Piazza Trilussa : le poète qui se moquait des statistiques

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Au fond de la place, une grande fontaine en forme d'arc de triomphe déverse son eau dans une vasque, face au pont Sisto, et le soir, des dizaines de jeunes s'assoient sur ses marches. Sur le côté, un homme de bronze, accoudé à un muret, semble réciter des vers à qui veut bien l'écouter.

Key Facts

PlacePiazza Trilussa : le poète qui se moquait des statistiques
AddressPiazza Trilussa, 00153 Roma RM, Italy
Geo Coordinates41.89180, 12.47000
Part of WalkTrastevere secret et le Janicule : de l'île Tibérine au balcon de Rome
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Au fond de la place, une grande fontaine en forme d'arc de triomphe déverse son eau dans une vasque, face au pont Sisto, et le soir, des dizaines de jeunes s'assoient sur ses marches. Sur le côté, un homme de bronze, accoudé à un muret, semble réciter des vers à qui veut bien l'écouter.

C'est Trilussa, de son vrai nom Carlo Alberto Salustri. Son pseudonyme est une anagramme de son nom de famille. Né en 1871, il a écrit toute sa vie en romanesco, le dialecte de Rome, des sonnets et des fables pleins d'ironie, où les animaux parlent comme des ministres. Les Romains connaissent encore ses vers par cœur, et les citent au café comme des proverbes.

Son poème le plus célèbre se moque de la statistique: si moi je mange deux poulets et que toi tu n'en manges aucun, la statistique dira que nous en avons mangé un chacun. Une idée simple, écrite il y a près d'un siècle, qu'on ressort encore à chaque débat sur les chiffres. Il savait aussi se moquer des puissants, à mots couverts, à une époque où il valait mieux ne pas le faire ouvertement.

En décembre 1950, le président de la République le nomme sénateur à vie. Il a soixante-dix-neuf ans, il est malade et presque sans le sou. On lui prête alors un dernier trait d'esprit: on m'a nommé sénateur à mort. Il meurt vingt jours plus tard. Cette place porte aujourd'hui son nom, et son monument y a été érigé dans les années 1950.

Quant à la fontaine, elle n'est pas d'ici. Construite en 1613 pour le pape Paul V au bout de la via Giulia, sur l'autre rive, elle a été démontée quand on a élevé les quais du Tibre à la fin du XIXe siècle, puis remontée pierre par pierre ici, en 1898. Et le pont Sisto, devant toi, a été bâti pour le jubilé de 1475 par le pape Sixte IV. Maintenant, longe le Tibre vers le nord, par le lungotevere della Farnesina, jusqu'à la villa d'un banquier qui jetait sa vaisselle dans le fleuve.

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