Igreja da Conceição Velha : le portail rescapé

Why is it significant?

Arrête-toi devant ce portail de pierre, sur la Rua da Alfândega, et prends le temps de le détailler: des cordages sculptés, des feuillages, des anges, des sphères armillaires, et au centre une Vierge qui ouvre son manteau pour abriter une foule de petits personnages.

Key Facts

PlaceIgreja da Conceição Velha : le portail rescapé
AddressRua da Alfândega 108, 1100 Lisboa, Portugal
Geo Coordinates38.70890, -9.13420
Part of WalkLisbonne après le séisme de 1755 : la Baixa pombaline et le Chiado, sur les pas de Voltaire
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Arrête-toi devant ce portail de pierre, sur la Rua da Alfândega, et prends le temps de le détailler: des cordages sculptés, des feuillages, des anges, des sphères armillaires, et au centre une Vierge qui ouvre son manteau pour abriter une foule de petits personnages. Tout autour, la façade est banale, presque nue. Le portail, lui, a l'air d'avoir été posé là par erreur.

Ce n'est pas une erreur: c'est un survivant. Au début du XVIe siècle, ce portail ornait l'église de la Misericórdia, la confrérie charitable fondée en 1498 sous la protection de la reine Leonor. Il est de style manuélin, ce gothique exubérant de l'âge des grandes découvertes, avec ses motifs marins et les emblèmes du roi Manuel Ier. Sous le manteau de la Vierge, on reconnaît un pape, un roi, une reine, des évêques... tout un monde protégé par la miséricorde.

Le matin du 1er novembre 1755, jour de la Toussaint, peu avant dix heures, la terre s'est mise à trembler. Les églises étaient pleines, les cierges allumés. En quelques minutes, plusieurs secousses ont abattu une grande partie de la ville basse; puis un raz-de-marée a remonté le Tage, et des incendies ont brûlé pendant près d'une semaine. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes. L'église de la Misericórdia s'est effondrée. Seul ce portail est resté debout, et l'on a reconstruit une nouvelle église derrière lui.

La nouvelle a fait le tour de l'Europe en quelques semaines, et elle a ébranlé autre chose que des murs. Comment un Dieu bon peut-il frapper une ville catholique, un jour de fête, à l'heure de la messe ? Voltaire, qui vit alors près de Genève, publie en 1756 son Poème sur le désastre de Lisbonne, où il s'en prend aux philosophes de l'optimisme, ceux qui répètent que tout est bien. Ce bout de pierre rescapé, c'est un peu la question de Voltaire, à voir de ses propres yeux.

Garde cette question en tête: on va la suivre de place en place, jusqu'en haut du Chiado. Pour commencer, longe la Rua da Alfândega vers l'ouest, puis descends vers le fleuve: la plus grande place de Lisbonne s'ouvre à deux cents mètres.

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