Fourvière et Vieux Lyon: De Lugdunum Capitale des Gaules aux Traboules Renaissance

Des théâtres antiques et de la basilique aux venelles pavées et cours secrètes de Saint-Jean

Lyon · 12 stops · 29 min audio · Generated

  1. 1. Théâtres Romains de Fourvière et Odéon

    Rue de l'Antiquaille 6, 69005 Lyon, France

    Prenez place sur les gradins millénaires de pierre dorée du Grand Théâtre antique de Fourvière, adossé aux pentes de la colline sacrée où naquit Lugdunum en l'an quarante-trois avant notre ère sur ordre du général romain Lucius Munatius Plancus. Édifié sous le principat d'Auguste vers l'an quinze avant notre ère puis agrandi sous l'empereur Hadrien au deuxième siècle pour accueillir jusqu'à dix mille spectateurs, ce majestueux hémicycle de cent huit mètres de diamètre s'impose comme le plus ancien théâtre romain conservé de France. Juste à côté s'élève l'Odéon, un second théâtre plus intime de trois mille places dédié à la musique, à la récitation poétique et aux délibérations des magistrats de la colonie. Les dalles de calcaire dur taillées dans les carrières du Jura et les colonnes de brèche de porphyre témoignent de la grandeur politique de Lyon, alors proclamée capitale impériale des Trois Gaules et carrefour stratégique des voies romaines d'Agrippa. La vue plongeante sur les toits de tuiles rouges embrasse toute la cuvette urbaine.

    Admirez le dallage géométrique remarquable de l'orchestre de l'Odéon: constitué de marbres précieux importés de Grèce, de Turquie et d'Égypte, ce pavement de porphyre rouge et de brèche verte forme l'un des décors en opus sectile les plus raffinés découverts dans les provinces occidentales de l'Empire.

    Ces vestiges colossaux demeurèrent entièrement enfouis sous des vignobles et des vergers conventuels pendant plus de mille ans, jusqu'aux fouilles archéologiques systématiques entreprises en 1933 sous la conduite éclairée de Pierre Wuilleumier.

    Écoutez le silence qui règne au creux de la cavea: chaque été depuis 1946, le festival des Nuits de Fourvière redonne vie à cette acoustique parfaite, mêlant tragédies classiques, symphonies et créations théâtrales sous le ciel étoilé.

    Gravissez la rampe pavée vers le nord le long de la Rue Cléberg pour pénétrer dans le fascinant musée souterrain de Lugdunum.

  2. 2. Lugdunum Musée de la Civilisation Gallo-Romaine

    Rue Cléberg 17, 69005 Lyon, France

    Arrêtez-vous devant l'entrée discrète et quasi invisible de Lugdunum Musée et Théâtres romains, niché dans la pente végétale de la colline de Fourvière. Inauguré en novembre 1975 sur les plans visionnaires de l'architecte Bernard Zehrfuss, grand prix de Rome, ce musée en béton armé brut fut conçu pour s'effacer totalement dans le paysage antique: le bâtiment descend sous terre le long d'une rampe hélicoïdale continue éclairée par de monumentales ouvertures en canon de lumière cadrant directement sur les ruines des théâtres romains. Les collections exposées comptent parmi les plus riches du monde antique pour l'Occident romain, rassemblant des mosaïques polychromes monumentales, des stèles funéraires de bateliers du Rhône, des autels tauroboliques voués au culte de Cybèle et des sarcophages sculptés. La remarquable scénographie souterraine plonge chaque visiteur dans l'intimité matérielle, spirituelle et marchande des citoyens de la métropole gauloise, alliant avec éclat et émotion la modernité de l'architecture contemporaine en béton à la solennité de deux millénaires d'histoire antique.

    Contemplez l'inestimable Table Claudienne en bronze gravée en l'an quarante-huit: ce trésor épigraphique national de deux fragments pesant plus de deux cents kilos retranscrit fidèlement le discours officiel prononcé devant le Sénat de Rome par l'empereur Claude, natif de Lyon, pour accorder aux chefs des cités gauloises le droit d'accéder aux magistratures romaines.

    Le musée conserve également le mystérieux Calendrier de Coligny gravé en langue gauloise avec des caractères latins, le plus vaste et précis document astronomique et linguistique celtique connu sur le calendrier lunaire et solaire.

    Observez la texture du béton martelé des parois: Zehrfuss voulut faire dialoguer la rusticité minérale contemporaine avec les blocs de tuf et de granite taillés par les légionnaires romains.

    Poursuivez vers le nord-est en montant la Rue Roger Radisson pour contempler la surprenante Tour Métallique de Fourvière.

  3. 3. Tour Métallique de Fourvière et Vigie Céleste

    Montée Nicolas de Lange 1, 69005 Lyon, France

    Levez la tête vers la structure métallique élancée de la Tour Métallique de Fourvière, qui pointe sa flèche vers le ciel depuis le sommet culminant de la colline à trois cent soixante-douze mètres d'altitude. Construite entre 1892 et 1894 sur des plans de l'architecte Eugène Collonge et de l'ingénieur Joannès Roux-Combaluzier à l'occasion de l'Exposition universelle, internationale et coloniale de Lyon, cette tour à treillis d'acier fut érigée par une société privée républicaine en réponse militante à l'érection de la monumentale basilique catholique voisine. Culminant à quatre-vingt-cinq mètres de hauteur au-dessus du sol, la tour offre un profil qui rappelle délibérément le troisième étage de la tour Eiffel parisienne inaugurée cinq ans plus tôt. À l'origine, un ascenseur hydraulique emportait les promeneurs jusqu'à une plate-forme d'observation et un restaurant panoramique réputé, faisant de ce belvédère la fierté technique des industriels du génie civil lyonnais. Les solides poutrelles rivetées d'acier brun découpent l'azur avec une remarquable rigueur géométrique, témoignant du savoir-faire des maîtres forgerons et ingénieurs de la région rhodanienne.

    Songez à l'altitude relative de cette flèche de fer: bien que deux fois moins haute que sa sœur aînée de la capitale, son implantation sur la crête de Fourvière permet à son sommet de culminer plus haut au-dessus du niveau de la mer que le sommet de la tour Eiffel de Paris.

    Rachetée par la Radiodiffusion-Télévision Française en 1953, la tour fut convertie en émetteur hertzien stratégique pour diffuser les premières images de la télévision publique dans toute la région Rhône-Alpes, fermant définitivement son accès au public.

    Écoutez le sifflement du vent d'ouest à travers les croisillons métalliques: les soirs d'orage, la tour joue le rôle d'un colossal paratonnerre protégeant les sanctuaires religieux voisins.

    Faites quelques pas vers le sud pour déboucher sur le parvis monumental de la Basilique Notre-Dame de Fourvière.

  4. 4. Basilique Notre-Dame de Fourvière et Belvédère

    Place de Fourvière 8, 69005 Lyon, France

    Avancez sur la vaste esplanade pavée pour contempler les quatre tours crénelées de marbre blanc de la Basilique Notre-Dame de Fourvière, surnommée affectueusement l'éléphant renversé par les Lyonnais en raison de sa silhouette massive aux pattes levées vers le ciel. Érigée entre 1872 et 1896 sur les plans de l'architecte mystique Pierre Bossan grâce à une souscription populaire colossale, cette basilique votive fut bâtie pour accomplir le vœu solennel de la population demandant la protection mariale lors de l'invasion prussienne de 1870. L'architecture associe de manière saisissante le néo-byzantin, le roman et le gothique dans un éclectisme flamboyant orné de huit colonnes de granit et de sculptures monumentales dues à Joseph Fabisch. En pénétrant sous les voûtes, l'éblouissement est total: trois nefs étincellent de milliers de mètres carrés de mosaïques dorées racontant l'histoire chrétienne de la France et de la cité des Gaules. Depuis l'esplanade extérieure, le regard embrasse toute la ville de Lyon.

    Approchez-vous de la balustrade du belvédère sommital: sous vos pieds s'étalent les toits ocre du Vieux Lyon, les boucles parallèles de la Saône et du Rhône, le damier de la Presqu'île et, par temps clair et vent d'est, la silhouette immaculée du massif du Mont-Blanc se découpant à plus de cent cinquante kilomètres à l'horizon.

    C'est sur cette colline qu'est née la Fête des Lumières le huit décembre 1852: alors que l'inauguration de la statue dorée de la Vierge sur le clocher menaçait d'être annulée par un violent orage, les Lyonnais illuminèrent spontanément leurs fenêtres de milliers de lumignons de verre.

    Descendez dans la crypte dédiée à saint Joseph: plus sombre et austère, elle symbolise le cheminement de l'âme passant de l'ombre vers la clarté éclatante de l'église supérieure.

    Quittez le parvis par la porte est pour descendre à travers les sentiers en lacets du Jardin du Rosaire.

  5. 5. Jardin du Rosaire et Passerelle des Quatre-Vents

    Montée Saint-Barthélemy 12, 69005 Lyon, France

    Engagez-vous sur les allées sinueuses et pavées du Jardin du Rosaire, un havre de verdure étagé en belvédères suspendus sur le flanc oriental de la colline de Fourvière. Aménagé au dix-neuvième siècle pour accompagner les pèlerins dans leur montée priante vers la basilique, ce parc paysager de plus de deux hectares relie les hauteurs sacrées au quartier Renaissance du Vieux Lyon à travers une végétation luxuriante de rosiers anciens, d'hortensias, de vergers d'amandiers et de conifères séculaires. Le cheminement en lacets franchit des murets de pierre dorée, de petits ponts rustiques et des stations sculptées de prière méditative dessinées par Pierre Bossan, offrant à chaque détour des cadrages remarquables sur les toits de tuiles canal et la coupole de l'église Saint-Paul. L'air y est embaumé par les essences de tilleul et de lavande. Le chant joyeux des oiseaux et le doux murmure des fontaines de pierre créent une transition harmonieuse et apaisante entre la solennité spirituelle des sanctuaires et la vie industrieuse des quais de Saône.

    Franchissez la Passerelle des Quatre-Vents: cet audacieux viaduc métallique suspendu au-dessus d'une combe boisée offre un point de vue vertigineux sur les tours gothiques de la primatiale Saint-Jean et la silhouette rectiligne des quais de la Presqu'île.

    Le tracé de ce jardin emprunte la plateforme de l'ancien tramway funiculaire de Fourvière à Loyasse, familièrement nommé le chemin de fer des morts, qui transportait autrefois les cercueils et les familles en deuil vers le cimetière haut de la ville.

    Remarquez la richesse des espèces végétales étiquetées: ce conservatoire botanique sauvegarde des variétés horticoles lyonnaises historiques créées par les rosiéristes de renommée mondiale de la région au dix-neuvième siècle.

    Poursuivez votre descente vers le sud pour déboucher sur les pavés séculaires de la Montée du Gourguillon.

  6. 6. Montée du Gourguillon et Ruelles Médiévales

    Montée du Gourguillon 1, 69005 Lyon, France

    Posez vos pas sur les pavés ronds de la pittoresque Montée du Gourguillon, l'une des artères les plus anciennes et les plus escarpées de la ville de Lyon, reliant le plateau de Fourvière aux rives de la Saône. Connue dès l'Antiquité romaine sous le tracé d'une voie pavée reliant Lugdunum aux cités d'Aquitaine, cette venelle tortueuse au dénivelé impressionnant de plus de quinze pour cent tire son nom savoureux de l'onomatopée gourguillon, évoquant le bruit gargouillant des eaux de ruissellement dévalant la pente torrentielle lors des gros orages d'été. En descendant entre les hautes façades ocre et roses des quatorzième et quinzième siècles, on aperçoit des fenêtres à meneaux de pierre, des madones sculptées dans des niches d'angle et d'étroites impasses comme l'Impasse Turquet, où se dressent de rares maisons à pans de bois du Moyen Âge avec leurs balcons en encorbellement. L'atmosphère hors du temps et la beauté singulière des pierres patinées évoquent un somptueux décor de roman historique, rappelant les récits des pèlerins médiévaux gravissant la sainte colline.

    Arrêtez-vous devant les façades à encorbellement de l'Impasse Turquet: ces galeries de bois médiévales superposées, miraculeusement rescapées des incendies et des démolitions des siècles passés, constituent les plus anciens vestiges civils en bois subsistant à Lyon.

    En l'an 1305, lors du cortège solennel célébrant le couronnement du pape Clément V à Saint-Just, un mur de soutènement surchargé de curieux s'effondra dans le Gourguillon au passage de la cavalcade, tuant le duc de Bretagne et faisant tomber la tiare papale dans la boue.

    Touchez les pavés d'ardoise et de granit taillés: ces marches inclinées étaient conçues pour que les sabots des mules et ânes de bât ne glissent pas lorsqu'ils montaient les sacs de blé vers le plateau.

    Débouchez au bas de la descente sur la Place de la Trinité et avancez vers l'Église Saint-Georges.

  7. 7. Place de la Trinité et Église Saint-Georges

    Place de la Trinité 2, 69005 Lyon, France

    Prenez place au cœur de l'intime et théâtrale Place de la Trinité, véritable carte postale de la mémoire populaire lyonnaise. C'est ici, au carrefour de la Montée du Gourguillon et de la Rue Saint-Georges, que s'élève la célèbre Maison du Soleil avec sa façade jaune réchauffée par les rayons dorés, universellement reconnue comme le décor originel et emblématique du théâtre de marionnettes de Guignol, créé en 1808 par l'ouvrier en soie Laurent Mourguet. À quelques mètres vers le fleuve se dresse la silhouette élancée de l'Église Saint-Georges, reconstruite entre 1845 et 1848 par le grand architecte Pierre Bossan dans un style néogothique flamboyant très pur, avant qu'il ne dessine la basilique de Fourvière. La façade de calcaire blanc, percée d'un portail finement ciselé et surmontée d'une flèche ajourée se reflétant dans les eaux calmes de la Saône, s'adosse à un quartier jadis peuplé de commanderies des chevaliers de Malte. Le quartier Saint-Georges dégage ainsi une poésie fluviale paisible et authentique, où les reflets de l'eau caressent doucement les façades pastel des anciens ateliers de tisseurs.

    Levez les yeux vers la Maison du Soleil peinte en ocre éclatant: remarquez le panneau sculpté et les fenêtres Renaissance où Mourguet et ses compères faisaient converser avec verve Guignol, Gnafron et Madelon pour dénoncer les injustices subies par le petit peuple de Lyon.

    L'emplacement de l'Église Saint-Georges abritait dès l'an cinq cent cinquante-trois une église fondée par l'évêque Sacerdos, qui fut détruite par les Sarrasins au huitième siècle puis concédée aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem au quatorzième siècle.

    Notez le contraste entre la rigueur néogothique de la nef de Bossan et les pavés ancestraux du Vieux Lyon: Saint-Georges fut l'un des premiers manifestes architecturaux du renouveau gothique en France.

    Remontez vers le nord le long de la Rue Saint-Jean pour atteindre le parvis de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste.

  8. 8. Cathédrale Saint-Jean et Horloge Astronomique

    Place Saint-Jean 1, 69005 Lyon, France

    Avancez au centre de la Place Saint-Jean pour contempler la grandiose façade gothique de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste, le siège prestigieux de l'archevêque de Lyon, primat des Gaules depuis le concile de Rome de 1079. Construite avec patience sur plus de trois siècles, de 1175 à 1480, cette primatiale illustre une fascinante transition stylistique: son abside et son chœur conservent la robustesse et la sobriété de l'art roman, tandis que la nef élancée et le front occidental déploient le gothique rayonnant et flamboyant le plus raffiné, orné de près de trois cents médaillons sculptés racontant la Genèse et les fables médiévales. Dans le transept nord se dresse l'extraordinaire Horloge Astronomique, chef-d'œuvre de micromécanique et d'astronomie monumentale mentionné dès 1383: haute de plus de neuf mètres, elle indique la position du soleil, de la lune, des constellations et les fêtes mobiles selon le calendrier perpétuel jusqu'en 2019. L'intérieur de pierre dorée baigne dans une clarté spirituelle majestueuse.

    Admirez le théâtre d'automates de l'horloge astronomique: un carillon de clochettes sonne avant qu'un coq ne batte des ailes et ne chante trois fois, tandis que des anges sonnent de la trompette et qu'un automate représentant Dieu le Père bénit la foule pendant le passage de la colombe du Saint-Esprit.

    C'est dans cette cathédrale que fut célébré le dix-sept décembre 1600 le mariage royal du roi Henri IV avec Marie de Médicis, ainsi que le couronnement solennel du pape Jean XXII en 1316 et les deux conciles œcuméniques majeurs de Lyon en 1245 et 1274.

    Observez les vitraux de la rosace centrale de la façade ouest achevée en 1392: ses panneaux de verre médiévaux racontent la vie de saint Jean-Baptiste et de saint Étienne dans une flamboyance de bleus et de pourpres intacte.

    Poursuivez vers le nord au cœur de la Rue Saint-Jean pour pénétrer dans la cour intérieure de la Maison du Crible.

  9. 9. Maison du Crible et Tour Rose

    Rue du Bœuf 16, 69005 Lyon, France

    Franchissez la lourde porte cochère en bois de chêne du numéro 16 de la Rue du Bœuf pour déboucher dans la cour pavée la plus célèbre et romantique du Vieux Lyon: celle de la Maison du Crible, dominée par l'élégante silhouette cylindrique de la Tour Rose. Édifiée au début du seizième siècle pour le receveur des finances royales Martin de Troyes, cette demeure seigneuriale illustre le triomphe de la Renaissance d'inspiration florentine à Lyon, alors ville de foires bancaires internationales fréquentée par les marchands toscans et vénitiens. La tour d'escalier en vis, enduite d'un stuc rose corail chaleureux, s'élance sur plusieurs étages ajourés de baies cintrées et de loggias à colonnettes, reliant les corps de logis avec une grâce aérienne. Au fond de la cour se niche un portail orné d'un bas-relief représentant un crible percé de trous, meuble héraldique qui donna son nom à la maison. La lumière zénithale descendant dans la cour met en valeur avec un éclat incomparable la texture veloutée de la chaux rose et les délicates modénatures Renaissance des baies à meneaux.

    Levez les yeux vers le sommet de la tour ronde: couronnée d'un belvédère crénelé et d'une terrasse d'agrément, elle permettait aux riches marchands de surveiller l'arrivée des bateaux marchands sur les ports de la Saône et d'échapper aux odeurs des ruelles médiévales.

    En mai 1642, le roi Louis XIII et son puissant premier ministre le cardinal de Richelieu logèrent dans cet hôtel particulier alors qu'ils faisaient étape à Lyon pour réprimer le complot de Cinq-Mars.

    Remarquez le puits de pierre sculpté dans l'angle de la cour: il puise directement dans la nappe phréatique de la Saône, fournissant depuis cinq siècles une eau fraîche aux occupants de l'hôtel.

    Empruntez la traboule traversante vers la Rue Saint-Jean pour rejoindre la commerçante Place du Change.

  10. 10. Place du Change et Temple Protestant

    Place du Change 2, 69005 Lyon, France

    Prenez place au centre de la Place du Change, le foyer financier historique où battit au seizième siècle le cœur économique de l'Europe marchande. C'est sur cette place animée que se tenaient les quatre grandes foires annuelles franches instituées par le roi Louis XI en 1463, durant lesquelles banquiers florentins, génois, allemands et suisses négociaient les lettres de change et fixaient les cours des monnaies d'or de toute la chrétienté. Face à vous s'élève la monumentale façade de la Loge du Change, construite entre 1631 et 1653 par Simon Maupin puis agrandie et magnifiée entre 1748 et 1750 par le génial Jacques-Germain Soufflot: le portique monumental à cinq arcades ioniques porte un attique classique orné d'une horloge publique. Affecté au culte protestant en 1803 par arrêté du Premier Consul Napoléon Bonaparte, l'édifice est devenu le Temple du Change. Tout autour de la place se dressent de superbes hôtels particuliers de marchands banquiers aux fenêtres à croisées de pierre.

    Admirez la Maison Thomassin sur le flanc sud de la place: sa façade gothique du quatorzième siècle, restaurée en 1493 avec des arcs brisés tréflés et des frises sculptées des signes du zodiaque, est l'un des rares témoins d'habitation civile médiévale noble préservés en France.

    La loge abrite une double horloge remarquable: l'un des cadrans indique les heures et minutes ordinaires du jour, tandis que l'autre cadran astronomique enregistre les phases changeantes de la lune et le cours des saisons.

    Écoutez l'acoustique claire sous les hautes arcades de Soufflot: au temps de la Renaissance, des hérauts d'armes y proclamaient à son de trompe le cours des lettres de crédit et les décrets royaux.

    Avancez vers le nord le long de la pavée Rue Juiverie pour admirer les audacieuses galeries suspendues de Philibert Delorme.

  11. 11. Rue Juiverie et Galerie de Philibert Delorme

    Rue Juiverie 8, 69005 Lyon, France

    Avancez dans la sinueuse Rue Juiverie, l'une des artères les plus chargées de résonances historiques et d'audaces architecturales du quartier Saint-Paul. Nommée en souvenir de la communauté juive installée dans ce secteur dès l'époque carolingienne au neuvième siècle avant son expulsion au quatorzième siècle, la rue devint à la Renaissance le quartier d'élection des riches magistrats et marchands drapiers. Pénétrez dans la cour du numéro 8, l'Hôtel de Bullioud: vous vous trouvez devant l'une des inventions les plus célèbres de l'architecture française de la Renaissance, la galerie suspendue sur trompes réalisée en 1536 par le jeune architecte lyonnais Philibert Delorme, alors âgé de vingt-six ans à son retour d'Italie. Pour relier deux corps de logis sans encombrer la petite cour, Delorme conçut deux trompes coniques en pierre de taille qui soutiennent sans aucun pilier intermédiaire une galerie à colonnettes ioniques et tourelles. Cette création magistrale constitue une éblouissante démonstration de stéréotomie, d'équilibre spatial et de géométrie constructive savante, qui révolutionna l'art de bâtir en France sous le règne de François Ier.

    Observez les trompes d'angle sous la galerie: la découpe millimétrique des voussoirs de pierre défiant le vide suscita l'admiration des plus grands constructeurs de l'époque et valut à Philibert Delorme d'être appelé à la cour royale pour bâtir le château d'Anet et le palais des Tuileries.

    Au numéro 23 de cette même rue s'élève la Maison d'Antoine Mortier, ornée de frises sculptées et de bustes d'empereurs romains en médaillons qui proclamaient fièrement les goûts humanistes de l'élite commerçante lyonnaise.

    Remarquez l'étroitesse de la chaussée pavée: les encorbellements des étages supérieurs étaient calculés pour gagner de l'espace habitable sur la voie publique tout en limitant l'impôt foncier au sol.

    Poursuivez vers le nord jusqu'à la Place Saint-Paul pour conclure devant l'Église Saint-Paul et les quais de Saône.

  12. 12. Place et Église Saint-Paul sur les Bords de Saône

    Place Saint-Paul 1, 69005 Lyon, France

    Achevez votre exploration des racines impériales et des trésors Renaissance de Lyon sur la vivante Place Saint-Paul, au pied de la vénérable Église Saint-Paul, l'une des plus anciennes paroisses de la cité. Fondée dès l'an cinq cent quarante-neuf par saint Sacerdos, évêque de Lyon, puis reconstruite à partir du dixième siècle pour abriter un collège de chanoines réguliers, cette église offre une surprenante synthèse architecturale: sa nef et son transept conservent de purs volumes romans coiffés d'une coupole octogonale sur trompes du douzième siècle ornée de baies cintrées lombardes, tandis que les chapelles latérales et le porche occidental furent reconstruits en style gothique flamboyant au quinzième siècle par de riches marchands italiens. À deux pas s'élève la gare de Lyon-Saint-Paul avec sa façade éclectique de 1876, tandis que les berges de la Saône s'ouvrent juste en face, offrant une perspective magnifique sur le pont la Feuillée et les façades aux teintes ocre de la Presqu'île. L'animation des bistrots et terrasses clôt le voyage dans une agréable chaleur lyonnaise.

    Levez les yeux vers la tour-lanterne octogonale du clocher: illuminée par la lumière dorée de fin d'après-midi, cette coupole romane en tuf calcaire est l'unique lanterne de croisée de ce type subsistant intacte dans la métropole lyonnaise.

    Le quartier Saint-Paul fut le berceau d'une intensa activité d'imprimerie et d'humanisme au seizième siècle: de célèbres imprimeurs comme Sébastien Gryphe y publiaient les œuvres d'Érasme, de François Rabelais et de Clément Marot.

    Avancez sur le quai de Bondy au bord de l'eau: la brise fraîche de la Saône vous rappelle que ce fleuve fut durant deux millénaires la voie royale du transport des soieries, des vins de Bourgogne et des épices méditerranéennes.

    C'est ici, entre le clocher roman de Saint-Paul, le murmure des eaux de la Saône et les traboules séculaires du Vieux Lyon, que s'achève notre plongée dans la mémoire gallo-romaine et la splendeur Renaissance d'une ville souveraine, fière de son hospitalité humaniste et de son inaltérable génie créateur.