De Rive à Champel: Musées, Tranchées et Église Russe

Des trésors archéologiques du MAH aux coupoles dorées des Tranchées et aux falaises de l'Arve

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  1. 1. Rond-Point de Rive et Boulevard Helvétique

    Rond-Point de Rive 1, 1204 Genève, Suisse

    Observez le mouvement incessant des passants et des transports publics qui animent le Rond-Point de Rive, carrefour historique majeur marquant l'entrée orientale du cœur de Genève. Aménagée après le démantèlement des fortifications bastionnées au milieu du dix-neuvième siècle, cette vaste esplanade commerciale relie avec fluidité les Rues-Basses marchandes aux élégants boulevards arborés de la ceinture urbaine. Les façades en pierre de taille des immeubles cossus témoignent de la prospérité financière genevoise sous l'ère industrielle.

    Levez les yeux vers les alignements d'arbres séculaires du boulevard Helvétique qui s'élancent vers le sud. C'est le long de cette large avenue que se tient chaque mercredi et samedi l'un des marchés maraîchers et alimentaires les plus réputés du canton. Les producteurs de la campagne genevoise et des terroirs voisins y dressent des étals chamarrés où se côtoient fromages fermiers, miels alpins et légumes du cru.

    Au Moyen Âge, ce secteur abritait la redoutable porte de Rive, ouvrage militaire défensif percé dans les remparts où les gardes contrôlaient l'accès des marchands savoyards et français. C'est à proximité immédiate de ce passage que fut signée en 1536 la convention consacrant l'autonomie communale de la cité. Lors de la nuit de l'Escalade en 1602, les défenseurs genevois repoussèrent héroïquement les assaillants savoyards qui tentaient d'escalader les courtines voisines à l'aide de grappins de fer.

    La fontaine contemporaine et les terrasses de café apportent une fraîcheur agréable à cette entrée animée de la ville moderne. Les promeneurs profitent de l'ambiance vivante avant de gravir les pentes douces des anciens bastions orientaux. Les terrasses des cafés environnants ne désemplissent pas aux beaux jours, offrant aux badauds un poste d'observation idéal sur les allées et venues de la population locale. Ce carrefour historique symbolise la transition réussie entre la cité médiévale fortifiée et la métropole commerçante moderne.

    Poursuivez votre marche vers l'est le long de la rue Pierre-Fatio pour rejoindre la pittoresque place des Eaux-Vives.

  2. 2. Place des Eaux-Vives et Rue de Rive

    Place des Eaux-Vives, 1207 Genève, Suisse

    Prenez un instant pour respirer l'atmosphère pittoresque de la place des Eaux-Vives, bordée de terrasses animées et de façades colorées du dix-neuvième siècle. Longtemps faubourg indépendant de pêcheurs, de charpentiers de marine et de bateliers avant d'être rattaché à la municipalité de Genève en 1931, ce quartier chaleureux a conservé une identité communautaire très forte. Au centre de la place murmure une charmante fontaine en calcaire ornée de vasques fleuries où les riverains se retrouvent pour converser au soleil.

    Observez les enseignes des petites boutiques artisanales et des épiceries fines qui jalonnent les rues adjacentes. Dès le dix-huitième siècle, les bateliers des Eaux-Vives transportaient sur de grandes barques lémaniques les pierres de taille extraites des carrières de Meillerie en Haute-Savoie, indispensables à l'édification des grands hôtels particuliers de la cité.

    Le nom des Eaux-Vives évoque les nombreuses sources naturelles et ruisseaux clairs qui dévalaient autrefois des coteaux de Malagnou vers les rives du lac. Les blanchisseuses venaient y laver le linge sur de grandes dalles inclinées, tandis que des moulins hydrauliques actionnaient les martinets des armuriers et les meules à grain des meuniers de la banlieue genevoise.

    La douceur de vivre de ce faubourg populaire séduit immédiatement par sa simplicité conviviale. Les passants y savourent une pause gourmande avant d'entamer la découverte des grands sanctuaires culturels édifiés sur les hauteurs environnantes. Les habitants du faubourg aiment se retrouver le soir autour de la fontaine pour partager les potins de la journée et goûter à la douceur de l'air lémanique. Les ruelles adjacentes conservent des ateliers d'artisans tapissiers, de restaurateurs d'antiquités et de luthiers qui perpétuent les savoir-faire manuels traditionnels avec une fierté exemplaire.

    Quittez la place en remontant vers le sud par la rue de la Terrassière pour admirer le temple protestant des Eaux-Vives.

  3. 3. Temple des Eaux-Vives et Rue de la Terrassière

    Rue de la Terrassière 12, 1207 Genève, Suisse

    Arrêtez-vous devant l'élégant fronton triangulaire du Temple protestant des Eaux-Vives, dont la sobre façade en molasse beige domine la rue de la Terrassière. Édifié entre 1841 et 1842 d'après les dessins de l'architecte genevois Jacques-Louis Brocher, ce sanctuaire néoclassique fut le tout premier temple érigé hors des anciens remparts pour accompagner l'essor démographique rapide des faubourgs orientaux de Genève.

    Admirez les proportions harmonieuses du clocher carré surmonté d'une flèche octogonale et percé de baies cintrées abritant les cloches de paroisse. À l'intérieur, la nef lumineuse et dépouillée privilégie l'écoute de la parole biblique selon la rigueur théologique réformée, baignée par la clarté naturelle de hautes fenêtres claires qui soulignent la pureté des lignes de plâtre blanc.

    La rue de la Terrassière tire son appellation singulière des ouvriers terrassiers qui édifièrent au dix-septième siècle les redoutables bastions avancés protégeant le flanc oriental de la République. Lors de la démolition des fortifications décidée par le gouvernement radical de James Fazy en 1849, ces anciens remblais militaires furent nivelés pour permettre le percement d'artères modernes ouvertes sur les vignobles et les campagnes environnantes.

    L'église demeure un foyer culturel vivant réputé pour ses récitals d'orgue et ses concerts spirituels dominicaux. L'acoustique remarquable du sanctuaire fait vibrer les voûtes néoclassiques d'une pureté sonore exceptionnelle très appréciée des mélomanes genevois. Les pasteurs successifs ont joué un rôle de premier plan dans l'accompagnement social des familles ouvrières et des réfugiés accueillis dans les faubourgs industriels au cours des deux derniers siècles. L'harmonie visuelle entre la molasse beige des façades et les frondaisons des platanes confère à ce secteur de la Terrassière un charme provincial apaisant particulièrement apprécié des riverains.

    Poursuivez votre marche vers le sud le long de la rue de la Terrassière pour découvrir le Muséum d'histoire naturelle dans le parc Malagnou.

  4. 4. Muséum d'Histoire Naturelle et Parc Malagnou

    Route de Malagnou 1, 1208 Genève, Suisse

    Découvrez l'imposant ensemble architectural du Muséum d'histoire naturelle de Genève, dont les vastes galeries modernistes s'élèvent au milieu des pelouses ombragées du parc Malagnou. Inauguré sur ce site en 1966 et s'étendant sur plus de dix mille mètres carrés d'exposition, cet établissement scientifique de premier rang constitue le plus vaste musée d'histoire naturelle de toute la Suisse. Il perpétue la longue et brillante tradition de recherche naturaliste qui illumine la cité depuis les Lumières.

    Observez les enfants et les familles qui s'émerveillent dans le hall monumental où flottent des squelettes géants de cétacés et des dioramas d'une précision saisissante. Le musée abrite des millions de spécimens zoologiques, d'insectes rares, de fossiles préhistoriques et de minéraux alpins remarquables, notamment les célèbres quartz fumés récoltés par les cristalliers sur les sommets du massif du Mont-Blanc.

    L'institution trouve ses racines historiques dans les riches cabinets de curiosités réunis dès la fin du dix-huitième siècle par des savants illustres tels qu'Horace Bénédict de Saussure et François-Jules Pictet de la Rive. Le musée conserve également la célèbre dépouille naturalisée de la tortue Janus, née en 1997 avec deux têtes indépendantes, devenue une mascotte mondialement connue des petits Genevois.

    Le parc Malagnou qui entoure le bâtiment offre une halte de verdure rafraîchissante sous des hêtres pourpres et des pins laricios centenaires. Les allées calmes permettent d'apprécier la tranquillité d'un quartier résidentiel huppé à quelques minutes du centre civique. Les expositions temporaires interactives et les ateliers pédagogiques attirent des dizaines de milliers d'écoliers chaque année, éveillant leur curiosité scientifique aux mystères de la biodiversité et de l'évolution planétaire. Les collections d'oiseaux migrateurs et d'animaux alpins naturalisés constituent une référence internationale pour les chercheurs du monde entier.

    Traversez la route de Malagnou vers l'ouest pour rejoindre l'éblouissante Église Russe Orthodoxe aux coupoles étincelantes.

  5. 5. Église Russe Orthodoxe et Coupoles Dorées

    Rue Beaumont 18, 1206 Genève, Suisse

    Laissez-vous éblouir par la féerie orientale de l'Église russe orthodoxe de Genève, dont les neuf bulbes dorés étincellent de mille feux sous la lumière alpine. Construite entre 1863 et 1866 dans le quartier aristocratique des Tranchées par l'architecte David Grimm, cette église dédiée à l'Exaltation de la Sainte-Croix constitue un chef-d'œuvre exceptionnel de l'art néo-russe en Europe occidentale. Elle fut érigée grâce aux généreuses souscriptions de la noblesse impériale russe et de la grande-duchesse Anna Feodorovna qui résidait sur les bords du lac Léman.

    Levez les yeux vers les coupoles en forme de bulbes d'oignon recouvertes de feuilles d'or pur qui culminent au-dessus d'une façade en calcaire blanc rehaussée de motifs géométriques et de croix orthodoxes sculptées. À l'intérieur, la pénombre mystique embaume l'encens sous une voûte céleste bleu nuit constellée d'étoiles dorées, devant une iconostase monumentale en marbre blanc de Carrare ornée d'icônes byzantines précieuses.

    Ce sanctuaire spirituel fut le témoin d'épisodes poignants de la vie des grands écrivains russes en exil. C'est ici que le romancier Fiodor Dostoïevski et son épouse Anna firent baptiser leur première fille Sophie en 1868, avant de vivre le déchirement de sa disparition prématurée quelques mois plus tard. Les funérailles de plusieurs membres éminents de la dynastie impériale des Romanov y furent également célébrées dans la ferveur liturgique slave.

    Le tintement mélodieux des cloches russes lors des offices dominicaux transporte instantanément le visiteur au cœur de la vieille Russie impériale. C'est l'un des joyaux architecturaux les plus précieux et dépaysants de toute la cité lémanique. Les offices nocturnes de la nuit de Pâques, illuminés par des centaines de cierges vacillants au milieu des chants choraux polyphoniques, rassemblent une foule fervente venue des quatre coins de la Suisse romande et de la France voisine.

    Faites quelques pas vers le nord le long de la rue Charles-Galland pour pénétrer dans le grandiose Musée d'Art et d'Histoire.

  6. 6. Musée d'Art et d'Histoire MAH

    Rue Charles-Galland 2, 1206 Genève, Suisse

    Contemplez la façade imposante du Musée d'Art et d'Histoire de Genève, dont le fronton sculpté et les colonnes monumentales dominent la promenade Saint-Antoine. Conçu par l'architecte genevois Marc Camoletti et inauguré en 1910 après une décennie de travaux titanesques, ce colossal palais Beaux-Arts est le navire amiral des institutions culturelles de la cité. Il réunit sous une même verrière zénithale des collections encyclopédiques couvrant l'archéologie méditerranéenne, les arts appliqués et les beaux-arts européens.

    Pénétrez dans la cour centrale bordée de galeries sur deux étages pour ressentir la majesté solennelle des lieux. Parmi les trésors inestimables du musée figure le célèbre retable de saint Pierre, peint en 1444 par le maître bâlois Konrad Witz pour la cathédrale de Genève: la scène de la Pêche miraculeuse y représente pour la toute première fois dans l'histoire de la peinture occidentale un paysage réel topographiquement identifiable, montrant la rade lémanique et le mont Môle avec une fidélité bouleversante.

    Le musée conserve également d'immenses chefs-d'œuvre de Jean-Étienne Liotard, pastelliste virtuose du dix-huitième siècle, ainsi que des toiles majeures du peintre suisse Ferdinand Hodler qui sut immortaliser la lumière crépusculaire du lac Léman avec une puissance géométrique inégalée. Les salles d'armes et d'armures médiévales racontent les combats épiques des milices républicaines genevoises défendant leur souveraineté.

    La richesse encyclopédique de ce musée encyclopédique fascine les historiens de l'art du monde entier. Les statues grecques et les sarcophages égyptiens dialoguent ici avec les dentelles horlogères de la Renaissance dans un cadre patrimonial préservé avec une exigence admirable. Les vastes salles consacrées aux faïences et aux émaux peints rappellent comment les artistes locaux ont su intégrer les influences françaises et italiennes pour créer un style décoratif genevois unique. Chaque tableau et chaque sculpture exposé dans ce temple des beaux-arts témoigne de la passion collectionneuse des mécènes républicains.

    Longez les terrasses vers l'ouest pour vous engager sur la pittoresque Promenade Saint-Antoine.

  7. 7. Promenade Saint-Antoine et Bastion de Pin

    Promenade Saint-Antoine, 1204 Genève, Suisse

    Avancez sur l'esplanade paisible de la Promenade Saint-Antoine, terrasse ombragée de marronniers centenaires qui surplombe les toits du quartier des Tranchées. Aménagée sur l'ancien tracé du Bastion de Saint-Antoine et du Bastion de Pin érigés au seizième siècle lors des guerres de religion, cette allée paisible offre une perspective remarquable sur la couronne méridionale de Genève et les crêtes boisées du Salève. Le gravier crisse sous les pas dans un calme propice à la rêverie historique.

    Penchez-vous au-dessus du parapet de pierre pour apercevoir les puissantes fondations en molasse des anciennes murailles défensives. C'est à cet endroit précis que les ingénieurs militaires genevois et bernois édifièrent de gigantesques terrassements pour résister aux tirs d'artillerie lourde des armées savoyardes et espagnoles qui assiégeaient régulièrement la République calviniste entre 1580 et 1605.

    Le nom de Saint-Antoine provient d'une commanderie hospitalière médiévale de l'ordre de Saint-Antoine établie en ces lieux dès le treizième siècle pour soigner les malades atteints du feu sacré ou ergotisme. Les frères antonins géraient un hospice et des jardins de simples avant que les nécessités de la défense militaire ne contraignent la cité à raser les faubourgs pour dégager le champ de tir des canons républicains.

    Aujourd'hui, les enfants du quartier s'amusent autour des aires de jeux pendant que les aînés disputent des parties de pétanque passionnées à l'ombre des feuillages. La métamorphose d'un ouvrage de guerre en havre de concorde citoyenne illustre parfaitement l'art de vivre genevois. Les marronniers séculaires filtrent le soleil d'été pour créer un dôme d'ombre fraîche où les lecteurs et les étudiants aiment prolonger leurs après-midis. De ce promontoire historique se dégage une quiétude contemplative qui contraste magnifiquement avec la rumeur sourde de la ville basse.

    Poursuivez votre descente vers l'ouest par la rue de Beauregard pour déboucher devant l'imposant Palais de l'Athénée.

  8. 8. Palais de l'Athénée et Rue de Beauregard

    Rue de l'Athénée 2, 1206 Genève, Suisse

    Arrêtez-vous devant la noble ordonnance néoclassique du Palais de l'Athénée, dont le péristyle à colonnes corinthiennes fait face aux perspectives boisées des bastions. Construit entre 1861 et 1864 grâce à la générosité de la philanthrope Anna Eynard-Lullin et de son époux Jean-Gabriel Eynard, ce palais fut spécialement édifié pour abriter le siège permanent de la Société des Arts de Genève, vénérable institution fondée en 1776 par l'horloger et savant Louis Faizan et le physicien Horace Bénédict de Saussure.

    Observez les bas-reliefs sculptés du fronton représentant les allégories des Beaux-Arts, de l'Agriculture et de l'Industrie mécanique se tenant la main. Au cœur du bâtiment se cache la somptueuse Salle des Abeilles, salon d'apparat au plafond orné de stucs dorés où figure l'abeille laborieuse, symbole maçonnique et civique du travail bien fait et de l'émulation collective au service du bien commun cantonal.

    Le Palais de l'Athénée joua un rôle déterminant dans l'histoire des institutions humanitaires mondiales. C'est dans ses salons feutrés que se réunirent dès 1863 les cinq fondateurs de la Croix-Rouge — Henry Dunant, Gustave Moynier, le général Dufour, Louis Appia et Théodore Maunoir — pour jeter les bases théoriques de la neutralité des secours médicaux avant la réunion diplomatique officielle de l'Alabama à l'Hôtel de Ville.

    Les expositions d'art contemporain et les conférences de haute tenue philosophique qui s'y déroulent encore perpétuent avec fidélité cet esprit d'émulation intellectuelle. L'atmosphère académique raffinée confère à cette artère une exceptionnelle noblesse morale. Les boiseries sombres et les bustes sculptés des grands philosophes qui décorent le vestibule rappellent que Genève a toujours placé l'émulation intellectuelle au premier rang de ses priorités civiques. C'est un sanctuaire académique où la recherche de la vérité s'accorde avec le culte de l'élégance architecturale.

    Descendez l'avenue de Champel vers le sud pour parvenir au carrefour verdoyant de la place Claparède.

  9. 9. Place Claparède et Quartier des Tranchées

    Place Claparède, 1205 Genève, Suisse

    Prenez un instant pour contempler la majesté architecturale des immeubles haussmanniens qui encadrent la place Claparède, au croisement du boulevard des Tranchées et de la route de Florissant. Aménagée au cours des dernières décennies du dix-neuvième siècle pour loger la grande bourgeoisie financière et universitaire de Genève, cette place circulaire arborée porte le nom d'Édouard Claparède, pionnier suisse de la psychologie de l'enfant et professeur éminent à l'Université de Genève qui révolutionna les sciences de l'éducation.

    Observez les toitures mansardées ornées de lucarnes sculptées, les ferronneries ouvragées des balcons filants et les porches monumentaux en pierre calcaire. Le quartier des Tranchées tire son nom historique des profondes fosses défensives creusées au seizième siècle pour protéger la colline Saint-Pierre contre les assauts savoyards, fosses comblées lors de l'urbanisation moderne pour créer ce faubourg d'une rare élégance résidentielle.

    Le secteur attira dès son urbanisation de nombreux diplomates, banquiers privés et professeurs d'université étrangers séduits par la sécurité et le cosmopolitisme genevois. C'est à deux pas d'ici que vécut le linguiste Ferdinand de Saussure, dont les conférences magistrales posèrent les fondements du structuralisme linguistique moderne mondial.

    Les grands platanes projettent des ombres douces sur les trottoirs impeccables où résonnent les pas des étudiants de la faculté de médecine voisine. L'harmonie entre rigueur académique et confort bourgeois s'y exprime avec une évidence tranquille tout à fait caractéristique de l'âme de Genève. Les balcons en fer forgé travaillés avec une virtuosité remarquable et les portes cochères monumentales témoignent du raffinement de la bourgeoisie cosmopolite installée aux Tranchées. Les allées plantées d'arbres relient harmonieusement ce carrefour majestueux aux parcs verdoyants qui couronnent la colline de Champel.

    Poursuivez votre déambulation vers le sud le long de l'avenue Krieg pour pénétrer sous les ramures du magnifique parc Bertrand.

  10. 10. Parc Bertrand et Maison de Quartier

    Avenue Alfred-Bertrand, 1206 Genève, Suisse

    Franchissez les grilles du parc Bertrand pour vous immerger dans la quiétude bienfaisante de ce domaine arboré de plus de onze hectares, véritable poumon vert du quartier de Champel. Propriété d'une illustre lignée patricienne genevoise, le domaine fut légué à la Ville de Genève en 1933 par la veuve d'Alfred Bertrand, grand voyageur, géographe et mécène passionné, à la condition formelle qu'il soit transformé en promenade publique dédiée au délassement de tous les citoyens et au bien-être des enfants.

    Laissez votre regard errer sur les arbres remarquables qui ponctuent les vastes pelouses vallonnées: cèdres de l'Atlas aux branches tabulaires, pins sylvestres centenaires, séquoias géants et frênes pleureurs majestueux. Au centre du parc subsiste la maison de maître du dix-neuvième siècle, élégante bâtisse aux volets verts devenue une maison de quartier vivante et un jardin d'enfants ombragé de tilleuls.

    Alfred Bertrand parcourut au dix-neuvième siècle des contrées inexplorées d'Afrique centrale, d'Inde et d'Extrême-Orient, ramenant des carnets d'observations géographiques précieux qu'il offrit à la Société de géographie de Genève. Ses voyages aventureux dans les royaumes du Zambèze aux côtés d'explorateurs victoriens ont enrichi la connaissance cartographique du continent africain tout en alimentant les collections ethnographiques suisses.

    En été, la pataugeoire peu profonde du parc résonne des éclats de rire joyeux des enfants tandis que les promeneurs parcourent la roseraie soignée ou lisent à l'ombre bienfaisante des grands cèdres. C'est l'un des parcs publics les plus aimés et fréquentés de la couronne résidentielle genevoise. Les bancs en bois disposés au pied des grands séquoias permettent d'admirer la floraison changeante des massifs horticoles au fil des quatre saisons. Ce parc demeure un modèle d'intégration paysagère où la nature séculaire dialogue avec les loisirs paisibles de la cité.

    Sortez du parc vers le sud par le chemin des Clochettes pour rejoindre la gare de Champel sur le Plateau de Champel.

  11. 11. Plateau de Champel et Gare Léman Express

    Place de Champel, 1206 Genève, Suisse

    Arrêtez-vous sur la vaste esplanade piétonne du Plateau de Champel, dont les pavés clairs et les fontaines contemporaines entourent les impressionnantes bouches de verre de la gare de Genève-Champel. Inaugurée en décembre 2019 lors de la mise en service historique du Léman Express, le plus grand réseau ferroviaire régional transfrontalier d'Europe, cette gare souterraine creusée à plus de vingt mètres sous terre relie en quelques minutes la colline de Champel à la gare centrale de Cornavin et aux gares françaises voisines.

    Observez les gigantesques briques de verre rétroéclairées conçues par le célèbre architecte français Jean Nouvel, qui signalent les accès à la station et diffusent une lumière douce et moderne sur l'espace public. Un tunnel piétonnier équipé d'ascenseurs rapides permet de rejoindre directement le complexe des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), premier centre hospitalier public de la région lémanique.

    Le plateau de Champel connut une renommée internationale au dix-neuvième siècle grâce à ses prestigieux établissements de bains thérapeutiques et d'hydrothérapie fondés par le médecin David Beaugrand. Des personnalités littéraires et artistiques mondiales vinrent y soigner leurs neurasthénies dans un cadre bucolique au grand air des collines alpines, notamment l'écrivain français Guy de Maupassant et le philosophe Hippolyte Taine.

    La métamorphose de cette station thermale d'autrefois en carrefour ferroviaire transfrontalier ultramoderne incarne la capacité perpétuelle de Genève à se projeter dans l'avenir tout en cultivant sa qualité de vie environnementale exceptionnelle. Les liaisons rapides souterraines permettent aujourd'hui aux milliers d'employés et de patients de rallier les hôpitaux sans subir les encombrements du trafic de surface. Ce quartier résidentiel a su préserver son atmosphère aérée tout en bénéficiant des avancées les plus modernes de l'urbanisme durable.

    Dirigez-vous vers le sud en empruntant l'avenue des Bosquets pour atteindre la surprenante Tour de Champel dressée au bord de l'Arve.

  12. 12. Tour de Champel et Belvédère de l'Arve

    Chemin de la Tour-de-Champel, 1206 Genève, Suisse

    Levez les yeux vers la silhouette romantique et dentelée de la Tour de Champel, qui dresse ses créneaux de pierre et ses fenêtres en ogive au bord vertigineux de la falaise dominant la boucle de l'Arve. Érigée en 1877 pour le compte d'Henri Beaugrand, propriétaire des célèbres bains thérapeutiques de Champel-les-Bains, cette charmante tour d'observation néogothique de dix-sept mètres de hauteur servait de salon de thé panoramique et de belvédère de repos pour les curistes fortunés en convalescence.

    Approchez-vous de la balustrade pour contempler le panorama spectaculaire sur les flots écumeux de l'Arve qui serpentent soixante mètres plus bas au pied des falaises de molasse sablonneuse. En face se déploient les toits rouges de la cité sarde de Carouge et, en arrière-plan, la masse imposante du mont Salève dont les parois rocheuses calcaires changent de couleur au gré des variations de la lumière du jour.

    La falaise de Champel fut au début du vingtième siècle un lieu de villégiature et d'inspiration pour de nombreux écrivains romantiques et philosophes. Le poète Rainer Maria Rilke et le compositeur Camille Saint-Saëns y séjournèrent pour contempler la force sauvage de la nature fluviale, loin du tumulte des boulevards urbains du centre de Genève.

    Le bruissement continu des eaux torrentielles de l'Arve monte jusqu'à ce promontoire suspendu dans les frondaisons des érables et des chênes. La folie néogothique semble tout droit sortie d'un conte de fées romantique du dix-neuvième siècle. Les promeneurs s'arrêtent souvent ici pour écouter le chant des mésanges et respirer l'odeur résineuse des conifères qui bordent la falaise abrupte. Ce belvédère suspendu entre ciel et rivière constitue une conclusion grandiose et poétique à notre exploration des hauteurs genevoises.

    Poursuivez la descente par les lacets du chemin de la Tour-de-Champel pour gagner les berges ombragées du pont de la Fontenette.