus sinueuses de Lyon, véritables boyaux secrets perçant les immeubles de part en part. La vue vers l'est s'ouvre magnifiquement sur les ponts métalliques enjambant le Rhône et les quartiers résidentiels des Brotteaux.

    Observez les portes cochères monumentales des immeubles bordant la place: elles furent spécialement dimensionnées pour laisser passer aisément les charrettes à bras bâchées transportant les précieux rouleaux de soierie vers les grandes maisons de négoce de la Presqu'île lyonnaise.

    Sous la place s'étendait autrefois un réseau de galeries souterraines maçonnées, les fameuses arêtes de poisson, un énigmatique réseau de souterrains d'origine antique ou médiévale dont la fonction militaire ou hydraulique passionne toujours vivement les historiens et archéologues contemporains.

    Respirez le calme de cette placette: loin de l'effervescence commerciale des grands boulevards, elle a conservé toute la dignité feutrée d'un quartier d'artisans tisseurs où les rudes journées de labeur commençaient à l'aube au son rythmé et continu du métier à tisser traditionnel.

    Poursuivez votre marche vers le nord-est pour atteindre le célèbre promontoire rocheux du Gros Caillou.

  8. 8. Gros Caillou et Belvédère sur les Alpes

    Boulevard de la Croix-Rousse 1, 69004 Lyon, France

    Faites halte devant le légendaire Gros Caillou, le monument naturel et identitaire le plus cher au cœur des habitants de la Croix-Rousse, dressé à l'extrémité orientale de l'esplanade du Boulevard de la Croix-Rousse. Ce bloc erratique colossal de quartzite métamorphic grisâtre, pesant plus de vingt-cinq tonnes, fut découvert fortuitement en 1862 lors des travaux de percement de la tranchée du funiculaire reliant la Presqu'île à la Croix-Rousse, familièrement surnommé la ficelle. Les géologues démontrèrent que ce gigantesque monolithe avait été arraché aux massifs alpins de la Haute-Maurienne ou du Valais suisse par les glaciers géants de l'ère quaternaire, puis transporté sur plus de deux cents kilomètres avant de se déposer sur la colline lyonnaise il y a plus de cent mille ans. Devenu le symbole indestructible de la force ouvrière des canuts, le rocher marque aujourd'hui la frontière historique entre les Pentes contestataires du Premier Arrondissement et le Plateau commerçant du Quatrième Arrondissement. Le belvédère ouvre un panorama sans pareil.

    Admirez la vue depuis le parapet jouxtant le Gros Caillou: par temps dégagé et bise d'est matinale, le regard porte au-delà de la plaine de l'Est lyonnais et des collines du Bas-Dauphiné jusqu'à la chaîne majestueuse des Alpes et la coupole de neige du Mont-Blanc.

    Lors de son excavation en 1862, le bloc faillit être dynamité pour dégager le chantier ferroviaire: ce sont les protestations passionnées des canuts et de la société des sciences de Lyon qui sauvèrent le caillou, érigé en monument civique républicain.

    Posez la main sur la roche polie par les siècles: des générations d'enfants de la Croix-Rousse sont montés sur son dos pour glisser sur sa surface lustrée, perpétuant une tradition enfantine séculaire.

    Poursuivez vers l'ouest le long de la Rue d'Ivry pour visiter le temple de la mémoire ouvrière à la Maison des Canuts.

  9. 9. Maison des Canuts et Métiers à Tisser Jacquard

    Rue d'Ivry 10, 69004 Lyon, France

    Pénétrez sous le porche de la Maison des Canuts, située au numéro 10 de la Rue d'Ivry, l'institution patrimoniale de référence qui sauvegarde et fait battre depuis 1970 le cœur vivant de l'épopée de la soie lyonnaise. Dans cet atelier-musée installé dans un authentique immeuble de tisseurs du dix-neuvième siècle, le visiteur découvre en fonctionnement réel les prodigieux métiers à tisser équipés du mécanisme Jacquard, inventé en 1801 par le mécanicien lyonnais Joseph-Marie Jacquard. En observant le maître tisserand actionner les pédales de bois et faire claquer la navette volante à travers les milliers de fils de chaîne, on comprend la révolution technologique représentée par les cartons perforés: ce système mécanique de programmation binaire, sélectionnant les crochets pour composer les motifs damassés les plus complexes, est universellement considéré comme l'ancêtre direct de l'informatique et des cartes perforées des premiers ordinateurs modernes. L'exposition permanente retrace également les luttes sociales et le rude quotidien des familles ouvrières de la colline.

    Observez la cadence du battement du métier à tisser: le bruit sourd et rythmé du battant contre le tissu, que les Lyonnais appelaient familièrement le bistanclaque-pan, résonnait jadis dans des dizaines de milliers d'ateliers du quartier du matin jusqu'au soir tombant.

    Le mécanisme de Jacquard suscita au départ une violente hostilité des ouvriers tisseurs, qui craignaient que cette machine automatisée ne supprime leurs emplois et jetèrent les premiers prototypes dans le Rhône avant de reconnaître son efficacité pour soulager les enfants tireurs de lacs.

    Touchez les précieux échantillons de damas, de brocatelles et de lampas de soie exposés: la Maison des Canuts continue de tisser des soieries d'exception pour la restauration minutieuse des appartements royaux du château de Versailles et des salons du palais présidentiel de l'Élysée.

    Dirigez-vous vers la Place de la Croix-Rousse pour saluer la statue de bronze de l'inventeur Jacquard.

  10. 10. Place de la Croix-Rousse et Statue de Jacquard

    Place de la Croix-Rousse 1, 69004 Lyon, France

    Prenez place sur la vaste et animée Place de la Croix-Rousse, le forum civique et convivial qui forme le cœur palpitant de la vie de quartier sur le plateau. Aménagée à partir de 1852 sur l'emplacement des anciens remparts de la porte d'Halincourt qui séparaient autrefois la ville de Lyon de la commune indépendante de la Croix-Rousse avant son rattachement municipal, cette place s'étire le long du grand boulevard. Au centre s'élève la statue en bronze de Joseph-Marie Jacquard sculptée en 1901 par Marius Vallet, montrant l'inventeur piquant et pensif, drapé dans une redingote et tenant dans ses mains les fameux cartons perforés de sa mécanique textile. Chaque matin du mardi au dimanche, la place s'embrase de couleurs et de clameurs lors du grand marché de la Croix-Rousse, réputé comme l'un des marchés maraîchers et alimentaires les plus abondants et réputés de la région lyonnaise, attirant les gourmets en quête de cardons, de saucissons de pays et de fromages de chèvre des monts du Lyonnais.

    Admirez le socle de la statue de Jacquard: les bas-reliefs de bronze illustrent avec verve l'inventeur présentant son premier métier au tribunal consulaire des arts et métiers en 1804 pour recevoir le brevet impérial signé de Napoléon Bonaparte.

    La place doit son nom à une véritable croix de pierre dorée de Couzon teintée de rouge par les oxydes de fer, érigée au seizième siècle au carrefour des routes de Bourgogne avant d'être détruite par les protestants lors des guerres de Religion.

    Écoutez le parler lyonnais des marchands: c'est sur cette place que subsistent les expressions populaires du parler canut, où les enfants sont affectueusement appelés des gones et les jeunes filles des fenottes.

    Poursuivez vers le nord le long de la Rue Hénon pour rejoindre la sobre façade de l'Église Saint-Denis.

  11. 11. Église Saint-Denis et Paroisse des Canuts

    Rue Hénon 1, 69004 Lyon, France

    Arrêtez-vous devant la sobre et noble façade néoclassique de l'Église Saint-Denis de la Croix-Rousse, située à l'angle de la Rue Hénon et de la Rue de Cuire. Érigée entre 1845 et 1856 sur les plans de l'architecte lyonnais Hugues-François Marion pour remplacer une modeste chapelle devenue trop exiguë face à l'explosion démographique de la colline de la soie, cette église paroissiale à trois nefs fut voulue et financée en grande partie par les souscriptions volontaires des familles de tisseurs canuts. L'intérieur déploie une nef bordée de colonnes corinthiennes monumentales en marbre feint, couverte d'une voûte en berceau ornée de caissons peints. Les vitraux lumineux et les chapelles latérales sont consacrés aux saints patrons des corporations de la Fabrique: saint Crépin pour les cordonniers, sainte Anne pour les dentellières et saint François d'Assise, protecteur des plus humbles. Le sanctuaire baigne dans une atmosphère de recueillement digne qui rappelle la ferveur spirituelle qui unissait les ouvriers dans leurs sociétés d'entraide mutuelle et leurs caisses de secours solidaires.

    Admirez la chaire de vérité en bois de noyer finement sculptée: ses panneaux représentent le Christ enseignant au peuple au bord du lac de Tibériade, une allégorie pastorale qui résonnait profondément auprès des artisans de la soie habitués à l'humilité du labeur quotidien.

    Durant les grandes grèves et insurrections ouvrières du dix-neuvième siècle, le curé de Saint-Denis ouvrit fréquemment les portes de l'église pour abriter les blessés et distribuer des soupes populaires aux familles de canuts privées de tout salaire régulier.

    Remarquez l'orgue de tribune construit en 1870 par la célèbre manufacture Daublaine-Callinet: ses jeux d'anches puissants continuent de faire vibrer les voûtes lors des récitals dominicaux de musique sacrée donnés devant les paroissiens.

    Marchez vers l'ouest le long du Boulevard des Canuts pour vous trouver face à la gigantesque fresque du Mur des Canuts.

  12. 12. Mur des Canuts et Fresque Trompe-l'Œil Géante

    Boulevard des Canuts 36, 69004 Lyon, France

    Terminez votre ascension à travers l'épopée de la soie et les combats ouvriers de Lyon en vous tenant face à l'immensité spectaculaire du Mur des Canuts, au croisement du Boulevard des Canuts et de la Rue Denfert-Rochereau. S'étendant sur plus de mille deux cents mètres carrés d'un pignon d'immeuble aveugle sans ouvertures réelles, cette œuvre colossale réalisée en 1987 par la coopérative d'artistes lyonnais CitéCréation constitue la plus grande fresque murale en trompe-l'œil d'Europe. Le dessin reproduit avec une virtuosité technique stupéfiante l'architecture typique de la Croix-Rousse: un monumental escalier central en pierre bordé d'immeubles canuts aux grandes fenêtres d'ateliers, de traboules ouvertes, de boutiques de soie, d'un théâtre de marionnettes de Guignol et de scènes de la vie quotidienne. Particularité unique au monde: la fresque est régulièrement repeinte et actualisée par ses créateurs tous les dix ans pour faire vieillir les personnages représentés, modifier leurs vêtements et intégrer les évolutions contemporaines du quartier, comme l'arrivée des vélos en libre-service et de nouvelles générations d'habitants.

    Reculez de quelques pas pour éprouver l'illusion d'optique parfaite: les ombres peintes sur les marches de pierre et les perspectives fuyantes des fenêtres se confondent si fidèlement avec le ciel réel qu'on a l'irrésistible envie de gravir cet escalier peint pour s'enfoncer dans les traboules de la colline.

    Sur la fresque apparaît le dessinateur et humoriste lyonnais Tignous, ainsi qu'un métier à tisser Jacquard en fonctionnement derrière une grande verrière, scellant le pont artistique entre mémoire textile et street art mondial.

    Admirez la signature de CitéCréation au bas du mur: cette coopérative d'artistes née à Lyon en 1978 a depuis exporté son savoir-faire dans le monde entier, peignant plus de huit cents fresques monumentales de Berlin à Québec en passant par Shanghai.

    C'est ici, devant ce monumental miroir peint où se contemplent le labeur séculaire des canuts, l'ingéniosité technique de Jacquard et l'irréductible esprit de liberté de Lyon, que s'achève notre parcours à travers la colline qui travaille, une cité fière de ses mains créatrices et de son cœur solidaire.