Vieux Carré, demeures créoles et rives du Mississippi : le cœur français de La Nouvelle-Orléans

Du monument Bienville et de la cathédrale Saint-Louis aux cours secrètes de la rue Royale et au Vieux Couvent des Ursulines

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  1. 1. Monument Bienville et portes du Vieux Carré

    Decatur St & Conti St, New Orleans, LA 70130, United States

    Commencez votre découverte historique du Vieux Carré devant le majestueux monument en bronze de Bienville, érigé au croisement des rues Decatur et Conti. Dévoilée en 1955 pour célébrer la mémoire du père fondateur de la cité, cette composition sculpturale monumentale est l'œuvre de la sculptrice louisianaise de grand renom Angela Gregory, formée à Paris dans les ateliers du maître français Antoine Bourdelle.

    La statue centrale représente Jean-Baptiste Le Moyne, sieur de Bienville, qui n'avait que trente-huit ans lorsqu'il fonda La Nouvelle-Orléans au cours du printemps 1718, baptisant l'avant-poste colonial en hommage à Philippe, duc d'Orléans et régent du royaume de France.

    Bienville exerça la fonction de gouverneur de la Louisiane française à quatre reprises au cours de trois décennies tumultueuses, guidant la colonie à travers les inondations du grand fleuve, les épidémies tropicales et les rivalités impériales contre l'Espagne et l'Angleterre. Aux côtés du fondateur se tiennent deux figures symboliques majeures: un guide autochtone agenouillé, évoquant les nations Chitimacha et Houma dont les connaissances des bayous furent indispensables aux colons, et un prêtre missionnaire catholique représentant l'ancrage spirituel du premier établissement. Le socle en granit rappelle les grandes étapes de l'exploration française depuis l'arrivée d'Iberville à l'embouchure du fleuve en 1699. En franchissant la rue Decatur vers le nord, le paysage urbain bascule dans l'atmosphère envoûtante des maisons créoles bicentenaires, aux ferronneries ouvragées et aux cours intérieures secrètes, bercées par le parfum du café à la chicorée et des beignets tièdes.

    En contemplant le regard résolu de Bienville tourné vers le fleuve Mississippi, on mesure l'audace formidable qu'il fallut pour édifier une métropole mondiale sur ces terres marécageuses. Cette escale rend un hommage éclatant aux pionniers français qui façonnèrent le destin de la Louisiane.

    Empruntez la rue Conti vers l'ouest pour rejoindre la célèbre Maison Napoléon à l'angle de la rue Chartres.

  2. 2. Maison Napoléon et complot du maire Nicolas Girod

    500 Chartres St, New Orleans, LA 70130, United States

    Arrêtez-vous devant les murs patinés par le temps de la Maison Napoléon, située au carrefour des rues Chartres et Saint-Louis. Érigée entre 1814 et 1815 pour servir de demeure privée à Nicolas Girod, premier maire élu d'origine créole de La Nouvelle-Orléans, cette remarquable résidence de trois étages en brique créole est au cœur d'une des conspirations maritimes les plus audacieuses du dix-neuvième siècle.

    Admirateur fervent de Napoléon Bonaparte, le maire Girod élabora en 1821 un complot spectaculaire avec des marins créoles et le corsaire Dominique You pour libérer l'empereur français déchu de sa captivité britannique sur l'île de Sainte-Hélène.

    Le plan prévoyait de dépêcher un voilier armé ultra-rapide baptisé La Séraphine pour aborder Sainte-Hélène par surprise, extraire l'empereur et le conduire en Louisiane afin de l'installer au dernier étage de cet hôtel particulier fastueusement meublé. Le complot prit fin abruptement en mai 1821 lorsque la nouvelle de la mort de Napoléon parvint enfin à La Nouvelle-Orléans. Le bâtiment conserva néanmoins son nom légendaire et devint un haut lieu de rencontre pour les intellectuels, les négociants en vin et les artistes. À l'intérieur, les salles voûtées résonnent d'airs d'opéra classique de Bellini et de Puccini, au milieu d'affiches napoléoniennes d'époque et de boiseries vernies où les habitués savourent le cocktail Pimm's Cup et des sandwichs muffuletta traditionnels. Dans la cour pavée arrière, des palmiers nains et des lianes de jasmin grimpent le long des galeries de bois ombragées. Les poutres apparentes en cyprès et les murs épais enduits à la chaux gardent une fraîcheur agréable même lors des canicules les plus étouffantes de l été louisianais.

    En franchissant le seuil sous les lustres anciens et les miroirs dorés, vous touchez du doigt la ferveur francophile inaltérable des Créoles du dix-neuvième siècle. Cette demeure perpétue avec panache le souvenir impérial français au cœur de l'Amérique.

    Remontez la rue Saint-Louis vers la charmante allée piétonne du Passage de la Bourse.

  3. 3. Passage de la Bourse et banques historiques de Conti

    Conti St & Exchange Pl, New Orleans, LA 70130, United States

    Pénétrez dans la ruelle pavée du Passage de la Bourse, également désignée sous le nom d'Exchange Alley. Percée à travers la trame coloniale dans les années 1830 afin de relier les maisons de négoce du Vieux Carré aux nouvelles bourses de commerce américaines de la rue Canal, cette voie piétonne paisible fut autrefois le repaire vibrant des maîtres d'armes, des éditorialistes politiques et des gentilshommes créoles.

    Admirez l'imposant édifice d'angle au croisement des rues Conti et Royale: il s'agit de l'ancienne Banque de l'État de Louisiane, conçue en 1820 par Benjamin Henry Latrobe, le brillant architecte du Capitole des États-Unis à Washington.

    Ce chef-d'œuvre néoclassique fut le dernier travail monumental de Latrobe, qui succomba tragiquement à la fièvre jaune à La Nouvelle-Orléans en septembre 1820, quelques semaines seulement après l'achèvement des travaux. L'édifice présente une rotonde centrale raffinée, des baies cintrées au rez-de-chaussée et un balcon en fer forgé orné de ses initiales entrelacées. Au dix-neuvième siècle, le Passage de la Bourse était réputé dans toute l'Amérique pour ses salles d'armes, où des maîtres renommés comme Pepe Llulla et Basile Croquère enseignaient l'art du fleuret et de la rapière aux jeunes aristocrates avant leurs duels à l'aube sous les chênes de City Park. Des cafés littéraires à la française bordaient la ruelle, où l'on dégustait de l'absinthe en débattant des élections municipales. Aujourd'hui, les boutiques de brocanteurs, les ateliers d'artistes et les lanternes à gaz préservent cette élégance européenne surannée.

    L'intimité feutrée de cette allée de pierre rappelle que La Nouvelle-Orléans fut longtemps le carrefour de traditions chevaleresques et bancaires uniques en terre nord-américaine. C'est un sanctuaire d'histoire préservé du tumulte urbain.

    Dirigez-vous vers l'est le long de la rue Chartres jusqu'à la vaste esplanade de la Place d'Armes.

  4. 4. Place d'Armes et statue équestre du général Jackson

    751 Decatur St, New Orleans, LA 70116, United States

    Franchissez les grilles monumentales en fer forgé de Jackson Square, historiquement désignée sous le nom de Place d'Armes. Conçue dès 1721 par l'ingénieur militaire royal français Adrien de Pauger selon les principes classiques de l'urbanisme à la française, cette esplanade publique de deux hectares et demi formait le cœur battant de la colonie, servant de champ de manœuvre militaire, de lieu de proclamation des édits royaux et d'agora civique.

    Au centre du parterre se dresse l'extraordinaire statue équestre en bronze du général Andrew Jackson, sculptée en 1856 par Clark Mills. Cette œuvre réalisa une prouesse technique mondiale: le cheval se cabre en équilibre parfait sur ses deux seuls sabots arrière sans aucun support central.

    Le monument rend hommage au triomphe militaire du 8 janvier 1815 lors de la bataille de La Nouvelle-Orléans, où Jackson repoussa l'armée britannique grâce à une coalition hétéroclite rassemblant miliciens louisianais, combattants amérindiens Choctaw, volontaires libres de couleur et les corsaires de Jean Lafitte. Face au fleuve s'élève le somptueux triptyque architectural colonial: la cathédrale Saint-Louis entourée du Cabildo espagnol et du Presbytère, coiffés de toits mansardés ajoutés par l'architecte français Louis Pilié. Des deux côtés de la place s'étirent les prestigieux immeubles Pontalba, construits en briques rouges dans les années 1840 par la baronne Micaela Almonester de Pontalba, dont les balcons de fonte arborent son monogramme royal entrelacé. Tout autour des grilles, des peintres, des musiciens de jazz et des diseurs de bonne aventure perpétuent une kermesse artistique permanente.

    Debout au cœur de ce jardin bordé de magnolias et de palmiers, la grandeur intemporelle de la colonisation française et espagnole vous saisit avec éclat. C'est l'un des ensembles architecturaux les plus harmonieux du continent américain.

    Avancez vers le parvis de la cathédrale Saint-Louis pour admirer ses clochers et le palais du Cabildo.

  5. 5. Cathédrale Saint-Louis et splendeurs du Cabildo

    701 Chartres St, New Orleans, LA 70116, United States

    Levez les yeux vers la blancheur éclatante et les trois flèches néoclassiques de la cathédrale Saint-Louis, la plus ancienne église cathédrale catholique en activité continue de tout le territoire des États-Unis. Dédiée au roi de France Louis IX, la première église en bois de 1727 fut détruite par l'incendie tragique du Vendredi saint de 1788, puis reconstruite en briques et stuc sous la domination espagnole avant d'être agrandie en 1850 selon les plans de l'architecte français J.N.B. de Pouilly.

    À sa gauche immédiate se dresse Le Cabildo, somptueux palais baroque érigé entre 1795 et 1799 par l'architecte Gilberto Guillemard pour abriter le conseil municipal colonial de la couronne d'Espagne.

    C'est dans la prestigieuse Sala Capitular, au premier étage du Cabildo, que fut signé le 20 décembre 1803 l'acte solennel de cession de la Louisiane par Napoléon Bonaparte aux États-Unis. Pour la somme de quinze millions de dollars, le président Thomas Jefferson acquit plus de deux millions de kilomètres carrés de terres occidentales, doublant instantanément la superficie de la jeune république américaine. À l'intérieur du musée du Cabildo est conservé l'authentique masque mortuaire en bronze de Napoléon, moulé à Sainte-Hélène en 1821 par son médecin personnel le docteur Antommarchi. Les arcades grandioses du rez-de-chaussée du Cabildo ouvrent sur une cour pavée historique où s exposent des pièces d artillerie coloniale en bronze et d anciens canons de marine. Dans la nef de la cathédrale, sous les voûtes décorées de fresques par le peintre alsacien Erasme Humbrecht en 1872, reposent les sépultures d'illustres dignitaires français et espagnols, dont le marquis Don Andres Almonester y Roxas.

    Toucher la pierre vénérable de ces deux édifices jumeaux, c'est contempler le point de bascule géopolitique où une colonie royale française et espagnole devint le socle territorial de la puissance américaine moderne.

    Contournez la cathédrale par la gauche pour vous engager dans le Passage des Pirates.

  6. 6. Passage des Pirates et souvenir de William Faulkner

    624 Pirates Alley, New Orleans, LA 70116, United States

    Pénétrez dans l'étroite ruelle pavée du Passage des Pirates, ombragée par les contreforts de briques massifs de la cathédrale Saint-Louis. Revêtue de pavés de granit et éclairée à la tombée de la nuit par d'authentiques réverbères municipaux à gaz, cette allée chargée de mystère et de légendes littéraires séduit les promeneurs et les artistes depuis plus de deux siècles.

    La légende populaire raconte que cette ruelle dérobée servit de point de rendez-vous nocturne secret en décembre 1814 entre le corsaire Jean Lafitte et le général Andrew Jackson pour négocier la participation des flibustiers à la défense de la ville.

    Au numéro 624 s'élève une élégante maison de ville créole à quatre niveaux et balcons de fer ouvragé, abritant aujourd'hui la célèbre librairie indépendante Faulkner House Books. C'est dans ce rez-de-chaussée fleuri de jasmins que s'installa en 1925 un jeune écrivain désargenté venu du Mississippi nommé William Faulkner. Partageant l'appartement avec l'artiste William Spratling, Faulkner y rédigea son tout premier roman publié, Monnaie de singe, avant de devenir l'un des plus illustres lauréats du prix Nobel de littérature. En face de la maison se dresse l'ancien calabozo colonial espagnol, où étaient écroués les marins indisciplinés et les contrebandiers au dix-huitième siècle. Les pavés inégaux usés par des générations de pas reflètent la lueur mordorée des lanternes municipales, tandis que le clocher de la cathédrale égrène les heures au-dessus des toitures de tuiles et d ardoises. Lorsque le vent du sud souffle depuis le fleuve, les accords d'un violoniste de rue s'élèvent entre les façades pastel, emplissant l'allée d'une atmosphère poétique et nostalgique.

    Flâner dans cette allée hors du temps permet d'appréhender le charme bohème qui inspira les géants de la littérature mondiale. Ici, l'épopée maritime des flibustiers rencontre le génie créatif des grands romanciers du Sud.

    Débouchez sur la rue Royale et gagnez la célèbre Cour des Deux Sœurs au numéro 613.

  7. 7. La Cour des Deux Sœurs et ferronneries de Royal Street

    613 Royal St, New Orleans, LA 70130, United States

    Pénétrez sous la haute porte cochère de La Cour des Deux Sœurs au 613 de la rue Royale, l'un des patios les plus enchanteurs et emblématiques du Vieux Carré. Érigée en 1832 sur un terrain ayant appartenu au premier gouverneur colonial français de Louisiane, Étienne de Périer, cette grande propriété créole doit son appellation aux sœurs Emma et Bertha Camors, deux modistes créoles d'ascendance parisienne qui y tinrent une boutique réputée de dentelles et de haute couture à la fin du dix-neuvième siècle.

    Franchissez le portail de fer forgé baptisé la « Grille des Charmes »: forgée en Espagne au début du dix-huitième siècle, la tradition affirme qu'un vœu formulé en touchant ses volutes se réalise infailliblement.

    Le patio pavé de pierres de lest importées d'Europe s'étend sous une spectaculaire voûte végétale de glycines et de vignes sauvages plantées il y a plus d'un siècle. Une fontaine baroque gargouille au milieu des fougères arborescentes et des hibiscus en fleurs, tandis qu'un orchestre de jazz traditionnel accompagne le brunch créole quotidien. Tout au long de la rue Royale, le regard est captivé par la profusion des balcons et galeries en fonte moulée, aux motifs aériens de palmettes, de feuilles d'acanthe et d'arabesques ouvragées dans les fonderies louisianaises après 1850. Ces galeries aériennes permettaient aux familles bourgeoises de prendre le frais aux heures tièdes du crépuscule tout en observant l'animation des galeries d'antiquaires et des salons de joaillerie. Tout autour du patio, de vastes jarres à huile espagnoles en terre cuite et des poteries anciennes rappellent le commerce florissant qui unissait La Nouvelle-Orléans aux ports de la Méditerranée.

    L'harmonieuse intimité de cette cour ombragée illustre à merveille la douceur de vivre créole, dissimulée derrière d'austères façades de briques. C'est une oasis de fraîcheur et de poésie au cœur du quartier historique.

    Rejoignez la rue Dumaine en marchant vers le nord jusqu'à la maison coloniale de Madame John's Legacy.

  8. 8. Maison Madame John's Legacy et architecture bousillage

    632 Dumaine St, New Orleans, LA 70116, United States

    Vous voici devant la vénérable silhouette de bois et de briques de Madame John's Legacy au 632 de la rue Dumaine, proclamée par les historiens de l'art comme l'un des spécimens d'architecture résidentielle coloniale française les plus précieux de toute la vallée du Mississippi. Édifiée en 1788 immédiatement après le formidable incendie qui consuma huit cents maisons du quartier, cette maison de maître fut conçue selon les méthodes traditionnelles des Antilles françaises d'avant l'adoption des règlements d'urbanisme espagnols.

    Observez son ossature: elle repose sur la technique ancestrale du bousillage-entre-poteaux, où une puissante charpente de poutres de cyprès est comblée d'un mélange isolant de boue du fleuve, de mousse espagnole et de coquilles d'huîtres pilées.

    Bâtie pour le négociant Manuel de Lanzos par le maître charpentier Robert Jones, la demeure présente un rez-de-chaussée surélevé en briques protégeant les réserves des inondations du fleuve, surmonté d'un bel étage d'habitation ceint d'une vaste galerie de bois et d'un toit mansardé couvert de bardeaux de cyprès taillés à la main. Le monument tire son nom littéraire d'une célèbre nouvelle de l'écrivain George Washington Cable parue en 1874 dans la revue Scribner's, intitulée 'Tite Poulette, dans laquelle le personnage de Madame John hérite précisément de cette demeure créole. À l'arrière de la parcelle, la cour pavée abrite l'ancienne cuisine indépendante à deux étages et le quartier des serviteurs. Ce manoir a servi de décor cinématographique à de grandes productions hollywoodiennes, notamment Entretien avec un vampire.

    Contempler ces piliers de bois ouvragés et cette toiture pentue, c'est contempler le visage authentique de la Louisiane française du dix-huitième siècle miraculeusement parvenu jusqu'à nous. Cette demeure est une perle inestimable du patrimoine architectural universel.

    Poursuivez vers le nord-est le long de la rue Chartres vers le Vieux Couvent des Ursulines.

  9. 9. Vieux Couvent des Ursulines et patrimoine de Louis XV

    1100 Chartres St, New Orleans, LA 70116, United States

    Arrêtez-vous avec respect devant la façade sobre et majestueuse du Vieux Couvent des Ursulines, à l'intersection des rues Chartres et Ursulines. Achevée en 1752 d'après les dessins rigoureux de l'ingénieur royal en chef Ignace François Broutin sous le règne de Louis XV, cette bâtisse monumentale est officiellement le plus ancien bâtiment subsistant dans toute la vallée du fleuve Mississippi et l'unique vestige architectural intact de l'époque coloniale française à La Nouvelle-Orléans.

    Les religieuses ursulines débarquèrent de Rouen en juillet 1727 sous la conduite de Mère Marie Tranchepain, bravant cinq mois d'une traversée atlantique éprouvante pour fonder la première école de filles, le premier orphelinat et le premier hôpital public de Louisiane.

    Avec un courage admirable, ces religieuses insistèrent pour que leurs cours accueillent gratuitement les jeunes filles autochtones, les enfants créoles libres de couleur et les esclaves aux côtés des filles de la noblesse coloniale. Le bâtiment incarne la noblesse du classicisme provincial français: des murs en maçonnerie de briques enduits de chaux épais de plus de soixante centimètres, vingt-sept fenêtres à la française aux ferrures forgées main et une vaste toiture à croupes en ardoise ornée de lucarnes. À l'intérieur de la chapelle et du musée se trouve un escalier en colimaçon taillé dans le cyprès en 1734 par des calfats de marine sans le moindre clou métallique. La veille de la bataille de 1815, les religieuses passèrent la nuit en prière devant la statue de Notre-Dame du Prompt Secours; au lendemain de la victoire, le général Jackson vint en personne les remercier pour leur intercession spirituelle.

    En effleurant le crépi tricentenaire de ce couvent sanctuaire, on communie avec la grandeur morale de ces femmes pionnières qui édifièrent l'instruction publique et la charité en Louisiane. C'est le plus émouvant témoin de la présence royale française en Amérique.

    Descendez la rue Ursulines vers les colonnades couvertes du Marché Français le long du fleuve.

  10. 10. Marché Français et monument équestre de Jeanne d'Arc

    1008 N Peters St, New Orleans, LA 70116, United States

    Engagez-vous sous les arcades romanes et les auvents ombragés du Marché Français, fièrement célébré comme le plus ancien marché public en activité ininterrompue des États-Unis. Fondé à cet emplacement riverain en 1791 par les autorités espagnoles sur un lieu d'échange millénaire où les nations amérindiennes commerçaient poissons, fourrures et herbes médicinales, le marché s'étire sur six îlots urbains le long de la levée protectrice du Mississippi.

    Au centre de la Place de France voisine resplendit la magnifique statue équestre dorée de Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans. Dévoilée en 1972, cette œuvre en bronze est la réplique exacte du chef-d'œuvre parisien d'Emmanuel Frémiet de la place des Pyramides, offerte par la République française.

    Déambulez parmi les étals maraîchers et les comptoirs d'épices où flottent les arômes enivrants d'écrevisses bouillies au piment de Cayenne, de pralines aux pacanes tièdes et d'huîtres fraîches du golfe du Mexique. Au dix-neuvième siècle, maraîchers allemands, pêcheurs siciliens et marchandes amérindiennes vendant la poudre de filé pour le gombo animaient ces halles en pierre. La halle aux viandes, dessinée en 1813 dans un style toscan néoclassique par l'architecte municipal Jacques Tanesse, présente de robustes piliers de pierre baignés par les brises rafraîchissantes du fleuve. De nos jours encore, maraîchers, musiciens ambulants et artisans locaux perpétuent une convivialité vibrante sous les toits de tuiles, incarnant le carrefour cosmopolite des peuples de Louisiane. À deux pas de là, le légendaire Café du Monde régale les noctambules et les lève-tôt de beignets chauds recouverts de sucre glace et de café au lait corsé depuis 1862.

    Le Marché Français est le ventre nourricier et l'âme festive de La Nouvelle-Orléans. Trois siècles de métissage culinaire mondial, de négoce fluvial et de traditions populaires y vibrent dans une effusion joyeuse et communicative.

    Remontez vers la rue Royale pour contempler la prestigieuse Maison Gallier au numéro 1132.

  11. 11. Maison Gallier et dentelles de fonte victoriennes

    1132 Royal St, New Orleans, LA 70116, United States

    Arrêtez-vous devant l'éblouissante galerie en fonte moulée de la Maison Gallier au 1132 de la rue Royale, saluée par les spécialistes comme l'une des résidences victoriennes les plus novatrices et luxueuses du Sud des États-Unis. Conçue et édifiée en 1857 par le brillant architecte louisianais James Gallier Junior pour y loger sa propre famille, cette demeure bourgeoise illustre l'apogée du raffinement technique et décoratif du dix-neuvième siècle américain.

    Levez les yeux vers la fabuleuse dentelle de fer qui enlace les deuxième et troisième étages: fondus dans les ateliers d'art métallurgique locaux, ces motifs de palmettes entrelacées et de feuilles de vigne ont valu à la rue Royale sa renommée universelle.

    Gallier y incorpora des innovations domestiques prodigieuses pour l'époque: un réseau intérieur de plomberie distribuant eau chaude et eau froide depuis une citerne de cuivre en toiture, une baignoire en zinc, des cabinets d'aisance à chasse d'eau et d'ingénieuses imposte vitrées pour la ventilation transversale. Les salons d'apparat richement restaurés conservent des médaillons en stuc en trompe-l'œil, des lustres en cristal de Bohême, des miroirs en bois doré et de précieuses porcelaines de Paris de l'époque du Second Empire. Dans la cour pavée arrière, l'aile des dépendances des domestiques rappelle la complexité sociale des grands foyers urbains d'avant la guerre de Sécession. Les doubles salons d'apparat témoignent de la vie culturelle raffinée d'une dynastie d'architectes qui dessina les plus beaux monuments de la cité.

    En admirant cette façade néoclassique ceinte de dentelle métallique, on mesure le génie avec lequel Gallier sut adapter le confort bourgeois européen aux exigences rigoureuses du climat subtropical louisianais. Cette demeure reste un joyau absolu de l'art de bâtir.

    Gagnez la rue Bourbon en marchant vers l'ouest jusqu'aux poutres séculaires de la Forge de Lafitte.

  12. 12. Forge de Jean Lafitte et légendes de Bourbon Street

    941 Bourbon St, New Orleans, LA 70116, United States

    Terminez votre traversée patrimoniale du Vieux Carré devant la silhouette basse et patinée de Lafitte's Blacksmith Shop, à l'intersection des rues Bourbon et Saint-Philippe. Construite entre 1772 et 1780, cette pittoresque bâtisse de briques et de colombages est officiellement l'une des structures les plus anciennes préservées à La Nouvelle-Orléans et passe pour être le plus vieux débit de boissons en activité continue des États-Unis.

    L'édifice illustre parfaitement la technique primitive de la briquette-entre-poteaux, où des briques coloniales d'argile rouge sont maçonnées entre de gros poteaux équarris en bois de cyprès, puis recouvertes d'un crépi de chaux et de coquilles pilées.

    Ayant miraculeusement réchappé aux incendies catastrophiques de 1788 et 1794, ses murs laissent entrevoir les méthodes de construction artisanales du dix-huitième siècle. La tradition populaire affirme que les corsaires et flibustiers Jean et Pierre Lafitte exploitaient ici un prétendu atelier de forge et de charronnage, paravent ingénieux pour leur prospère réseau de contrebande. Depuis leur repaire insulaire de la baie de Barataria, les navires des Lafitte interceptaient les convois marchands espagnols et britanniques dans le golfe du Mexique, écoulant soieries, épices rares et canons par la porte dérobée de cette humble forge. Aujourd'hui, l'établissement conserve une ambiance nocturne envoûtante, éclairé presque exclusivement à la lueur des bougies sans éclairage électrique dans la salle principale, où les visiteurs se rassemblent autour du piano pour entonner de vieilles ballades en dégustant des cocktails créoles.

    Devant ces poutres séculaires bercées par la lueur des lanternes à gaz de la rue Bourbon et les notes d'un piano lointain, l'âme romantique de La Nouvelle-Orléans se révèle dans toute son intensité. Ici, corsaires, poètes et noctambules se rejoignent dans une célébration intemporelle de la liberté.

    Prolongez votre soirée aux chandelles autour du piano centenaire ou savourez la quiétude des patios nocturnes du Vieux Carré.