Palais Royaux, Saint-Suaire et Quadrilatère Romain: Les Origines Impériales de Turin

De la Piazza Castello à Porta Palazzo à travers coupoles baroques et portes antiques

Turin · 12 stops · 29 min audio · Generated

  1. 1. Piazza Castello et Palais Madame

    Piazza Castello 1, 10124 Turin, Italy

    Arrêtez-vous au centre de la vaste Piazza Castello, la scène monumentale à ciel ouvert où bat depuis plus de quatre siècles le cœur politique, dynastique et cérémoniel de Turin. Dessinée à partir de 1584 par l'architecte ducal Ascanio Vitozzi pour le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie, cette grandiose place unifia l'ancien tissu urbain médiéval autour de la forteresse comtale, ouvrant de larges avenues baroques vers les portes de la ville. Au centre exact de la place s'élève l'étonnante architecture hybride du Palais Madame: sa façade orientale en brique austère conserve les tours crénelées d'une forteresse médiévale du quatorzième siècle et de l'ancienne porte romaine prétorienne, tandis que son front occidental déploie le somptueux décor de marbre blanc et de pierre de Chianocco conçu en 1721 par le brillant architecte de cour Filippo Juvarra pour la régente Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours. Les arcades environnantes protègent les promeneurs des rigueurs hivernales tout en offrant une perspective magistrale sur les grands axes urbains savoyards.

    Admirez le grandiose escalier d'honneur à double volée à l'intérieur du Palais Madame: baigné de lumière naturelle grâce à d'immenses verrières ouvertes sur la place, ce chef-d'œuvre de théâtralité et de perspective aérienne fut conçu pour émerveiller les ambassadeurs étrangers avant d'accueillir le premier Sénat du Royaume d'Italie unifié en 1861.

    Le nom de Palais Madame célèbre l'autorité politique remarquable de deux célèbres régentes de Savoie: Christine de France au dix-septième siècle et Marie-Jeanne-Baptiste au dix-huitième siècle, deux souveraines visionnaires qui gouvernèrent avec énergie lors de périodes de crise dynastique.

    Observez les dalles de pierre de Luserna sous vos pas: vous marchez directement au-dessus du decumanus maximus romain tracé par les légionnaires d'Auguste en l'an vingt-huit avant notre ère.

    Franchissez les grilles royales vers le nord pour pénétrer dans la solennelle cour d'honneur du Palais Royal de Turin.

  2. 2. Palais Royal de Turin et Jardins Royaux

    Piazzetta Reale 1, 10122 Turin, Italy

    Levez les yeux vers la sobre et imposante façade classique en crépi clair du Palais Royal de Turin, la résidence officielle de la dynastie de Savoie jusqu'au transfert de la capitale à Florence puis à Rome. Édifié à partir de 1646 pour la régente Christine de France sur des plans d'Amedeo di Castellamonte, ce vaste palais fut conçu comme une véritable machine de représentation princière, protégée vers la place publique par une monumentale grille en fer forgé ornée des statues équestres en bronze des Dioscures Castor et Pollux sculptées par Pelagio Palagi. En franchissant le portail d'honneur, on accède à la cour solennelle et aux appartements dorés où œuvrèrent les plus grands maîtres décorateurs d'Europe, notamment l'ébéniste Pietro Piffetti, célèbre pour ses marqueteries d'ivoire et d'écaille de tortue, et le peintre Daniel Seiter, auteur des fresques de la galerie du Daniel. Au-delà de l'Armurerie Royale s'étendent les Jardins Royaux imaginés par André Le Nôtre, véritable havre de fraîcheur aristocratique au pied des anciens remparts bastionnés.

    Contemplez la perspective des Jardins Royaux: André Le Nôtre dessina en 1697 des parterres géométriques réguliers, de larges allées d'arbres et des bassins ornés de sculptures mythologiques, créant une oasis princière d'inspiration versaillaise qui s'étendait autrefois jusqu'aux bastions défensifs de la cité, enrichie d'une splendide vue sur les collines piémontaises.

    Le palais abrite l'Armurerie Royale, l'une des plus riches collections d'armes anciennes au monde, fondée en 1837 par le roi Charles-Albert avec de somptueuses armures de joute médiévales et l'épée de saint Maurice.

    Écoutez le calme feutré de la cour d'honneur: des générations de souverains et d'ambassadeurs européens furent reçus ici au son des trompettes royales lors des fastueuses réceptions de la cour de Turin.

    Ressortez sur la Piazzetta Reale et tournez à droite pour découvrir l'extraordinaire coupole de la Real Chiesa di San Lorenzo.

  3. 3. Église Saint-Laurent et Coupole de Guarini

    Via Palazzo di Città 4, 10122 Turin, Italy

    Arrêtez-vous devant la façade discrète et dépouillée de l'Église Saint-Laurent, insérée sans fard dans l'alignement des immeubles bourgeois de la Piazza Castello. Cette église fut promise par le duc Emmanuel-Philibert de Savoie le dix août 1557, jour de la Saint-Laurent, pour célébrer la victoire décisive des troupes piémontaises et espagnoles contre les armées françaises à la bataille de Saint-Quentin. Faute de ressources pour bâtir une façade monumentale, le duc Charles-Emmanuel II confia dès 1668 l'aménagement intérieur au père théatin et savant mathématicien modanais Guarino Guarini, maître incontesté des volumes complexes et de la stéréotomie. Dès le vestibule franchi, le choc spatial est saisissant: un plan octogonal aux parois concaves et convexes s'élève vers une prodigieuse coupole ajourée formée de seize nervures de pierre entrecroisées dessinant une étoile à huit branches d'une légèreté diaphane, couronnée d'un lanternon inondé d'une clarté surnaturelle. C'est l'un des sommets universels de l'architecture baroque, où le calcul trigonométrique s'unit au mysticisme religieux le plus pur.

    Levez les yeux vers le sommet de la coupole guarinienne: les arcs entrecroisés composent une série d'ouvertures triangulaires et trapézoïdales qui, vues du sol de marbre, forment un visage mystérieux que les Turinois nomment le visage du diable, une surprenante illusion d'optique née de la pure géométrie lumineuse.

    C'est dans ce sanctuaire que le Saint-Suaire fut exposé pour la première fois à Turin en 1578, après son transfert depuis Chambéry voulu par Emmanuel-Philibert pour abréger le pèlerinage pédestre de l'archevêque Charles Borromée.

    Remarquez le contraste entre l'obscurité de l'espace inférieur et l'éclat zénithal de la coupole: Guarini voulut symboliser le passage de l'âme des ténèbres terrestres vers la lumière rédemptrice de la Grâce divine.

    Poursuivez votre marche vers le nord pour rejoindre le parvis de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste et la chapelle du Saint-Suaire.

  4. 4. Cathédrale Saint-Jean-Baptiste et Chapelle du Saint-Suaire

    Piazza San Giovanni 1, 10122 Turin, Italy

    Prenez place sur le vaste parvis pavé de la Piazza San Giovanni pour admirer la façade en marbre blanc de Montanaro de la Cathédrale de Turin, dédiée à saint Jean-Baptiste, saint patron chéri de la cité. Érigée entre 1491 et 1498 par le cardinal Domenico della Rovere sur les plans de l'architecte toscan Meo del Caprina, cette cathédrale à trois nefs constitue l'unique édifice religieux de la Renaissance subsistant à Turin, fondé sur l'emplacement de trois basiliques paléochrétiennes disparues. Le campanile adjacent en brique rouge fut commencé dès 1470 et surélevé en 1720 par Filippo Juvarra d'un beffroi baroque de pierre blanche, offrant une vue panoramique sur toute la plaine turinoise. Directement adossée derrière le maître-autel s'élève la silhouette sombre et mystique de la Chapelle royale du Saint-Suaire, le célèbre reliquaire circulaire conçu par Guarino Guarini entre 1668 et 1694 pour abriter le linge funéraire attribué par la tradition chrétienne à Jésus de Nazareth. L'atmosphère du sanctuaire inspire une dévotion séculaire qui a marqué profondément l'histoire religieuse et dynastique de la capitale piémontaise.

    Contemplez l'architecture pyramidale de la Chapelle du Saint-Suaire: Guarini superposa six registres concentriques d'arcs surbaissés en marbre noir de Frabosa et marbre gris, diminuant leur taille vers la colombe du Saint-Esprit pour créer une illusion d'ascension céleste infinie, restaurée admirablement après l'incendie d'avril 1997.

    Le Saint-Suaire entra en possession de la Maison de Savoie en 1453 grâce à Marguerite de Charny et fut légué par testament au Vatican par le dernier roi d'Italie, Humbert II, en 1983.

    Observez les bas-reliefs sculptés du portail Renaissance: ils représentent des rinceaux délicats et le chêne héraldique du cardinal Della Rovere aux branches entrelacées.

    Avancez vers le nord le long de la Via XX Settembre pour découvrir la puissante silhouette romaine de la Porte Palatine.

  5. 5. Porte Palatine et Parc Archéologique Romain

    Piazza Cesare Augusto 1, 10122 Turin, Italy

    Arrêtez-vous devant l'imposante façade de brique rouge de la Porte Palatine, connue dans l'Antiquité romaine sous le nom de Porta Principalis Sinistra, le monument de l'époque impériale le mieux conservé de toute l'Italie du Nord. Bâtie avec rigueur au premier siècle sous les règnes des empereurs romains Auguste ou Tibère, cette porte magistrale s'ouvrait dans l'enceinte fortifiée septentrionale de la colonie d'Augusta Taurinorum, permettant la sortie des légions et des convois marchands vers la Gaule transalpine et les cols des Alpes occidentales par la voie stratégique du Mont-Cenis. La structure fortifiée, haute de plus de trente mètres, est flanquée de deux tours polygonales à seize côtés couronnées de créneaux médiévaux, encadrant un corps central percé de quatre baies superposées: les deux grands arcs centraux accueillaient les chariots et attelages, tandis que les deux passages latéraux plus étroits étaient réservés aux piétons. Le vaste parc archéologique alentour met en valeur les fondations des remparts antiques, offrant une promenade bucolique à travers les strates de deux millénaires d'histoire urbaine continue.

    Observez les doubles rangées de baies cintrées dans la galerie de garde supérieure: les légionnaires patrouillaient ces coursives couvertes prêts à repousser tout assaillant par des tirs de flèches avant qu'il ne puisse franchir les lourdes herses de fer et les portes de chêne massif.

    Le nom Palatine provient de la proximité médiévale d'un palais comtal, la Curia Palatii, où siégeaient les gouverneurs impériaux et les magistrats communaux sous les Francs et les Lombards.

    Admirez les deux statues de bronze modernes érigées dans le parc: ce sont des répliques exactes de Jules César et de l'empereur Auguste, fondateur légendaire de la colonie en l'an vingt-huit avant notre ère.

    Quelques pas vers l'est au cœur de l'enceinte archéologique vous mèneront devant les ruines du Théâtre Romain antique.

  6. 6. Théâtre Romain d'Augusta Taurinorum

    Via XX Settembre 88, 10122 Turin, Italy

    Penchez-vous sur la balustrade de la Via XX Settembre pour contempler les impressionnantes ruines du Théâtre Romain d'Augusta Taurinorum, l'unique grand édifice de spectacle antique parvenu jusqu'à nous à Turin. Construit initialement vers l'an treize avant notre ère puis considérablement agrandi à la fin du premier siècle sous la dynastie impériale des Flaviens pour accueillir plus de trois mille spectateurs assis, ce théâtre s'adossait stratégiquement à l'angle nord-est des remparts romains, à proximité immédiate de la caserne militaire des légionnaires et des remparts défensifs. On distingue parfaitement aujourd'hui les puissants massifs de maçonnerie en demi-cercle de la cavea faits de galets de rivière et de brique, la courbe de l'orchestre où prenaient place les magistrats civiques, ainsi que les socles de pierre de la scène théâtrale avec les rainures guidant l'ancien rideau. Les ruines dialoguent avec la haute façade de brique de la Manica Nuova du Palais Royal, créant un saisissant raccourci chronologique entre l'Empire des Césars et la cour fastueuse des ducs savoyards.

    Imaginez la pompe de cet édifice impérial: le mur de scène était autrefois recouvert de marbres précieux de la vallée de Suse et orné de statues de divinités gréco-romaines, offrant un cadre grandiose aux représentations des comédies de Plaute et des tragédies de Sénèque pour les colons lettrés de la plaine du Pô.

    Le théâtre demeura entièrement enfoui et oublié pendant des siècles jusqu'en 1899, date à laquelle des ouvriers creusant les fondations de la nouvelle aile du Palais Royal mirent fortuitement au jour ces gradins antiques.

    Remarquez les canaux d'évacuation d'eau au fond de l'orchestre: ils servaient à drainer les pluies d'automne directement vers les égouts voûtés évacuant les eaux dans le fleuve Pô.

    Dirigez-vous vers l'ouest pour explorer le lacis médiéval du Quadrilatère Romain le long de la Via Sant'Agostino.

  7. 7. Quadrilatère Romain et Ruelles Médiévales

    Via Sant'Agostino 14, 10122 Turin, Italy

    Plongez dans l'atmosphère chaleureuse et pittoresque du Quadrilatère Romain, le quartier le plus ancien et le plus attachant de Turin, délimité par la Via Garibaldi, le Corso Regina Margherita et la Via della Consolata. Correspondant au secteur nord-ouest du camp militaire romain d'Augusta Taurinorum, ce quartier conserve fidèlement la grille orthogonale des cardines et decumani, sur laquelle les habitants du Moyen Âge bâtirent des maisons fortes, des ruelles pavées sinueuses, des cours intérieures à balcons de fer forgé et des ateliers d'artisans. En marchant posément le long de la Via Sant'Agostino et de la pittoresque Via delle Tre Galline, on goûte pleinement le charme d'un Turin secret et intime à taille humaine, éloigné de la majesté austère des grandes places royales. À la tombée de la nuit, les lanternes murales illuminent les trattorias historiques servant le bœuf braisé au Barolo et les élégants bars à vermouth piémontais réputés pour leurs apéritifs aux herbes aromatiques. Les arômes d'agnolotti au beurre parfument agréablement les venelles, tandis que les devantures en bois d'ébénisterie perpétuent des traditions artisanales séculaires.

    Jetez un regard à travers les porches en bois des vieux hôtels particuliers: plusieurs cours dissimulent des escaliers en vis hélicoïdaux et des loggias superposées du seizième siècle qui rappellent la densité du tissu urbain Renaissance avant les grands percements baroques des ducs de Savoie.

    Le quartier est renommé pour ses noms de rues médiévaux évoquant les métiers d'antan: ruelles des forgerons, des merciers et des potiers rappellent la vitalité laborieuse des corporations d'artisans qui animaient jadis ces venelles pavées.

    Remarquez les plaques de pierre indiquant les îlots urbains antiques: sous la chaussée courent encore des tronçons d'égouts romains voûtés en plein cintre qui fonctionnent depuis deux mille ans.

    Quelques pas vers l'ouest vous conduiront devant la splendide façade du Sanctuaire de la Consolata.

  8. 8. Sanctuaire de la Consolata et Rotonde de Juvarra

    Piazza della Consolata 1, 10122 Turin, Italy

    Arrêtez-vous sur l'intime placette pavée qui s'étend devant le Sanctuaire de la Basilique de la Consolata, le sanctuaire marial le plus vénéré et le plus aimé des Turinois, placé sous le vocable de Notre-Dame de la Consolation. Établi au dixième siècle sur une tour de l'enceinte romaine par des moines bénédictins de Novalaise, le temple fut transformé à partir de 1678 par le génie de Guarino Guarini en un saisissant ensemble à nef elliptique bordée de chapelles polygonales. En 1729, le roi Victor-Amédée II confia à Filippo Juvarra l'achèvement de l'édifice: le maître sicilien ajouta le lumineux chœur circulaire à colonnes de marbre vert et le maître-autel théâtral abritant la miraculeuse icône de la Vierge Consolatrice. L'intérieur est une fête somptueuse de marbres polychromes, de stucs dorés et de milliers d'ex-voto peints par les fidèles reconnaissants d'avoir été épargnés lors d'épidémies et de bombardements. Le silence invite au recueillement le plus profond, éclairé par les reflets de centaines de cierges votifs vacillant doucement dans la pénombre sacrée.

    Admirez le robuste campanile roman qui flanque la basilique: érigé vers l'an mille par l'abbé Gezone, c'est l'unique édifice du haut Moyen Âge subsistant intact à Turin, avec ses quatre étages de baies géminées lombardes abritant la cloche majeure fondue en 1748 pesant plus de quatre tonnes.

    En face de la basilique se dresse le Café historique Al Bicerin fondé en 1763: c'est à ses tables de marbre que naquit la boisson culte turinoise mêlant espresso brûlant, chocolat noir fondu et crème de lait froide, adorée par Cavour et Alexandre Dumas.

    Observez les murs tapissés de tablettes peintes: ces ex-voto naïfs racontent des sauvetages miraculeux lors d'accidents de calèches, d'incendies et du siège héroïque de 1706.

    Descendez vers le sud le long de la Via della Consolata pour déboucher sur la vaste Piazza Savoia.

  9. 9. Place Savoie et Obélisque des Lois Siccardi

    Piazza Savoia 1, 10122 Turin, Italy

    Faites halte sur la large et régulière Piazza Savoia, l'un des carrefours les plus remarquables de la seconde extension baroque de Turin vers l'ouest. Au centre de la place s'élance l'obélisque des Lois Siccardi, un monolithe imposant en granit de Baveno haut de plus de vingt et un mètres, inauguré le vingt-trois novembre 1853 sur un dessin du peintre et architecte Luigi Quarenghi. Ce monument civique fut financé par une formidable souscription populaire lancée par le journal libéral La Gazzetta del Popolo pour célébrer l'adoption des lois historiques présentées en 1850 par le ministre de la justice Giuseppe Siccardi. Ces réformes fondamentales supprimèrent les immunités féodales désuètes de l'Église au sein du Royaume de Sardaigne—notamment les tribunaux ecclésiastiques séparés, le droit d'asile et la mainmorte—marquant une étape décisive vers la laïcité de l'État moderne et l'égalité civile de tous les citoyens piémontais. La place est ceinte d'hôtels particuliers aux tons ocre chauds, rythmés de balcons en ferronnerie et de corniches classiques.

    Examinez le piédestal de l'obélisque: dans les massifs blocs de fondation est scellée une cassette de plomb contenant les textes des lois, des journaux d'époque, des monnaies d'argent et les noms de plus de vingt-six mille citoyens donateurs qui financèrent spontanément cette œuvre civique exemplaire.

    Le monument suscita l'ire de l'archevêque Luigi Fransoni, qui refusa les derniers sacrements au ministre Pietro De Rossi di Santarosa sur son lit de mort, provoquant des émeutes qui contraignirent le prélat à un exil définitif à Lyon.

    Goûtez la quiétude noble de la place: les sobres façades des hôtels particuliers, dont le proche Palais Saluzzo di Paesana, illustrent la retenue formelle de l'architecture savoyarde.

    Marchez vers le sud-ouest le long de la Via del Carmine pour contempler l'Église de la Madonna del Carmine.

  10. 10. Église de la Madonna del Carmine de Juvarra

    Via del Carmine 3, 10122 Turin, Italy

    Arrêtez-vous devant la haute et sobre façade de brique rouge de l'Église de la Madonna del Carmine, située à l'angle de la Via del Carmine et de la Via Bligny. Édifiée entre 1732 et 1736 pour les Pères Carmes Déchaux sur les plans de l'abbé messinois Filippo Juvarra, cette église représente l'une de ses créations les plus raffinées et les plus audacieuses avant son départ pour Madrid. La nef unique est renommée dans l'histoire de l'art pour son traitement révolutionnaire de la lumière naturelle: Juvarra n'illumina pas seulement la voûte centrale, mais perça de profondes chapelles latérales ouvertes vers le haut par de hauts arcs surmontés de tribunes concaves, où des fenêtres dissimulées inondent chaque autel d'une clarté dorée et théâtrale invisible depuis la nef. La pureté des stucs blancs et l'audace de ces ponts suspendus confèrent à l'espace sacré une harmonie quasi musicale. Le silence de la nef décuple l'émotion architecturale, transportant l'esprit dans un univers de contemplation céleste d'une grande modernité esthétique.

    Contemplez le maître-autel orné du retable de la Vierge du Carmel peint en 1755 par le grand maître vénitien Sebastiano Ricci: les coloris soyeux, la grâce des drapés et la ferveur mystique dialoguent à la perfection avec les colonnes cannelées et les anges sculptés par Giovanni Battista Bernero.

    Lors des violents bombardements alliés de juillet 1943, une bombe perforante pulvérisa une partie de la toiture et de la chapelle gauche, mais les piliers de Juvarra résistèrent miraculeusement à l'onde de choc, permettant une restauration fidèle après-guerre.

    Levez les yeux vers les galeries ajourées des chapelles: Juvarra s'inspira des machineries de théâtre de la famille Bibiena pour inventer ces passerelles célestes captant la lumière zénithale.

    Poursuivez vers l'est le long de la Via Corte d'Appello jusqu'à l'élégante Piazza Palazzo di Città.

  11. 11. Place du Palais de Ville et Hôtel de Ville de Turin

    Piazza Palazzo di Città 1, 10122 Turin, Italy

    Prenez place au cœur de l'harmonieuse Piazza Palazzo di Città, historiquement nommée Piazza delle Erbe, le foyer de l'administration municipale et des libertés communales de Turin depuis le Moyen Âge. Sur le flanc occidental de la place s'élève fièrement l'Hôtel de Ville, reconstruit entre 1659 et 1663 par l'architecte ducal Francesco Lanfranchi puis fastueusement enrichi par Filippo Juvarra d'un noble péristyle d'entrée en marbre et de la vaste salle consulaire ornée de peintures civiques. La façade classique rythmée de pilastres corinthiens et couronnée d'une balustrade portant des statues allégoriques incarne la mesure et la stabilité du gouvernement urbain. Au centre exact de l'espace se dresse le dynamique groupe en bronze dédié à Amédée VI de Savoie, le célèbre Comte Vert, sculpté en 1853 par Pelagio Palagi: le prince guerrier y est représenté terrassant un soldat ottoman à la pointe de sa lance lors de son expédition en mer Noire de 1366. Les arcades régulières abritent des commerces historiques au charme intemporel, où les Turinois dégustent chocolats et cafés depuis des générations.

    Remarquez les arcades ceignant la place conçues en 1756 par l'architecte Benedetto Alfieri: elles unifièrent avec élégance les boutiques et cafés de la municipalité, créant un salon urbain où les édiles de Turin rencontraient au quotidien les marchands et citoyens des quartiers centraux.

    Devant cet hôtel de ville, en mars 1848, le roi Charles-Albert proclama publiquement le Statut Albertin, la charte constitutionnelle fondamentale qui régira le Piémont puis l'Italie jusqu'à la Constitution républicaine de 1948.

    Écoutez le tintement de la cloche civique: durant des siècles, sonnerie à toute volée convoquait le peuple en assemblée générale en cas d'incendie urbain ou d'alerte militaire.

    Quelques pas vers le nord à travers les ruelles pavées vous mèneront dans la gigantesque étendue de Porta Palazzo.

  12. 12. Piazza della Repubblica et Marché de Porta Palazzo

    Piazza della Repubblica 1, 10122 Turin, Italy

    Achevez votre itinéraire à travers les origines antiques, les coupoles royales et la foi de Turin en pénétrant dans l'immensité octogonale de la Piazza della Repubblica, universellement connue sous le nom de Porta Palazzo. S'étendant sur plus de cinquante mille mètres carrés redessinés en 1825 par l'architecte royal Gaetano Lombardi, cette place monumentale accueille chaque jour le plus grand marché à ciel ouvert d'Europe, avec plus de mille étals marchands attirant des dizaines de milliers de chalands. C'est le carrefour le plus vivant et cosmopolite de Turin: les étals des paysans piémontais débordant de cardons, de truffes blanches et de fromages alpins comme le Castelmagno voisinent avec les épices orientales, les étals de poissons frais débarqués des ports de Ligurie et les fruits du Sud. Au centre s'élèvent les halles couvertes de fonte et de verre, dont la Halle des Paysans et le marché de l'Horloge. La rumeur joyeuse des vendeurs ambulants compose un opéra populaire inoubliable.

    Examinez la silhouette moderne du Mercato Centrale conçue par l'architecte Massimiliano Fuksas: ses façades contemporaines de verre dialoguent avec les glacières souterraines du dix-huitième siècle, d'immenses cavités voûtées où l'on entreposait autrefois la neige des montagnes pour conserver les denrées périssables de la ville.

    Le marché de Porta Palazzo fut tout au long du vingtième siècle le premier refuge des vagues d'émigrants italiens venus du Mezzogiorno et de Vénétie pour travailler sur les chaînes de montage des usines Fiat.

    Montez sur les abords de la Porte Palatine voisine au crépuscule pour embrasser la foule qui s'écoule vers le Quadrilatère Romain: c'est ici que bat l'âme la plus généreuse, travailleuse et solidaire de Turin.

    C'est ici, au milieu des arômes des terroirs et sous l'ombre tutélaire des portes romaines bimillénaires, que s'achève notre voyage à travers les racines impériales, pieuses et baroques de Turin, une métropole royale qui a su allier la discipline de fer des Savoie à la chaude humanité du travail partagé.